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    Des lobbyistes aussi chez Harper et Mulcair

    Le Parti libéral n’est pas le seul à avoir un bénévole lié à une entreprise

    17 octobre 2015 | Canada
    Hélène Buzzetti - Correspondantes parlementaires à Ottawa
    Marie Vastel
    Les conservateurs ont été accueillis vendredi matin à Québec par une manifestation de dizaines de syndiqués et de représentants d’organismes communautaires qui dénoncent le bilan de Stephen Harper.
    Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les conservateurs ont été accueillis vendredi matin à Québec par une manifestation de dizaines de syndiqués et de représentants d’organismes communautaires qui dénoncent le bilan de Stephen Harper.

    Conservateurs et néodémocrates sont unanimes à voir dans la démission du coprésident de campagne Dan Gagnier la preuve que le Parti libéral du scandale des commandites n’a pas vraiment changé. Or, des lobbyistes, il y en a aussi dans l’entourage de Stephen Harper et de Thomas Mulcair. Et à trois jours du scrutin, alors que cette affaire a le potentiel de freiner l’ascension de Justin Trudeau, les deux principaux intéressés ont refusé de s’expliquer sur le sujet.

     

    L’équipe électorale conservatrice de 2015 compte dans ses rangs Ken Boessenkool, Alykhan Velshi et Ian Todd. M. Boessenkool est cofondateur de la firme d’affaires publiques KTG. Il a aussi travaillé dans le passé pour GCI et Hill Knowlton. À titre de lobbyiste, M. Boessenkool a représenté au fil des ans les pétrolières Suncor et Enbridge, notamment en lien avec la question des changements climatiques, et les sociétés pharmaceutiques Pfizer, GlaxoSmithKline et Merck Frosst.

     

    C’est avec cette dernière entreprise qu’il s’est fait connaître du public. Après avoir été conseiller de Stephen Harper, M. Boessenkool est recruté par Merck Frosst en janvier 2007 pour intercéder auprès du gouvernement en faveur de son nouveau vaccin Gardasil contre le cancer du col de l’utérus. Quelques semaines plus tard, le budget fédéral débloque une somme de 300 millions de dollars pour offrir le vaccin, qui n’est encore financé par aucune province, à toutes les jeunes filles du pays.

     

    « Culture des commandites »

     

    Alykhan Velshi a été embauché par la boîte McKinnsey Company, mais ne figure pas au registre fédéral des lobbyistes. Quant à Ian Todd, il a représenté Comcast Corporation auprès du gouvernement à propos des travailleurs temporaires étrangers. MM. Boessenkool et Todd avaient également travaillé à la campagne conservatrice de 2011 alors que M. Harper avait déclaré à l’époque ne pas compter de lobbyistes dans son équipe. Il avait fallu des photos de presse pour prouver le contraire. Vendredi, le parti a refusé de faire un commentaire à ce sujet, renvoyant les médias aux déclarations du chef conservateur.

     

    « Nous avons un code d’éthique très strict au Parti conservateur, a déclaré Stephen Harper. Et bien franchement, il n’y a aucun autre parti dans cette élection qui est accusé d’avoir fait les choses qu’on reproche au Parti libéral d’avoir faites. C’est la vieille culture du scandale des commandites. » Les adversaires de Justin Trudeau soutiennent que contrairement à M. Gagnier, leurs collaborateurs-lobbyistes n’ont pas poursuivi leurs activités professionnelles pendant la campagne.

     

    Le NPD compte pour sa part dans ses rangs Brad Lavigne, Jeremy Bird et Anne McGrath. Le premier figure, à titre de lobbyiste chez Hill Knowlton, une dizaine de fois dans le registre. Il a représenté BHP Billiton jusqu’en 2014, BlackBerry, l’Alliance de la fonction publique du Canada ainsi que le Fonds de solidarité de la FTQ à propos des changements apportés au crédit d’impôt pour les fonds de travailleurs.

     

    M. Lavigne a quitté Hill Knowlton en mai 2015. Or, en janvier, Thomas Mulcair annonçait son retour au NPD en tant que conseiller principal pour la campagne électorale. Mme McGrath s’était pour sa part jointe à Ensight en 2012, pour revenir au NPD en octobre 2013 comme directrice nationale du parti. Elle est actuellement directrice de la campagne nationale. M. Bird, qui a oeuvré à la campagne de Barack Obama, travaille quant à lui pour la firme américaine 270 Strategies mais n’apparaît pas au registre canadien des lobbyistes.

     

    Plainte du NPD

     

    Le Parti libéral s’est retrouvé dans l’embarras cette semaine quand il a été révélé que le coprésident de la campagne, le bénévole Dan Gagnier, travaillait encore à titre de contractuel pour la pétrolière TransCanada. Il donne des conseils de communication. Il n’est pas un lobbyiste enregistré. En début de semaine, il a envoyé un courriel à cinq responsables de TransCanada leur expliquant qu’en cas d’élection d’un gouvernement libéral ou néodémocrate, ils devront identifier les nouveaux responsables des dossiers énergétiques pour faire leurs démarches en faveur du pipeline Énergie Est. M. Gagnier n’indique pas qui, dans un gouvernement libéral éventuel, devrait être contacté ni n’offre d’établir un contact privilégié avec ces éventuels titulaires de charges publiques.

     

    Les chefs des trois principaux partis nationaux se sont fait questionner par les journalistes sur la présence ou non de consultants ou de lobbyistes parmi leurs bénévoles. Ils ont esquivé la question en répondant par des généralités. Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, a répondu en répétant ses attaques contre son adversaire libéral.

     

    « L’engagement de M. Gagnier auprès de TransCanada était de notoriété publique. On s’est toujours assuré que M. Gagnier ne s’implique pas dans notre campagne en matière énergétique », a dit Justin Trudeau.

     

    Il dit avoir montré la porte à son coprésident de campagne en raison du courriel de conseils stratégiques qu’il a fait parvenir à l’entreprise pétrolière, en pleine campagne électorale — et non à cause de son rôle de consultant. Le NPD a néanmoins déposé une plainte vendredi auprès du Commissaire aux élections fédérales pour déterminer si les actions de M. Gagnier constituaient une entorse à la Loi électorale. Dans sa plainte, le NPD semble suggérer que TransCanada aurait fait une contribution financière indirecte au Parti libéral en lui prêtant son contractuel.

     

    Avec Marco Fortier













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