Un nouvel observatoire prêt à déboulonner les «mythes» canadiens

La mise sur pied de l'«Observatoire national en matière de droits linguistiques» sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal.
Photo: François Pesant Le Devoir La mise sur pied de l'«Observatoire national en matière de droits linguistiques» sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal.

Le premier « Observatoire national en matière de droits linguistiques » au Québec, qui verra le jour ce jeudi, compte remettre les pendules à l’heure en matière de protection du français. Quitte à bousculer ce qu’il considère comme des idées reçues.

La mise sur pied de l’Observatoire sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal. Les dirigeants et fondateurs de l’organisme, les constitutionnalistes Stéphane Beaulac et Frédéric Bérard, comptent créer un lieu de référence en matière de droits des minorités linguistiques au Canada — francophones hors Québec, anglophones du Québec et peuples autochtones.

Pour le gouvernement du Québec, les francophones hors Québec, c’est une réalité désagréable

 

L’Observatoire rassemblera tous les jugements, études et analyses à propos des droits linguistiques au pays. Les professeurs se veulent non partisans et n’hésiteront pas à déboulonner ce qu’ils considèrent comme des « mythes ». Par exemple, l’idée voulant que le Québec soit le seul défenseur du français au pays et que la Cour suprême « penche toujours du même bord », comme la tour de Pise.

« On veut se baser sur les faits. [La protection du français] n’est peut-être pas aussi catastrophiste que ce qu’on peut lire parfois dans certains médias. Peut-être qu’il y a un jeu d’équilibre qui a été assuré par la Cour suprême », dit Frédéric Bérard.

Des francos divisés

Sa thèse de doctorat, qui sera déposée dans les prochains jours, porte sur les droits des francophones hors Québec. Et le gouvernement du Québec, qu’il soit libéral ou péquiste, est égratigné par l’expert en droit constitutionnel. « Le gouvernement du Québec se décrit comme le seul défenseur du français en Amérique, mais n’est jamais allé donner un coup de main aux francophones hors Québec en Cour suprême. Au contraire, Québec est allé trois fois tenter de planter les francophones hors Québec », dit Frédéric Bérard.

« Pour le gouvernement du Québec, les francophones hors Québec, c’est une réalité désagréable. René Lévesque les appelait les dead ducks. Québec aimerait les voir complètement assimilés, parce que ça alimente sa rhétorique [sur la protection du français] », ajoute Stéphane Beaulac.

Depuis près de 30 ans, les gouvernements successifs du Québec — péquistes et libéraux — ont ainsi plaidé contre les droits des francophones canadiens, par crainte que ces droits rejaillissent sur la minorité anglophone du Québec, soulignent les fondateurs de l’Observatoire des droits linguistiques. Le gouvernement libéral de Robert Bourassa a ainsi plaidé contre le droit des francophones de l’Alberta à gérer leurs propres écoles dans la cause Mahé, en 1990. La Cour suprême a donné raison aux Franco-Albertains, après une bataille juridique de sept ans.

Dans l’affaire Beaulac (aucun lien de parenté avec le professeur Stéphane Beaulac), en 1999, le plus haut tribunal du pays avait ordonné la tenue d’un procès en français pour un francophone de Colombie-Britannique qui maîtrisait pourtant l’anglais. Le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard s’était opposé à ces droits accordés à un francophone. Finalement, le gouvernement Couillard a plaidé en 2015 contre la commission scolaire francophone du Yukon, qui souhaite accueillir des élèves dont les parents n’ont pas eux-mêmes été éduqués dans la langue de Molière.

Le gouvernement du Québec a milité contre ces droits par crainte que ça ouvre la porte des écoles anglophones pour les francophones du Québec. Mais en 2005, dans l’arrêt Gosselin, la Cour suprême du Canada a bloqué la tentative de parents francophones de faire éduquer leurs enfants en anglais, rappelle Frédéric Bérard.

Idéaux et réalité

Les professeurs Beaulac et Bérard « semblent prendre leurs idéaux politiques pour la réalité », estime Maxime Laporte, président et directeur général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Il reconnaît la validité de leurs arguments — les deux professeurs lui ont enseigné le droit à l’Université de Montréal.

« Le carcan constitutionnel canadien divise les Québécois et les Franco-Canadiens dans leur combat commun pour assurer la survie du français à long terme sur ce continent. Le fait que la Constitution que nous a imposé que Pierre Elliott Trudeau mette sur le même pied de fausse égalité la minorité anglo-québécoise et les francophones hors Québec, voilà ce qui crée les tensions auxquelles on assiste devant les tribunaux canadiens », dit Maxime Laporte.

11 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 7 avril 2016 09 h 12

    Monsieur Laporte a raison!

