La crise se résorbe à Lacolle
Photo : Jacques Nadeau
Originaire du Cachemire, Minhas Sharif en était hier à son quatrième jour d’attente au poste-frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle dans l’espoir d’obtenir le statut de réfugié.
Les revendicateurs du statut de réfugié ont été moins nombreux hier matin à se présenter au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, quelques heures après l'entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés. La crise est peut-être en voie de se résorber, mais ceux qui occupent depuis quelques jours la salle d'attente exiguë du poste douanier cachaient mal leur lassitude et leur impatience.
Afin d'endiguer la vague d'immigrants qui a déferlé au poste de Lacolle au cours des dernières semaines, le nombre d'agents d'immigration y a été triplé. Les employés ont peu de répit car, de 8h à minuit, les demandeurs d'asile se succèdent dans les bureaux du poste douanier pour se plier aux procédures d'identification et aux interrogatoires d'usage. Compte tenu de l'achalandage, la cadence a été accélérée et on réussit à traiter entre 40 et 50 dossiers par jour, mais le processus requiert une bonne dose de patience pour ces nouveaux arrivants.
«Depuis le 1er juin, nous avons accueilli 1200 revendicateurs du statut de réfugié alors que nous en avions reçu 350 pour la même période l'an dernier. Le nombre total s'élevait à 5000 pour toute l'année 2001», indique Robert Gervais, de Citoyenneté et Immigration Canada.
La majorité d'entre eux, 60 % estime-t-on, sont originaires du Pakistan. Ils ont pris l'autobus de New York pour se rendre à Plattsburgh. De là, valise en main, ils se sont rendus à Saint-Bernard-de-Lacolle en taxi.
C'est que l'annonce de l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur l'immigration colportée à l'étranger a alimenté les pires craintes chez ceux qui comptaient trouver refuge au Canada. «Ils l'ont appris de diverses sources, certains par le biais d'Internet, d'autres de connaissances qui sont déjà au pays, indique M. Gervais. Mais la majorité d'entre eux ignorent tout du contenu de la nouvelle loi.»
En fait, les nouvelles dispositions de la loi les affectent peu ou pas du tout, ajoute-t-il, mais elles sont plus restrictives pour ceux qui représentent une menace pour la sécurité du pays. La principale modification susceptible de les toucher se résume à l'impossibilité de revendiquer une deuxième fois le statut de réfugié après un premier refus. «Et au cours des trois derniers jours, nous n'avons eu qu'un seul cas de ce genre», indique M. Gervais.
Hier, ils étaient 140 à attendre qu'on décide de leur sort, certains depuis quatre jours. Compte tenu de l'affluence des dernières semaines, bon nombre d'entre eux s'entassaient dans la salle d'attente alors que d'autres avaient été logés dans une roulotte adjacente ou hébergés dans un centre communautaire local.
La lassitude se lisait sur tous les visages. Les conditions sont difficiles, se plaignent plusieurs d'entre eux, car à l'inquiétude qui les tenaille s'ajoute l'inconfort des lieux. De plus, ils ne disposent pas de douche pour se laver et la cohabitation forcée les prive de toute intimité.
Malgré leur mine sombre, ils entretiennent tous l'espoir d'améliorer leur sort, comme cet homme dans la trentaine qui a fui le Pakistan, où les musulmans chiites, minoritaires dans leur pays, sont persécutés. Muni d'une petite valise, il s'est présenté de bon matin hier au poste de Lacolle, mais il ignore combien de temps il devra patienter à la frontière.
Plus loin, Minhas Sharif, un homme de 58 ans originaire du Cachemire, raconte qu'il a quitté son emploi dans une compagnie d'assurances pakistanaise pour tenter sa chance au Canada. Malgré quatre longs jours d'attente à Lacolle, il affiche le sourire d'un homme convaincu d'avoir trouvé la terre promise. Sa famille viendra le rejoindre «si le gouvernement le permet», ajoute-t-il plein d'espoir.
«Le Canada est reconnu pour son ouverture envers les réfugiés et on y traite les gens comme des êtres humains», résume-t-il. La générosité du Canada à l'égard des immigrants a d'ailleurs eu des échos partout dans le monde si l'on se fie aux témoignages de ses compagnons d'infortune.
Quand Immigration Canada juge satisfaisantes les preuves d'identité fournies par les candidats au statut de réfugié, ceux-ci sont conduits par autobus au YMCA de la rue Stanley à Montréal avant d'être pris en charge par le ministère québécois de l'Immigration. Ils bénéficieront alors d'assistance pour trouver un logement et un emploi, et ceux qui en ont besoin pourront être admissibles à l'aide sociale.
Entouré de compatriotes, un étudiant d'origine indienne de 31 ans évoque ces privilèges pour expliquer sa volonté de migrer au Canada. Arrivé à New York il y a 13 ans, il espère trouver au Canada de meilleures conditions de vie. «Les États-Unis sont un pays formidable sur bien des aspects, mais depuis le 11 septembre, il y a de plus en plus de discrimination envers les minorités visibles, particulièrement celles qui sont d'origine arabe», explique-t-il.
La recrudescence soudaine du nombre de revendicateurs à la mi-juin a toutefois forcé les autorités canadiennes à retourner aux États-Unis ceux qui pouvaient loger chez des proches en attendant que débute l'étude de leur dossier. Quelque 80 personnes ont aussi trouvé refuge à l'Armée du salut de Plattsburgh.
