Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Droits linguistiques

    Un nouvel observatoire prêt à déboulonner les «mythes» canadiens

    7 avril 2016 |Marco Fortier | Canada
    La mise sur pied de l'«Observatoire national en matière de droits linguistiques» sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal.
    Photo: François Pesant Le Devoir La mise sur pied de l'«Observatoire national en matière de droits linguistiques» sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal.

    Le premier « Observatoire national en matière de droits linguistiques » au Québec, qui verra le jour ce jeudi, compte remettre les pendules à l’heure en matière de protection du français. Quitte à bousculer ce qu’il considère comme des idées reçues.

     

    La mise sur pied de l’Observatoire sera annoncée ce jeudi à l’Université de Montréal. Les dirigeants et fondateurs de l’organisme, les constitutionnalistes Stéphane Beaulac et Frédéric Bérard, comptent créer un lieu de référence en matière de droits des minorités linguistiques au Canada — francophones hors Québec, anglophones du Québec et peuples autochtones.

    Pour le gouvernement du Québec, les francophones hors Québec, c’est une réalité désagréable
    Stéphane Beaulac, chercheur à l'Université de Montréal
     

    L’Observatoire rassemblera tous les jugements, études et analyses à propos des droits linguistiques au pays. Les professeurs se veulent non partisans et n’hésiteront pas à déboulonner ce qu’ils considèrent comme des « mythes ». Par exemple, l’idée voulant que le Québec soit le seul défenseur du français au pays et que la Cour suprême « penche toujours du même bord », comme la tour de Pise.

     

    « On veut se baser sur les faits. [La protection du français] n’est peut-être pas aussi catastrophiste que ce qu’on peut lire parfois dans certains médias. Peut-être qu’il y a un jeu d’équilibre qui a été assuré par la Cour suprême », dit Frédéric Bérard.

     

    Des francos divisés

     

    Sa thèse de doctorat, qui sera déposée dans les prochains jours, porte sur les droits des francophones hors Québec. Et le gouvernement du Québec, qu’il soit libéral ou péquiste, est égratigné par l’expert en droit constitutionnel. « Le gouvernement du Québec se décrit comme le seul défenseur du français en Amérique, mais n’est jamais allé donner un coup de main aux francophones hors Québec en Cour suprême. Au contraire, Québec est allé trois fois tenter de planter les francophones hors Québec », dit Frédéric Bérard.

     

    « Pour le gouvernement du Québec, les francophones hors Québec, c’est une réalité désagréable. René Lévesque les appelait les dead ducks. Québec aimerait les voir complètement assimilés, parce que ça alimente sa rhétorique [sur la protection du français] », ajoute Stéphane Beaulac.

     

    Depuis près de 30 ans, les gouvernements successifs du Québec — péquistes et libéraux — ont ainsi plaidé contre les droits des francophones canadiens, par crainte que ces droits rejaillissent sur la minorité anglophone du Québec, soulignent les fondateurs de l’Observatoire des droits linguistiques. Le gouvernement libéral de Robert Bourassa a ainsi plaidé contre le droit des francophones de l’Alberta à gérer leurs propres écoles dans la cause Mahé, en 1990. La Cour suprême a donné raison aux Franco-Albertains, après une bataille juridique de sept ans.

     

    Dans l’affaire Beaulac (aucun lien de parenté avec le professeur Stéphane Beaulac), en 1999, le plus haut tribunal du pays avait ordonné la tenue d’un procès en français pour un francophone de Colombie-Britannique qui maîtrisait pourtant l’anglais. Le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard s’était opposé à ces droits accordés à un francophone. Finalement, le gouvernement Couillard a plaidé en 2015 contre la commission scolaire francophone du Yukon, qui souhaite accueillir des élèves dont les parents n’ont pas eux-mêmes été éduqués dans la langue de Molière.

     

    Le gouvernement du Québec a milité contre ces droits par crainte que ça ouvre la porte des écoles anglophones pour les francophones du Québec. Mais en 2005, dans l’arrêt Gosselin, la Cour suprême du Canada a bloqué la tentative de parents francophones de faire éduquer leurs enfants en anglais, rappelle Frédéric Bérard.

     

    Idéaux et réalité

     

    Les professeurs Beaulac et Bérard « semblent prendre leurs idéaux politiques pour la réalité », estime Maxime Laporte, président et directeur général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Il reconnaît la validité de leurs arguments — les deux professeurs lui ont enseigné le droit à l’Université de Montréal.

     

    « Le carcan constitutionnel canadien divise les Québécois et les Franco-Canadiens dans leur combat commun pour assurer la survie du français à long terme sur ce continent. Le fait que la Constitution que nous a imposé que Pierre Elliott Trudeau mette sur le même pied de fausse égalité la minorité anglo-québécoise et les francophones hors Québec, voilà ce qui crée les tensions auxquelles on assiste devant les tribunaux canadiens », dit Maxime Laporte.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.