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    Pipelines

    D’hier à demain

    Manon Cornellier
    27 avril 2016 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    Depuis que l’Alberta et la Saskatchewan subissent les contrecoups de la chute des prix du pétrole, les projets de pipelines sont présentés comme la solution à la relance de leur industrie pétrolière.


    La crise économique est immédiate, mais les pipelines n’entreront en activité — s’ils voient le jour — que dans quelques années. Entre-temps, une autre crise, celle des changements climatiques, exige que les gouvernements et des citoyens entreprennent sans attendre le virage nécessaire à l’atteinte des objectifs de la conférence de Paris en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES).

     

    Selon la première ministre albertaine Rachel Notley, le débat autour de la construction d’oléoducs est entaché d’un esprit de clocher et manque d’une vision réellement canadienne, tout cela aux dépens de l’économie de sa province. Elle a trouvé un allié dans l’ancien premier ministre Brian Mulroney, qui voit dans ces projets une occasion de « nation building » et a enjoint à Justin Trudeau de s’en faire le promoteur auprès des autochtones, des environnementalistes et des provinces.

     

    Mais ces oléoducs desserviront une industrie et une région du pays. On ne parle pas d’infrastructures dont tout le monde peut se servir. Mme Notley prêche pour sa paroisse. Ce n’est pas un reproche, c’est son travail de défendre son monde, mais qu’on ne nous parle pas de projet mobilisateur canadien.

     

    Ces pipelines soulèvent, par ailleurs, une série d’enjeux environnementaux et il ne saurait être question d’escamoter le processus d’évaluation. Les populations des régions traversées ont des inquiétudes légitimes allant de la sécurité de leur approvisionnement en eau potable à la protection de leurs terres agricoles. Elles ont le droit d’être entendues.

     

    Et que dire de la décision d’affaires ? TransCanada Pipelines prévoit investir près de 16 milliards dans le projet d’Énergie Est qui permettra d’acheminer vers l’est du pays 1,1 million de barils de pétrole brut par jour provenant avant tout des sables bitumineux et destiné, pour l’essentiel, à l’exportation. L’entreprise mise de toute évidence sur une remontée du prix du brut, mais le pari est colossal, car l’ensemble de la planète s’est engagé en décembre, à Paris, à se diriger vers une économie faible en carbone. Même l’Arabie saoudite s’y prépare avec la création d’un fonds souverain pour diversifier son économie.

     

    Le décompte est commencé, car la communauté internationale dit vouloir maintenir la hausse des températures « bien en deçà de 2 degrés » par rapport à l’ère préindustrielle, peut-être même sous la barre de 1,5 degré. Les cibles de réduction des GES soumises à Paris sont insuffisantes et devront être resserrées, celles du Canada en particulier.

     

    Il s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 30 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Cet objectif fixé par les conservateurs, repris à Paris, a été présenté par le gouvernement Trudeau comme un plancher. Pour l’atteindre, calcule le directeur parlementaire du budget, il faudra quand même éliminer 208 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de ce qu’émettent tous les camions, automobiles et véhicules hors route.

     

    Les solutions existent, mais elles exigent une réelle volonté politique et un effort de tout le monde, des provinces aux entreprises en passant par les citoyens. Le défi pour les politiciens sera de les mettre en oeuvre de façon concertée et, en Alberta, de s’attaquer à la diversification économique. Il faudra y mettre les moyens (imaginez ce qu’on pourrait faire avec ces 16 milliards) et cesser de dorer la pilule. Ce virage exigera des compromis, des sacrifices et, de la part des gouvernements, une détermination digne de celle qui a conduit les Américains sur la Lune. Sauf que cette fois, ce sera pour sauver notre planète.













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