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    Aide à mourir

    Les médecins demandent le droit de refuser sans rediriger

    28 janvier 2016 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Photo: Ugurhan Betin / Getty Images

    Les médecins devraient avoir le droit de refuser de prodiguer de l’aide à mourir à leurs patients. Et ils devraient aussi avoir le droit de refuser de rediriger vers un confrère mieux disposé les patients qui demandent à mourir. Selon l’Association médicale canadienne (AMC), cette protection de la liberté de conscience du corps médical n’affectera pas pour autant l’accès des malades à l’aide médicale à mourir.

     

    L’AMC comparaissait mercredi soir devant le comité parlementaire mixte devant proposer au gouvernement des façons d’encadrer l’aide médicale à mourir dans la foulée de la décision de la Cour suprême. L’AMC dit avoir consulté ses membres longuement. Résultat : 30 % d’entre eux se disent disposés à prodiguer activement la mort aux malades qui n’en peuvent plus de souffrir. Une majorité des autres seraient disposés à rediriger vers un autre médecin un patient désireux de mourir.

     

    « Pour les autres médecins, rediriger les patients pour de l’aide à mourir serait catégoriquement inacceptable d’un point de vue moral. Pour ces gens, cela équivaut à de la participation forcée », a expliqué Jeff Blackmer, le vice-président de l’AMC. Le sénateur libéral Serge Joyal a demandé s’il fallait s’inquiéter que 70 % des médecins refuseraient d’offrir cette aide.

     

    « Nous nous attendons à ce que seulement 3 % des gens considèrent cette option et il y a environ 82 000 médecins membres de l’AMC […], alors c’est important de remettre tous ces chiffres en perspective », a répondu la présidente de l’AMC, Cindy Forbes. M. Blackmer a renchéri. « Ce 30 % représente 24 000 médecins. Alors je peux affirmer à ce comité que l’accès ne posera pas de problème. […] Établir un lien entre l’accès et l’objection de conscience est une fausse dichotomie. Il n’y a pas de lien. »

     

    M. Blackmer a rappelé qu’aucune juridiction autorisant l’aide médicale à mourir n’oblige les médecins à l’offrir et pourtant, aucune n’éprouve de problème d’accès. La loi québécoise sur les soins de fin de vie permet aux médecins et pharmaciens de refuser les soins euthanasiques, mais elle leur commande d’aider le patient à trouver un professionnel qui le fera. La Cour suprême a établi dans sa décision qu’aucun médecin ne devrait être obligé d’apporter cette aide à mourir.

     

    Selon l’AMC, le défi sera davantage de permettre l’accès à l’aide médicale à mourir en zone rurale ou nordique.

     

    Attendre avant de mourir

     

    Une des questions que les parlementaires devront trancher est la durée du délai qui devrait être imposé au patient entre sa demande de mort et l’administration de celle-ci. Les témoins entendus en comité ont suggéré qu’il soit modulé en fonction de la situation du patient.

     

    « Le temps d’attente devrait être proportionnel au temps de vie que la personne perdrait », a expliqué Monica Branigan, de la Société canadienne des médecins en soins palliatifs. « Par exemple, on devrait répondre beaucoup plus rapidement à une femme atteinte d’un cancer du sein qui n’a plus que quatre semaines à vivre et qui fait cette demande qu’à un jeune homme de 21 ans qui vient d’apprendre que sa moelle épinière a été endommagée et qui ne peut imaginer sa vie dans un fauteuil roulant. »

     

    Par ailleurs, le président du comité, le libéral Rob Oliphant, s’est demandé si, en exigeant que le patient soit encore capable de réclamer l’aide à mourir au moment de son administration, cela n’aurait pas pour effet de précipiter les choses.

     

    « Est-il possible que d’exiger cette capacité accélère cette mort parce que quelqu’un voudra prendre cette décision pendant qu’il est encore capable de le faire ? Et ce, même s’il pourrait encore jouir de quelques mois de vie de qualité ? »













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