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    Cabinet Trudeau

    Une diversité de façade

    Les idées politiques n’ont pas de race, de sexe ou de religion

    7 novembre 2015 | Charles Étienne Camirand - Doctorant en anthropologie à l’Université de Montréal | Canada

    À l’issue de la cérémonie d’assermentation du nouveau gouvernement libéral mercredi à Ottawa, on apprenait les noms de ceux et celles qui allaient en composer le cabinet ministériel. Le cabinet comprendra 48 % de femmes et 52 % d’hommes. Quant à leurs origines, il comptera 29 % d’Ontariens, 23 % de Québécois, 23 % de gens des provinces de l’Ouest, 13 % d’immigrants de première génération, 10 % de gens des provinces maritimes et 3 %, soit un député, provenant des territoires. Par ailleurs, il y aura 7 % d’autochtones, 19 % de gens issus d’une religion autre que chrétienne (quatre sikhs, un juif et une musulmane), 3 %, de réfugiés politiques et 6 % de handicapés.

     

    D’aucuns ont célébré le caractère « diversifié » de ce cabinet. Justin Trudeau lui-même a déclaré qu’il était fier d’avoir formé un cabinet qui « ressemble énormément au Canada ».

     

    Malheureusement, il ne faut pas se réjouir trop vite, ou trop inutilement, plutôt. Car en ce qui concerne la profession d’origine des nouveaux ministres, nous obtenons les chiffres suivants : 45 % de politiciens de carrière ou d’anciens députés, 19 % d’administrateurs privés ou publics et 13 % d’avocats, soit 77 % des membres du cabinet. Le reste, 23 %, se compose d’un économiste, d’une entrepreneure, d’une géographe, d’une journaliste, d’une médecin, d’un militaire et d’une travailleuse sociale.

     

    Autre considération à ne pas oublier : le Conseil des ministres sera composé à 100 %… de députés libéraux. Des rumeurs avaient couru selon lesquelles Elizabeth May, chef du Parti vert du Canada, aurait pu siéger en tant que ministre de l’Environnement. Or, Justin Trudeau semble avoir privilégié sa famille politique. Du coup, on se rend vite compte que le nouveau gouvernement fédéral n’est pas si « représentatif » de la société canadienne qu’on veut nous le faire croire.

     

    D’où vient cette manie de chercher à tout prix à ce qu’un gouvernement représente sociologiquement, et non idéologiquement, la société qu’il gouverne ? L’idée de parité sociologique provient en fait d’un dogme largement répandu par la gauche libérale depuis maintenant longtemps : puisque notre idéologie est forcément à l’image de notre classe sociale, un équilibre idéologique est atteint et, avec lui, la Justice sociale et le Bien commun, si les dirigeants d’un État sont diversifiés sur le plan des identités sociales. Paradoxalement, l’identité sociale se limite pour les libéraux de gauche aux aspects que les Français appellent « sociétaux » : le genre, la race, la condition physique, la culture d’origine, la religion… Les classes économiques et politiques sont totalement exclues de telles considérations.

     

    Pourtant, cette vision des choses est grotesque et n’a jamais fait ses preuves historiquement. Car les idées politiques n’ont pas de race, de sexe ou de religion. Certaines des politiques les plus rétrogrades ont été portées par des membres de minorités culturelles, sexuelles, raciales ou autres. La représentativité sociologique d’un gouvernement n’est donc en rien le garant de la Justice sociale et du Bien commun.

     

    Et s’il y a effectivement des corrélations entre plusieurs indicateurs sociaux et les idées politiques des individus, elles sont nettement plus marquées pour certains indicateurs, au premier rang desquels les classes économiques et politiques, deux catégories très peu diversifiées dans le cabinet Trudeau. Le premier ministre et les médias sociaux-démocrates se félicitent donc d’une diversité de façade, qui n’est non seulement en rien garante de Justice sociale, mais qui, quant aux indicateurs les plus importants, n’est en rien une diversité tout court.













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