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    Femmes autochtones

    Ottawa lance une consultation avant l’enquête

    9 décembre 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, marchait mardi en compagnie de Justin Trudeau et de danseurs et aînés autochtones.
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, marchait mardi en compagnie de Justin Trudeau et de danseurs et aînés autochtones.

    Le gouvernement de Justin Trudeau a posé le premier jalon devant mener à la tenue d’une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées mardi en annonçant que les proches des victimes ainsi que les organisations autochtones seront consultées au cours des prochains mois pour déterminer la meilleure façon de procéder. Mais les détails manquent pour l’instant à l’appel.

     

    Le gouvernement a voulu faire les choses en grand. C’est donc devant des affiches à l’effigie de la future commission, et entourées de nombreux proches de victimes, que les ministres de la Justice, Jody Wilson-Raybould, des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, et de la Condition féminine, Patricia Hajdu, ont dévoilé leur ébauche de plan. Plus tôt dans la journée, Justin Trudeau a pris la parole devant l’Assemblée des Premières Nations (APN), une première pour un premier ministre depuis 2002, afin de parler de l’importance de repenser la relation de l’État canadien avec les peuples autochtones.

     

    « Il est temps de renouveler notre relation de nation à nation avec les peuples autochtones, une relation qui reconnaît que les droits des Premières Nations garantis par la Constitution ne sont pas des inconvénients, mais une obligation sacrée. […] L’Histoire nous enseigne que l’adversité est non seulement inefficace, elle cause des dommages profonds. »

     

    Dans un premier temps, la préconsultation annoncée lundi se fera auprès des familles et des proches des femmes disparues ou assassinées. Ensuite, elle sera élargie aux associations autochtones diverses. L’objectif ? Bien comprendre les attentes de la communauté concernée afin que la future commission d’enquête les satisfasse.

     

    « Cette phase vise à établir le ton pour un processus inclusif, a expliqué Carolyn Bennett. Tout ce que nous entendrons nous aidera à déterminer les objectifs, la portée et les paramètres de l’enquête. Elle nous aidera aussi à déterminer potentiellement les termes de référence de l’enquête, certains participants et certaines activités, et peut-être aussi les commissaires. »

     

    Pour sa part, la ministre Wilson-Raybould, qui est elle-même autochtone, a tenu à rappeler que « la violence à l’encontre des femmes et filles autochtones n’est pas un problème autochtone. Il ne s’agit pas simplement d’une question relative aux femmes. C’est une tragédie nationale qui nécessite une réponse nationale ». Tout autour, dans le foyer de la Chambre des communes, de nombreux autochtones opinaient du chef, d’autres pleuraient.

     

    Détails manquants

     

    Les paramètres de cette préconsultation font toutefois défaut. On ignore qui la mènera et selon quel échéancier. « La première phase durera autant de temps qu’il faudra », a soutenu la ministre Bennett. Le communiqué de presse parle d’ailleurs d’une préconsultation qui se déroulera « au cours de la prochaine année ». Mais du même souffle, Mme Bennett a dit espérer annoncer la tenue de l’enquête elle-même au printemps.

     

    Même flou entourant l’identité de ceux qui mèneront cette préconsultation. « Les consultations se feront par les trois ministres [présentes à l’annonce], mais aussi dans les communautés, avec les députés, les autres parlementaires, les autres ministres », a expliqué en français Mme Bennett. Le Parti libéral s’est engagé à tenir cette enquête et à y consacrer 40 millions de dollars.

     

    La Gendarmerie royale du Canada (GRC) estime qu’au cours des 30 dernières années, environ 1200 femmes autochtones ont été assassinées ou ont disparu. Sa plus récente mise à jour établit à 705 le nombre de meurtres depuis 1980, contre 3284 pour les femmes non autochtones, soit 17 % du total. Les femmes autochtones ne formaient en 2011 que 4,3 % de la population féminine canadienne. Selon la GRC, en date du printemps 2015, il y avait 174 femmes autochtones portées disparues depuis au moins un mois, dont 111 dans des circonstances suspectes.

     

    Des félicitations partout

     

    Contre toute attente, les troupes conservatrices, qui s’étaient farouchement opposées à la création d’une commission d’enquête, ont applaudi le geste du gouvernement Trudeau. « C’est un bon début ! » s’est exclamée la chef par intérim, Rona Ambrose. Denis Lebel, qui l’accompagnait pour des fins de traduction, a expliqué que « nous, on a toujours pensé que l’heure était à l’action [plutôt qu’à la tenue d’une autre enquête]. Le gouvernement décide de le faire, bien sûr, on ne sera pas contre ça ».

     

    Le député néodémocrate Roméo Saganash a martelé que le Canada « n’a pas le droit de rater son coup ». Il rappelle néanmoins qu’« il y a des craintes que ça traîne en longueur, cette première phase de conception ». La plupart des groupes autochtones ont donné leur appui à la démarche. Ghislain Picard, le chef régional de l’APN pour le Québec, espère seulement que le processus dans son ensemble ne durera pas « cinq ou six ans. Il faut que ce soit beaucoup plus rapide que ça ».

    Avec Marie Vastel













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