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    Dernière ligne droite

    Jour J d’un scrutin imprévisible

    19 octobre 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Stephen Harper
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Stephen Harper

    C’était la dernière ligne droite avant le jour fatidique, dimanche, et les leaders des trois principaux partis ont livré leur ultime plaidoyer tandis que leur itinéraire a trahi leur niveau de confiance respectif. Alors que Stephen Harper s’est replié vers l’Ouest et Thomas Mulcair, sur ses terres torontoises et montréalaises, Justin Trudeau a poussé l’audace jusqu’à se rendre en territoire hostile albertain.

     

    Le chef libéral a tendu une perche aux Québécois depuis Calgary, où il se trouvait. « Je le dis d’ici, de Calgary, que les Albertains comme tous les Canadiens ont besoin de nous, les Québécois. Le Canada a besoin que nous, les Québécois, se ré-engagions parce que, pour avoir un meilleur gouvernement, on doit choisir un meilleur gouvernement. Il est temps de s’unir, Québécois, Albertains, Canadiens, pour défaire Stephen Harper », a-t-il lancé. En point de presse, M. Trudeau a expliqué avoir lancé cet appel en Alberta parce que trop souvent, à son avis, les politiciens ont exacerbé les différences entre Albertains et Québécois. « Je trouve que c’est important qu’un premier ministre commence à rassembler les Canadiens et trouver ce qu’on a en commun », a-t-il dit.

     

    M. Trudeau se trouvait dans la circonscription du député conservateur sortant, Devinder Shory, où les libéraux croient bien avoir des chances. Leur candidat, Darshan Kang, est un ancien député provincial bien connu dans sa communauté. Ils étaient des milliers — 4000 selon le Parti libéral — à attendre le chef qui a eu du mal à se frayer un chemin vers la scène, attaqué de toutes parts de téléphones cellulaires voulant croquer son portrait. À l’extérieur, la file entourait l’édifice bondé, où tous n’ont d’ailleurs pas pu entrer. Un des plus importants rallyes de la campagne, selon le camp libéral, qui espère aussi emporter Calgary-Centre, où Kent Hehr aurait aussi des chances de gagner ce lundi.

     

    Pendant la journée, le chef libéral s’est aussi rendu dans la seule circonscription albertaine détenue par le NPD, à Edmonton, ainsi que dans une circonscription néodémocrate de Colombie-Britannique. Il devait rentrer tard en soirée à Montréal, ratant « de peu » l’anniversaire de son fils Xavier, huit ans, a-t-il pris la peine de souligner avec beaucoup d’émotion.

     

    L’homme à abattre

     

    De son côté, Thomas Mulcair a fait preuve d’un dynamisme contagieux, qu’on ne lui avait pas beaucoup vu pendant la campagne, lors d’un important rallye à Toronto. Et si la démonstration n’en avait pas encore été faite, son allocution a bien montré que Justin Trudeau était désormais l’homme à battre.

     

    Dans son discours d’une vingtaine de minutes, Thomas Mulcair a consacré une minute à noircir le bilan de Stephen Harper. « Est-ce que Stephen Harper mérite un autre quatre ans au pouvoir ? », a-t-il demandé à la foule. Mais il a pris huit minutes pour s’attaquer à Justin Trudeau, la démission de son coprésident de campagne Dan Gagnier lui fournissant la poignée nécessaire pour faire valoir que le Parti libéral du Canada n’avait pas changé.

     

    « Le coprésident de campagne de M. Trudeau conseille TransCanada pipelines sur à qui il faut faire du lobbying, quand et comment pour influencer M. Trudeau sur des choses telles que les pipelines et les gaz à effet de serre », a lancé M. Mulcair. Selon lui, c’est la raison pour laquelle le Parti libéral n’a pas adopté de cibles de réduction de gaz à effet de serre.

     

    M. Gagnier a démissionné parce qu’il a envoyé un courriel à TransCanada, avec qui il a un contrat de conseiller en communication et non de lobbying, leur rappelant que si un gouvernement libéral ou néodémocrate devait être élu lundi, l’entreprise devrait rapidement recenser les nouveaux titulaires de charges publiques à contacter pour s’assurer que le pipeline Énergie Est ne prenne pas de retard. Le message n’indiquait pas qui, au sein d’un éventuel gouvernement libéral, occuperait ces fonctions ni n’offrait d’établir de contacts privilégiés avec cette personne.

     

    M. Mulcair a aussi rappelé que les libéraux de Justin Trudeau avaient appuyé la loi antiterroriste C-51 et voté avec les conservateurs 71 fois. À chaque salve d’attaques, la foule scandait « Pas de retour en arrière ! », « Les libéraux n’ont pas changé. Ce sont toujours les mêmes vieux libéraux corrompus de l’ère des commandites », a conclu M. Mulcair.

     

    En compagnie des Ford

     

    Pour sa part, Stephen Harper s’est présenté brièvement sur le tarmac de Regina pour rappeler les enjeux de l’élection. « Le choix de demain [lundi] est très simple : des augmentations de taxes avec les libéraux ou des réductions de taxes avec nous, les conservateurs. » Il a fouetté les troupes en leur rappelant que « chaque minute, chaque vote compte ». « Nous avons construit un Canada qu’ils n’aiment pas », a-t-il dit de ses adversaires pour bien souligner que les changements apportés par les conservateurs seraient abolis sous un autre régime.

     

    Samedi soir, M. Harper avait assisté à un immense rallye à Toronto organisé notamment par les frères Ford, Doug et l’ancien maire Rob, tombé en disgrâce. Selon le réseau CBC, c’était le plus important rassemblement conservateur de la campagne, avec environ 2000 personnes présentes, mais la salle attenante prévue pour les surplus d’assistance est restée vide. M. Harper n’avait pas voulu prononcer le nom des Ford la semaine dernière quand leur présence aux événements conservateurs a été connue, mais il a fait une exception samedi soir. Lorsqu’il a invité la foule à remercier les organisateurs de l’événement, il a dit « y compris les Ford ».

     

    M. Harper n’a pas été vu à l’événement avec le controversé duo, mais Rob Ford a par la suite affiché sur Twitter une photo de lui, son frère et six autres membres de sa famille en compagnie du chef conservateur. « Merci @pmharper c’était bien de vous voir ce soir et merci aux milliers de personnes qui sont venues », a-t-il écrit sur son compte. M. Ford a dû démissionner de son poste de maire de Toronto lorsqu’il a admis qu’il consommait du crack et entretenait des liens avec le milieu interlope.

     

    Confiance bloquiste

     

    Quant à Gilles Duceppe, il a invité les Québécois tentés de voter de manière stratégique pour se débarrasser de Stephen Harper à appuyer le Bloc et ainsi se donner la balance du pouvoir. « Je mène un combat pour que le Québec ait des gens pour défendre nos droits et valeurs à Ottawa », a-t-il dit à Trois-Rivières au moment de faire son bilan de campagne. Dans les coulisses bloquistes, l’optimisme est de mise. On chuchote recueillir des appuis oscillant autour de 30 % chez les francophones, ce qui pourrait envoyer jusqu’à 20 députés aux Communes. À la dissolution du Parlement, le Bloc québécois n’en comptait que 2.

     

    Avec Marie Vastel à Calgary et La Presse canadienne

    Stephen Harper Thomas Mulcair Justin Trudeau Gilles Duceppe












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