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    Si c’était à refaire

    Manon Cornellier
    13 février 2016 |Manon Cornellier | Canada | Chroniques

    Le 19 octobre au soir, le conservateur Stephen Harper et le néodémocrate Thomas Mulcair avaient la déception inscrite sur le visage. Parti premier en début de campagne, le NPD finissait troisième et ne faisait élire que 44 députés. Le Parti conservateur retournait sur les banquettes de l’opposition officielle, lui qui avait cru à mi-campagne avoir une chance de sauver les meubles.

     

    Presque quatre mois plus tard, les deux partis sont encore à faire l’autopsie de leur campagne. Dans les deux camps, on s’estime, bien sûr, victime de la volonté de changement des Canadiens. Aucune analyse sérieuse ne pourrait cependant s’en tenir à cela, ce serait trop simple. Le NPD semble le comprendre, M. Mulcair aussi.

     

    Le comité d’examen de la campagne, que le chef du NPD a mis sur pied au lendemain du vote, a commencé à partager quelques réflexions cette semaine. M. Mulcair y a répondu dans une brève lettre à ses membres. Ce n’est toutefois qu’un début, un rapport final est attendu avant le congrès d’avril prochain, à Edmonton.

     

    Du côté conservateur, impossible de savoir si Stephen Harper accepte le blâme pour la défaite ou quelle analyse il en fait. Il a disparu de l’oeil public le soir même du vote sans même aviser de vive voix les Canadiens et ses partisans qu’il quittait son poste de chef (il est encore député même si on le voit rarement aux Communes). Il a laissé à d’autres le soin de faire le post-mortem de sa campagne.

     

    Le Parti conservateur, qui a dû annoncer le départ de M. Harper par voie de communiqué, a depuis lancé un exercice de réflexion dont rien n’a encore filtré. Seule la directrice des deux dernières campagnes conservatrices, Jenni Byrne, s’est mouillée dans un texte publié cette semaine dans le Globe and Mail.

     

     

    À l’instar de son ancien patron, elle évite de prendre le blâme. Au contraire, elle déplore qu’on ait ignoré son conseil de maintenir la pression sur les libéraux et de ne pas affaiblir le NPD. En agissant ainsi, le PC, qui avait besoin de la division du vote sur sa gauche, y a perdu au change, y compris dans des endroits où il a augmenté ses appuis, dit-elle.

     

    À l’entendre, tout allait pour le mieux pour le PC : solide organisation, coffres bien garnis, bénévoles en nombre suffisant et ainsi de suite. Son erreur, dit-elle, fut de mal mesurer le désir de changement des Canadiens alors que le parti faisait face à un sérieux défi : adversaires estimés, médias « assoiffés de sang » et « quelques politiques impopulaires ».

     

    Pas un mot de sa part sur la raison fondamentale de cette soif de changement : le ras-le-bol des Canadiens à l’égard du ton et de la façon de gouverner de M. Harper où on ne se soucie que de sa base et où la division, celle recherchée par Mme Byrne, est alimentée à des fins électorales. La campagne a été menée sur le même mode, ce que même des conservateurs ont déploré, y compris au caucus, si on se fie aux changements apportés par la chef intérimaire Rona Ambrose.

     

     

    Du côté du NPD, le bilan préliminaire dévoilé dimanche dernier par la présidente du parti Rebecca Blaikie escamote moins les problèmes. Si on y dit que les campagnes locales et la collecte de fonds ont bien fonctionné, on juge que le message n’était pas clair, la façon de communiquer inadéquate, le lancement du programme trop tardif. En se positionnant comme des « agents de changement prudents », avec entre autres cette promesse de budget équilibré, les néodémocrates se sont nui. Cela « n’était pas en phase avec le désir des Canadiens de rompre radicalement avec la décennie Harper », lit-on dans le rapport.

     

    M. Mulcair a aussitôt réagi, avouant que la campagne n’avait pas été à la hauteur. « Comme chef, j’assume l’entière responsabilité de ces erreurs. J’aurais pu mieux faire. Il est de mon devoir envers vous et envers le parti de tirer des leçons de ces erreurs et de les appliquer pour l’avenir », a-t-il écrit.

     

    Ni le comité ni le chef ne sont encore allés au fond des choses, mais on sent une volonté et une urgence de le faire. Ils n’ont pas le choix. Lors du congrès biennal du parti qui aura lieu en avril, les membres se prononceront sur le leadership de M. Mulcair.

     

    Pour y survivre, il doit pouvoir démontrer qu’il prend acte des récriminations des membres et qu’il a la volonté de corriger le tir. Pour cela, il a besoin de connaître à l’avance leur diagnostic, d’où l’importance de ce rapport final. Mais ce dernier mesurera-t-il cette tension perpétuelle que la défaite a pu raviver entre les tenants de la pureté idéologique et les pragmatiques plus centristes ?

     

    Le résultat du vote pourrait être instructif à ce sujet. M. Mulcair, pour sa part, a refusé de fixer un seuil pour rester en poste, mais Mme Blaikie s’est avancée. Pour rebâtir le parti, a-t-elle confié au Huffington Post, il faut un appui solide, c’est-à-dire 70 % ou plus des votes.

     

    Contrairement au NPD, le Parti conservateur a du temps devant lui pour analyser sa défaite. Le prochain chef sera choisi en mai 2017 et la campagne officielle, qui n’est pas encore commencée, sera la véritable occasion de modifier ou non la trajectoire prise sous Stephen Harper… et Mme Byrne.













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