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    Gouvernement Trudeau

    Être un premier ministre normal

    Bernard Descôteaux
    22 octobre 2015 |Bernard Descôteaux | Canada | Éditoriaux
    Il n’est pour l’instant que premier ministre désigné et il n’a aucun véritable pouvoir, sinon celui de choisir et de désigner ceux qui formeront le 4 novembre prochain le prochain gouvernement. Les décisions que prendra ces prochains jours Justin Trudeau nous diront quel genre de premier ministre il voudra être.


    Le président François Hollande avait dit avant d’être élu qu’il serait un « président normal », par opposition au monarque absolu qu’était devenu le président Sarkozy. Le parallèle avec Stephen Harper se fait tout naturellement, celui-ci ayant été durant son mandat tout sauf un premier ministre normal, gouvernant en collégialité, respectueux des frontières entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et de ce quatrième pouvoir qu’est la presse.

     

    Les critiques adressées à Stephen Harper à cet égard, Justin Trudeau les avait bien sûr entendues. D’emblée, il a manifesté en campagne la volonté d’être un premier ministre plus respectueux des divers ordres de pouvoirs. Dans une entrevue à la CBC, il s’est engagé à renverser la tendance de concentration du pouvoir entre les mains du premier ministre commencée sous le règne de Pierre Elliott Trudeau.
    « Nous sommes rendus à la fin », avait-il dit admettant qu’il aimait bien l’idée que ce soit le fils qui mette fin à cela.

     

    Pour assurer le fonctionnement d’un État de plus en plus complexe, il était normal que se mettent en place des agences centrales de coordination. Trudeau père s’était ainsi appuyé sur le Conseil privé. Il ne voulait pas être dépendant des vues de ses ministres.

     

    Au fil des ans, on a toutefois vu les premiers ministres s’entourer au sein même de leur bureau d’équipes de plus en plus nombreuses chargées de la cohérence des actions et des communications du gouvernement. Sous Stephen Harper, le Bureau du premier ministre (BPM) est devenu littéralement un organe contrôlant toute l’activité politique du gouvernement. Le procès du sénateur Duffy au mois d’août nous a montré que tous y étaient soumis, ministres comme députés et sénateurs. Aucune décision ne se prenait plus dans le gouvernement sans qu’elle soit autorisée ou dictée par le BPM. Sauf rares exceptions, les ministres ont été dans ce gouvernement de simples exécutants des volontés d’un premier ministre omnipuissant, forcés parfois à jouer les seconds couteaux pour exécuter les sales boulots, comme l’a fait la ministre Aglukkaq dans le dossier des eaux usées de Montréal.

     

    Justin Trudeau disait ce mardi vouloir que ses ministres soient des « décideurs ». Pour que cela soit, plusieurs conditions sont à remplir. Il faudra d’abord que le Conseil des ministres redevienne le lieu principal dans le processus de décision. Il faudra éviter de multiplier le nombre de ministres. À 39 comme actuellement, un conseil devient non fonctionnel. La limite devrait être au plus de 25. Les ministres seront choisis pour leurs compétences et non pour leur esprit de soumission, et qu’ils puissent s’appuyer sur des équipes de fonctionnaires qui ne sont pas aux ordres d’un appareil politique.

     

    Au-delà de cela, il y a un esprit à instaurer. Ministres et fonctionnaires doivent pouvoir jouir d’un espace de liberté et être tenus à une véritable reddition de compte, laquelle dans un système politique « normal » doit se faire au Parlement, pas au premier ministre. S’il veut être un premier ministre normal, Justin Trudeau devra réinstaurer le respect de cette institution. L’immense majorité qu’il y détient ne l’en dispense pas. Tout au contraire.













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