Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Raz-de-marée libéral

    Stephen Harper quitte la direction du Parti conservateur

    20 octobre 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le nouveau premier ministre a tendu la main aux électeurs qui n’ont pas voté pour lui, en promettant d’être «le premier ministre de tous les Canadiens».
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nouveau premier ministre a tendu la main aux électeurs qui n’ont pas voté pour lui, en promettant d’être «le premier ministre de tous les Canadiens».
    Consulter notre dossier électoral

    Il avait fait de l’éradication du Parti libéral du Canada et de l’héritage Trudeau père un moteur de son action politique. Et pourtant, c’est devant un Trudeau que Stephen Harper a dû s’incliner lundi soir. Le chef conservateur a concédé la victoire à son rival libéral après une lutte qui n’aura finalement même pas été chaude tellement le vote néodémocrate s’est effondré. M. Harper tire sa révérence et demande qu’un successeur lui soit trouvé.

    Au moment d’écrire ces lignes, Justin Trudeau était en voie de récolter 184 sièges à la Chambre des communes, contre 99 pour Stephen Harper et 44 pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair. Cela le plaçait confortablement au-dessus de la barre des 170 sièges nécessaires pour commander une majorité au Parlement.

    Justin Trudeau a pris la parole un peu passé minuit. « Je sais que je suis ici ce soir pour une seule raison : parce que vous l’avez choisi. Ce n’est pas moi qui ai fait l’histoire ce soir, c’est vous », a-t-il lancé à la foule en liesse. « Il y a plus de 100 ans, un grand premier ministre, Wilfrid Laurier, a parlé des voies ensoleillées, que la politique peut être une force positive, et c’est le message que les Canadiens ont envoyé aujourd’hui. »

    Le nouveau premier ministre a tendu la main aux électeurs qui n’ont pas voté pour lui, en promettant d’être « le premier ministre de tous les Canadiens ». « Les conservateurs ne sont pas nos ennemis, ce sont nos voisins », a-t-il lancé. Et aux néodémocrates, il a dit comprendre leur déception. « Notre parti a vécu des moments difficiles aussi, alors ne vous découragez pas. Notre pays a besoin de citoyens comme vous. »

    À l’autre bout du pays, Stephen Harper a concédé la victoire dans la bonne humeur. « Nous avons tout donné ce que nous avions à donner, et nous n’avons aucun regret. » M. Harper n’a pas osé le dire de vive voix, mais alors même qu’il prenait la parole, le président du Parti conservateur diffusait un communiqué de presse indiquant que M. Harper lui avait demandé d’entreprendre le processus de sélection d’un nouveau leader et de choisir, entre-temps, un leader intérimaire. M. Harper ne reviendra donc pas à la Chambre des communes. On peut imaginer que les Maxime Bernier et Jason Kenney, tous deux réélus, seront sur les lignes de départ.

    Quel avenir pour Mulcair et Duceppe?

    Pour sa part, Thomas Mulcair n’a pas donné d’indication sur son avenir. Il a promis que le NPD offrirait une bonne opposition. Il a surtout souligné que « dorénavant, le NPD sera toujours pour les Québécois un choix réel ». Gilles Duceppe, qui a dû s’incliner devant la député néodémocrate sortante Hélène Laverdière, a déclaré que « nous arrivons à court de notre objectif, mais nous partions de loin », a-t-il dit. 

    Il n’a pas indiqué officiellement s’il restait chef du Bloc québécois. Ironie du sort, l’ex-chef bloquiste Mario Beaulieu, qui avait docilement cédé sa place à M. Duceppe à la tête du parti, a été, lui, élu, délogeant Ève Péclet. La chef du Parti vert, Elizabeth May, a été réélue dans Saanich-Gulf Islands.

    Le Québec a offert de fait bien des surprises au cours de la soirée, alors que la vague orange s’y est brisée. Les courses à quatre que tous prédisaient ne s’y sont pas vraiment matérialisées. Le vote néodémocrate s’est complètement effondré : des 54 sièges qu’il y détenait à la dissolution, le NPD semblait en voie de n’en conserver que 16. Le Bloc québécois n’a pas profité de cette déconfiture, en obtenant 10 circonscriptions, soit à peine 6 de plus que les 4 qu’il avait eues en 2011. 