«C'est encourageant de voir que le nombre d'arrivants à Lacolle a diminué, mais avec la signature aujourd'hui [hier] de l'accord sur le "tiers pays sûr" entre les États-Unis et le Canada, personne ne sait si la situation perdurera pour les prochains mois jusqu'à son implantation», s'interroge Patrick Giantonio, de l'organisation américaine Vermont Refugee Assistance.
Afin d'endiguer la vague d'immigrants qui a déferlé au poste de Lacolle au cours des dernières semaines, le nombre d'agents d'immigration y a été triplé. Les employés ont peu de répit car, de 8h à minuit, les demandeurs d'asile se succèdent dans les bureaux du poste douanier pour se plier aux procédures d'identification et aux interrogatoires d'usage. Compte tenu de l'achalandage, la cadence a été accélérée et on réussit à traiter entre 40 et 50 dossiers par jour, mais le processus requiert une bonne dose de patience pour ces nouveaux arrivants.
«Depuis le 1er juin, nous avons accueilli 1200 revendicateurs du statut de réfugié alors que nous en avions reçu 350 pour la même période l'an dernier. Le nombre total s'élevait à 5000 pour toute l'année 2001», indique Robert Gervais, de Citoyenneté et Immigration Canada.
La majorité d'entre eux, 60 % estime-t-on, sont originaires du Pakistan. Ils ont pris l'autobus de New York pour se rendre à Plattsburgh. De là, valise en main, ils se sont rendus à Saint-Bernard-de-Lacolle en taxi.
C'est que l'annonce de l'entrée en vigueur d'une nouvelle loi sur l'immigration colportée à l'étranger a alimenté les pires craintes chez ceux qui comptaient trouver refuge au Canada. «Ils l'ont appris de diverses sources, certains par le biais d'Internet, d'autres de connaissances qui sont déjà au pays, indique M. Gervais. Mais la majorité d'entre eux ignorent tout du contenu de la nouvelle loi.»
En fait, les nouvelles dispositions de la loi les affectent peu ou pas du tout, ajoute-t-il, mais elles sont plus restrictives pour ceux qui représentent une menace pour la sécurité du pays. La principale modification susceptible de les toucher se résume à l'impossibilité de revendiquer une deuxième fois le statut de réfugié après un premier refus. «Et au cours des trois derniers jours, nous n'avons eu qu'un seul cas de ce genre», indique M. Gervais.
Hier, ils étaient 140 à attendre qu'on décide de leur sort, certains depuis quatre jours. Compte tenu de l'affluence des dernières semaines, bon nombre d'entre eux s'entassaient dans la salle d'attente alors que d'autres avaient été logés dans une roulotte adjacente ou hébergés dans un centre communautaire local.
La lassitude se lisait sur tous les visages. Les conditions sont difficiles, se plaignent plusieurs d'entre eux, car à l'inquiétude qui les tenaille s'ajoute l'inconfort des lieux. De plus, ils ne disposent pas de douche pour se laver et la cohabitation forcée les prive de toute intimité.
Malgré leur mine sombre, ils entretiennent tous l'espoir d'améliorer leur sort, comme cet homme dans la trentaine qui a fui le Pakistan, où les musulmans chiites, minoritaires dans leur pays, sont persécutés. Muni d'une petite valise, il s'est présenté de bon matin hier au poste de Lacolle, mais il ignore combien de temps il devra patienter à la frontière.
Plus loin, Minhas Sharif, un homme de 58 ans originaire du Cachemire, raconte qu'il a quitté son emploi dans une compagnie d'assurances pakistanaise pour tenter sa chance au Canada. Malgré quatre longs jours d'attente à Lacolle, il affiche le sourire d'un homme convaincu d'avoir trouvé la terre promise. Sa famille viendra le rejoindre «si le gouvernement le permet», ajoute-t-il plein d'espoir.
«Le Canada est reconnu pour son ouverture envers les réfugiés et on y traite les gens comme des êtres humains», résume-t-il. La générosité du Canada à l'égard des immigrants a d'ailleurs eu des échos partout dans le monde si l'on se fie aux témoignages de ses compagnons d'infortune.
Quand Immigration Canada juge satisfaisantes les preuves d'identité fournies par les candidats au statut de réfugié, ceux-ci sont conduits par autobus au YMCA de la rue Stanley à Montréal avant d'être pris en charge par le ministère québécois de l'Immigration. Ils bénéficieront alors d'assistance pour trouver un logement et un emploi, et ceux qui en ont besoin pourront être admissibles à l'aide sociale.
Entouré de compatriotes, un étudiant d'origine indienne de 31 ans évoque ces privilèges pour expliquer sa volonté de migrer au Canada. Arrivé à New York il y a 13 ans, il espère trouver au Canada de meilleures conditions de vie. «Les États-Unis sont un pays formidable sur bien des aspects, mais depuis le 11 septembre, il y a de plus en plus de discrimination envers les minorités visibles, particulièrement celles qui sont d'origine arabe», explique-t-il.
La recrudescence soudaine du nombre de revendicateurs à la mi-juin a toutefois forcé les autorités canadiennes à retourner aux États-Unis ceux qui pouvaient loger chez des proches en attendant que débute l'étude de leur dossier. Quelque 80 personnes ont aussi trouvé refuge à l'Armée du salut de Plattsburgh.
«C'est encourageant de voir que le nombre d'arrivants à Lacolle a diminué, mais avec la signature aujourd'hui [hier] de l'accord sur le "tiers pays sûr" entre les États-Unis et le Canada, personne ne sait si la situation perdurera pour les prochains mois jusqu'à son implantation», s'interroge Patrick Giantonio, de l'organisation américaine Vermont Refugee Assistance.
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