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    Attentat au Burkina Faso

    La colère d’une mère

    21 janvier 2016 | Jean-Pierre Martel - Montréal | Canada
    Six Québécois ont été tués dans l’attentat qui a été perpétré à l’hôtel Splendid de Ouagadougou, vendredi dernier.
    Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Six Québécois ont été tués dans l’attentat qui a été perpétré à l’hôtel Splendid de Ouagadougou, vendredi dernier.

    Six Québécois ont été tués lors d’une attaque terroriste perpétrée vendredi dernier par al-Qaïda dans la capitale du Burkina Faso (un pays d’Afrique francophone situé au sud du Mali). À cette occasion, 29 personnes originaires de 18 pays différents ont péri. Dans le cas des Québécois, il s’agissait de travailleurs humanitaires partis il y a trois semaines accomplir du bénévolat au bénéfice d’une communauté religieuse de ce pays.

     

    En annonçant publiquement les condoléances officielles du Canada aux familles éprouvées, le nouveau premier ministre canadien a négligé d’ajouter les formules attendues indiquant que ces morts ne resteront pas impunies et que le pays sera impitoyable envers les coupables de ces assassinats.

     

    De toute évidence, cet oubli a irrité au plus haut point Camille Carrier, la mère d’une des victimes, réclamant plus de fermeté, plus précisément par l’envoi de troupes canadiennes pour venger la mort de sa fille.

     

    Nous comprenons tous le chagrin de Mme Carrier. Toutefois, envoyer les troupes canadiennes combattre au Burkina Faso, cela signifie ajouter des dizaines ou des centaines de morts de militaires canadiens à la liste des six civils qui ont déjà péri à Ouagadougou. C’est multiplier le nombre de veuves et de mères canadiennes éplorées, à l’image de Mme Carrier. C’est à y penser deux fois.

     

    Les causes immédiates

     

    Les islamistes du Sahel ont étendu leur dangerosité grâce aux armes que nos pays ont distribuées généreusement à tous ceux qui voulaient abattre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Une fois le dictateur abattu, les nomades sont retournés chez eux et ont vendu leurs armes aux terroristes de la région. Avec le résultat qu’on sait. Par cet attentat, al-Qaïda veut démontrer qu’elle n’est pas cette organisation terroriste en déclin, discréditée par le groupe État islamique.

     

    De plus, al-Qaïda veut démonter également que l’expédition française au Mali en 2013 n’aura provoqué que le repli temporaire des organisations terroristes, de retour en force après le départ des troupes étrangères.

     

    Les conséquences pour le Canada

     

    Le gouvernement canadien a favorisé l’obtention d’un contrat militaire de quatorze milliards de dollars qu’une entreprise canadienne a obtenu de l’Arabie saoudite. Par ailleurs, selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international. Le Canada ne peut pas défendre ce contrat au nom de la création d’emplois d’une part, et d’autre part voir ses citoyens se faire tuer par des milices financées par cette pétromonarchie. Combien d’emplois dans l’industrie de l’armement une vie canadienne vaut-elle ? À quel moment est-ce trop cher payer ?

     

    Les cyniques diront que précisément, grâce à ce contrat, les Saoudiens auront quatorze milliards de moins à dépenser pour le terrorisme. Toutefois, à l’inverse, rien ne nous garantit que ce matériel militaire ne servira pas à équiper des terroristes. Le Canada peut invoquer des engagements secrets de l’Arabie à ce sujet. Mais une fois placé devant le fait accompli, le Canada sera impuissant à y changer quoi que ce soit, comme il l’est quant au cas de Raïf Badawi.

     

    Tôt ou tard, pour faire cesser le terrorisme, nos gouvernements devront aller à la cause, ce qui signifie le renversement de la dictature saoudienne. Or, la vente d’armements à ce pays découle d’une politique à courte vue ; l’arsenal saoudien obtenu du Canada compliquera la tâche de pacifier cette région une fois que les soldats de nos pays auront entrepris l’inévitable.













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