    Ce sont les libéraux qui ont profité de la situation, réussissant à faire élire 40 députés. Il s’agit d’un des meilleurs scores de l’histoire du PLC. Il faut remonter à 2000 pour retrouver un aussi bon résultat québécois pour le PLC (36 sièges sur 75), puis à 1980 (74). C’est aussi la première fois depuis l’époque de Brian Mulroney que les Québécois choisissent majoritairement un parti au pouvoir. M. Trudeau l’a d’ailleurs souligné dans son discours : « Ce soir, le Québec retourne au gouvernement du Canada. »

    Nouveaux élus

    La libérale Mélanie Joly fera ainsi son entrée à la Chambre des communes, elle qui a battu la transfuge Maria Mourani dans Ahuntsic-Cartierville, tandis que les Pablo Rodriguez, Denis Paradis et Alexandra Mendès y effectueront un retour. Dans l’Outaouais, les vedettes néodémocrates Nycole Turmel et Françoise Boivin se sont inclinées devant leur adversaire libéral. Greg Fergus, un proche de M. Trudeau, a ainsi remporté Hull-Aylmer, tandis que le stratège Steve MacKinnon a ravi Gatineau.

    Le Parti conservateur a obtenu son meilleur score québécois, avec 12 sièges. Il a réussi à faire élire quelques-unes de ses vedettes québécoises, dont Gérard Deltell dans Louis–Saint-Laurent et Pierre Paul-Hus dans Charlesbourg, mais l’ancien militant des droits anglophones Robert Libman a mordu la poussière dans Mont-Royal, qui a préféré rester fidèle au PLC, même avec la retraite d’Irwin Cotler. Idem pour l’ancienne journaliste de TVA Pascale Déry, qui a essuyé un revers dans Drummond. Maxime Bernier a été réélu, tout comme Jacques Gourde.

    En Ontario, la vague rouge s’est prolongée. Il semble que les électeurs mus par un sentiment anti-Harper se soient réfugiés au PLC, tournant résolument le dos aux troupes de Thomas Mulcair. Des 121 circonscriptions disponibles, le PLC était en voie d’en gagner 80, lui qui n’en avait obtenu que 11 il y a quatre ans. Le PC n’en a conservé que 33, une perte de 40 sièges. Le NPD n’en avait plus que 8, lui qui en avait décroché 22 en 2011. Les pertes néodémocrates étaient lourdes. 

    La députée sortante Peggy Nash a été battue. La veuve de Jack Layton, Olivia Chow, n’a pas réussi son retour fédéral, elle qui avait renoncé à son siège à la Chambre des communes pour briguer la mairie torontoise. Celui qu’on pressentait comme le futur ministre des Finances de Thomas Mulcair, Andrew Thomson, n’a pas réussi à renverser le ministre des Finances sortant, Joe Oliver, qui s’est lui-même incliné devant le libéral Marco Mendicino.

    Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, a perdu devant le libéral Mark Holland, qui effectue donc un retour à Ottawa. Les vedettes libérales Andrew Leslie et Karen McCrimmon, deux anciens militaires, ont remporté leur pari de déloger des conservateurs dans la région d’Ottawa.

    Les quatre provinces de l’Atlantique ont pour leur part été balayées par un raz-de-marée rouge. Les libéraux ont remporté la totalité des 32 circonscriptions, ce qui représente un gain de 20 sièges. Même l’ancien fief néoécossais de Peter MacKay, le ministre de la Justice, qui a tiré sa révérence, est passé aux mains libérales. Les ministres Gail Shae et Bernard Valcourt sont tombés au combat, tout comme les vedettes néodémocrates locales Peter Stoffer, Megan Leslie et Jack Harris.

    Quant à l’Ouest, le Parti libéral y a aussi obtenu un bon score. Il était en voie de remporter le siège de Calgary Skyview et menait une chaude lutte dans Calgary Confederation. Le Parti conservateur a néanmoins conservé plusieurs acquis, dont le ministre de la Défense Jason Kenney, en Alberta.



     
    Le nouveau premier ministre a tendu la main aux électeurs qui n’ont pas voté pour lui, en promettant d’être «le premier ministre de tous les Canadiens». Stephen Harper quitte son poste de chef de parti, mais il entend demeurer député de sa circonscription albertaine. Rassemblement libéral festif à Montréal lundi soir Déception chez des militants du NPD L’inquiétude se lisait sur les traits des partisans du Bloc.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.