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    Gestion de l’offre

    Maxime Bernier fait volte-face

    Le candidat conservateur s’oppose désormais à ce système «injuste»

    1 juin 2016 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    En juillet dernier, lors de la campagne électorale, Maxime Bernier avait promis à des agriculteurs que son gouvernement préserverait la gestion de l’offre «de façon intégrale».
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne En juillet dernier, lors de la campagne électorale, Maxime Bernier avait promis à des agriculteurs que son gouvernement préserverait la gestion de l’offre «de façon intégrale».

    Maxime Bernier le candidat à la chefferie n’a plus le même discours que Maxime Bernier le ministre d’État à l’Agriculture. Après avoir défendu la gestion de l’offre pas plus tard que l’été dernier, M. Bernier propose désormais de l’abolir. Une position vivement critiquée par le secteur agricole, et qui risque de surcroît de lui coûter l’appui de ses collègues québécois.

     

    Adepte du libre marché, allergique aux subventions en tout genre, Maxime Bernier n’a pas mâché ses mots pour s’opposer au système de gestion de l’offre. « C’est un cartel légal qui limite la concurrence. C’est le contraire du libre marché », a dénoncé le candidat à la chefferie du Parti conservateur. Le système de quotas des industries du lait, de la volaille et des oeufs coûterait selon lui 2,6 milliards par année aux consommateurs — un chiffre contesté par le secteur agricole. Le tout pour « protéger 10 % des agriculteurs canadiens, a-t-il critiqué. Ce système est fondamentalement injuste ».

     

    Maxime Bernier appelle donc les conservateurs à réfléchir au bien-fondé du système et à tenir « un vrai débat au lieu de maintenir ce tabou ». Si les militants décident de conserver la gestion de l’offre, il se ralliera.

     

    Libre de parler

     

    Pourtant, en juillet dernier, Maxime Bernier avait promis à des agriculteurs que son gouvernement préserverait la gestion de l’offre « de façon intégrale ». Mais il était alors ministre d’un gouvernement et n’était « pas en mesure de remettre en question la décision », a-t-il fait valoir mardi.

     

    M. Bernier propose maintenant d’imiter l’Australie en indemnisant les producteurs pour la valeur de leurs quotas à coups de taxes sur le prix de détail des produits. Cette mesure de transition s’échelonnerait sur de cinq à dix ans, après quoi le système serait « libre, ouvert et équitable ».

     

    Or, les agriculteurs soulignent que la situation mondiale démontre qu’éliminer la gestion de l’offre ne fonctionne pas. L’Europe connaît des surplus de production, la Chine aussi. « L’absence de gestion de l’offre dans le monde en ce moment plonge l’ensemble des producteurs de la planète dans une crise », a noté François Dumontier de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

     

    Les agriculteurs sont aussi d’avis que le fédéral devra subventionner les industries pour compenser. « Ce qui va coûter plus cher à l’État », argue Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles. Autrement, « ce sera la disparition de plusieurs milliers d’entreprises agricoles, c’est évident ».

     

    « Il y a certaines fermes qui vont devoir fermer, a convenu M. Bernier. Ça va être leur choix. » Son modèle australien a toutefois mené à la fermeture de 50 % des fermes du pays. La semaine dernière, le gouvernement y annonçait une aide de 600 millions à son industrie laitière.

     

    Le Québec compte 5590 producteurs laitiers — sur près de 12 000 au Canada. La fin de la gestion de l’offre menacerait de 4500 à 5000 fermes et 24 000 emplois, selon une étude d’Agropur publiée l’an dernier.

     

    L’économiste Mario Dumais, coauteur d’une étude sur le sujet pour l’Institut économique de Montréal, rétorque que 90 % des fermes laitières ont disparu au Canada depuis l’arrivée de la gestion de l’offre il y a 40 ans à cause de l’évolution technologique. « C’est un bon système ? » demande-t-il en qualifiant l’argument du secteur agricole de « complètement faux ».

     

    Conséquences au Québec

     

    La proposition de Maxime Bernier est loin de faire consensus parmi ses collègues québécois. Elle lui a carrément coûté l’appui du député de Mégantic-L’Érable, Luc Berthold, dont la circonscription compte environ 200 agriculteurs. « Si des gens qui se présentent à la chefferie ont l’intention d’avoir mon soutien, il va falloir qu’ils défendent la gestion de l’offre », a-t-il tranché. Ses compatriotes Alupa Clarke, Gérard Deltell et Pierre Paul-Hus défendent eux aussi le système, mais n’en font pas pour l’instant un facteur décisif dans leur choix d’un prochain chef.

     

    Le député Jacques Gourde, coprésident de la campagne de M. Bernier, ne reniera pas son candidat. Il demeure « d’accord avec 90 % des autres idées de Maxime ». Mais il ne changera pas non plus d’avis quant à l’importance de la gestion de l’offre, lui-même ancien producteur laitier comme ses parents. Il s’assurera de la protéger au prochain congrès conservateur en amenant avec lui « entre 400 et 500 partisans du Québec ».

     

    En coulisse, certains conservateurs québécois critiquaient déjà le fait que Maxime Bernier ait pris des positions nuisibles pour le Québec mais populaires pour lui ailleurs au pays.

     

    « Je serais bien étonné qu’il gagne des votes avec ça au Québec », a évalué le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin.

    Bernard Lord ne sera pas de la course Certains conservateurs voulaient peut-être de lui comme candidat à la chefferie, mais l’ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick Bernard Lord leur dit non. « Je suis ravi qu’il y ait des gens qui pensent encore à moi. C’est très flatteur. Mais ce n’est pas dans mes plans de me présenter », a-t-il tranché en marge d’une comparution en comité parlementaire sur un tout autre sujet. M. Lord n’a pas voulu « parler de l’avenir », « trop hypothétique », a-t-il dit. Mais « pour cette fois-ci, la décision est prise »,a-t-il insisté en citant un « choix personnel, familial ».












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