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    Libre opinion

    Langue française: la situation s’est améliorée en Ontario

    29 février 2016 | Gilles Levasseur - Avocat et professeur à l'Université d’Ottawa | Canada

    La première ministre de l’Ontario a présenté au nom du gouvernement de l’Ontario ses excuses à tous les Franco-Ontariens, dont les familles et les communautés ont été touchées par un règlement de 1912 qui rendait illégale l’éducation publique en langue française dans les écoles primaires pendant plus d’une décennie. Ce règlement avait comme principal objectif d’améliorer la qualité de l’éducation de langue anglaise dans les écoles primaires, au détriment des francophones. Ainsi, il était interdit aux écoles primaires d’utiliser le français comme langue de formation ou de communication après la 2e année et limitait à une heure par jour l’enseignement des matières des écoles primaires en langue française.

     

    La conséquence de cette restriction a été la perte de valorisation de la langue française et une crise identitaire auprès des francophones à un point tel que plusieurs se sont assimilés à la majorité anglophone afin d’éviter l’humiliation ou la discrimination. À une époque où être catholique romain et francophone était une misère assurée dans bien des secteurs de la vie ontarienne, les francophones se sont repliés sur eux-mêmes, retranchés dans des villages et des secteurs des villes afin de s’isoler des réalités de la vie courante ontarienne dominée par une élite anglophone attachée à des valeurs très britanniques.

     

    Avec l’énergie, la volonté et le courage de plusieurs militants, les francophones ont su naviguer contre vents et marées afin de se faire reconnaître. Grâce à l’étapisme dans les secteurs de l’éducation, de la justice et du parlementarisme, les francophones ont fait adopter des mesures législatives afin de se voir reconnaître leurs droits fondamentaux. Cette reconnaissance s’est par la suite développée dans les domaines de la santé, des arts et de la culture et des services gouvernementaux.

     

    On ne pourrait reconnaître l’Ontario d’aujourd’hui de cette période sombre pour les francophones. Cette province a su au cours des quarante dernières années faire une place aux francophones au point que, dans plusieurs secteurs de la vie ontarienne, les Franco-Ontariens possèdent les mêmes droits que le groupe majoritaire. Le bilinguisme institutionnel au sein du gouvernement de l’Ontario est omniprésent aujourd’hui, des plaques d’immatriculation aux enseignes électroniques sur les autoroutes en passant par les panneaux d’affichage et la prestation des services gouvernementaux.

     

    Torts encore présents

     

    Les torts causés par cette réglementation sont encore présents, d’où la nécessité de continuer à développer des mesures correctives afin de contrecarrer les effets de l’assimilation. Ce qui est nouveau depuis une trentaine d’années en Ontario est la volonté politique d’assurer une place aux francophones à l’égalité de la majorité anglophone. Certes, il reste dans plusieurs domaines beaucoup à faire, mais il est important de noter comment l’Ontario a changé et n’est plus cette province assimilatrice des francophones et gérée par des valeurs coloniales du passé.

     

    L’immigration, l’ouverture politique et le respect qu’ont acquis les Franco-Ontariens dans leurs combats ont permis que la langue française soit très souvent à égalité de la langue anglaise dans les instances gouvernementales provinciales et d’autres secteurs clés de la vie ontarienne. Demander un service en français au sein du gouvernement provincial n’est plus une honte, mais est devenu un droit.

     

    L’Ontario a changé et n’est plus la province de cent ans passés. Comme le disait la première ministre, la communauté franco-ontarienne a fait preuve d’un remarquable courage et de ténacité dans sa longue lutte pour s’assurer que la langue et l’identité francophones fassent partie intégrale de l’Ontario d’aujourd’hui. Les excuses provinciales doivent être une occasion de corriger le passé en fermant une porte sur cette volonté assimilatrice de l’époque. Il faut en ouvrir une nouvelle avec un pacte social permettant de renverser l’effet des conséquences de cette réglementation scolaire. Les francophones ne peuvent réécrire l’histoire, mais peuvent s’assurer que ce triste épisode ne se reproduise plus. Ultimement, ce pacte social doit comprendre l’enchâssement des droits des francophones dans la Constitution, mesure de protection ultime, mais aussi de reconnaissance de la réalité franco-ontarienne.

     

    L’avenir est à ceux qui luttent, et les francophones sont une force vive de l’Ontario de demain. Leur histoire est aussi celle de tous les Ontariens. Leurs réalisations, leurs luttes et leurs succès sont l’oeuvre de ceux qui ont cru en leur destin pour devenir aujourd’hui des Franco-Ontariens fiers de leur identité, de leur place et leurs réalisations en Ontario. Comme le disent les plaques d’immatriculation ontarienne en langue française, il y a « Tant à découvrir », car l’Ontario a changé afin d’accueillir cette nouvelle réalité franco-ontarienne.













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