    Son argument tient la route.

    Le bordel dans lequel nous nous débattons sans fin, et je dirais san espoir, c'est la fausse égalité linguistique dans laquelle nous sommes plongés depuis le rapatriement, sans notre consentement faut-il vraiment le rappeler de la constitution en 1982.

    Le reste c'est de la discussion, pour de la discussion!

  • Jacques Patenaude - Abonné 7 avril 2016 09 h 22

    non partisan?

    "Les professeurs se veulent non partisans et n’hésiteront pas à déboulonner ce qu’ils considèrent comme des « mythes ». Par exemple, l’idée voulant que le Québec soit le seul défenseur du français au pays et que la Cour suprême « penche toujours du même bord », comme la tour de Pise."

    Je ne sais pas pourquoi mais à lire cet article j'ai de la difficulté à croire que cet observatoire sera non partisan...

    • Cyril Dionne - Abonné 7 avril 2016 18 h 30

      Vous avez raison M. Patenaude.

      Oui, le Québec est le seul défenseur du fait français en Amérique à part du présent gouvernement évidemment. Il n'y en a pas d'autre à moins qu'il soit payé pour le faire.

      Cela n'existe pas des francophones de souche hors Québec. Ils sont tous assimilés. Il n'en reste pas beaucoup qui se batte tant bien que mal contre une assimilation destructrice voulue sans être payé pour le faire. Et le bilinguisme hors Québec n'est que l'antichambre de l'assimilation.

      Le Canada bilingue tel que postulé par la thèse de Papa Doc Trudeau n’existe pas. Les jeunes d’origine francophone (ayants droit) passent leur temps à écouter des médias anglophones, parlent l’anglais, ne savent rien de la culture francophone et encore plus important, très peu utilisent encore la langue de Molière. À part la création d’emploi, l’utilité des institutions francophones hors Québec a longtemps dépassé les normes de la redondance. Pire encore, la présence de celles-ci ne fait que renforcer le mythe que les deux langues officielles dans ce pays au Nord du 45e parallèle ont force égale partout et font préséance dans toutes les sphères de la vie des francophones. Il y a quelques années de cela, une publicité de Radio-Canada disait qu’on pouvait vivre en français en Ontario. On peut très bien se débrouiller si on est unilingue anglophone ou bilingue en Ontario, mais si on est seulement unilingue francophone, on doit se contenter de vivre dans des ghettos linguistiques où nos aspirations personnelles et professionnelles sont extrêmement limitées. Le phénomène de l’assimilation a bien longtemps réussi à gangrener la langue et la culture des francophones hors Québec puisqu’ils ont été placés dans une situation intenable, laquelle ne pouvait certainement pas conduire au succès de la rétention et à l’émancipation de ceux-ci.

      Cet observatoire n'est que l'Idée fédéraliste à saveur multiculturaliste qui se perpétue.

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 avril 2016 09 h 48

    Ce matin

    À Montréal, une dame, dans une belle voiture, m'a adressé la parole. Elle ne parlait pas un mot de français. Est-il possible de «réussir» dans le RoC sans parler un mot d'anglais?

    • Cyril Dionne - Abonné 7 avril 2016 18 h 08

      Non. C'est impossible. Je suis Franco-Ontarien.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 avril 2016 10 h 02

    Je me demande si...

    le chroniqueur Fortier a toute (et la véritable) l'information quant à ce nouvel observatoire "national" (sic) qui n'observe peut-être que les rêves de ceux qui sont les premiers à avoir des idées reçues, MM. Beaulac et Bérard ...Des "dirigeants et fondateurs" (sic) aux idées préconcues...!

    M. Beaulac: lors de son implication dans la grève étudiante de 2012...son cursus
    étudiant et ses appuis venant d'outres frontières... (voir ses implications dans l'appui aux deux carrés verts vs Cour supérieure du Québec)etc etc

    M. Bérard "....Le Québec est allé trois fois planter les francophones hors-Québec" avec un tel langage et de tels propos...le jupon de sa partisanerie dépasse .

  • Réal Bergeron - Abonné 7 avril 2016 11 h 19

    Mythe suicidaire

    Le véritable mythe, c'est de croire en la bonne santé du français au Québec. Cette croyance nous mène tout droit à la bilinguisation accélérée de la province et à la marginalisation progressive du français à Montréal. Dans la grande région montréalaise, l'anglais est devenu la seule langue obligatoire dans les milieux de travail et jusque dans les institutions publiques anglophones, comme les universités et les hôpitaux, où une bonne partie du personnel est unilingue anglophone, en contravention de la Charte de la langue française.
    Mais le mythes ont la vie dure et nous aveuglent.