Des lobbyistes aussi chez Harper et Mulcair

Les conservateurs ont été accueillis vendredi matin à Québec par une manifestation de dizaines de syndiqués et de représentants d’organismes communautaires qui dénoncent le bilan de Stephen Harper.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les conservateurs ont été accueillis vendredi matin à Québec par une manifestation de dizaines de syndiqués et de représentants d’organismes communautaires qui dénoncent le bilan de Stephen Harper.

Conservateurs et néodémocrates sont unanimes à voir dans la démission du coprésident de campagne Dan Gagnier la preuve que le Parti libéral du scandale des commandites n’a pas vraiment changé. Or, des lobbyistes, il y en a aussi dans l’entourage de Stephen Harper et de Thomas Mulcair. Et à trois jours du scrutin, alors que cette affaire a le potentiel de freiner l’ascension de Justin Trudeau, les deux principaux intéressés ont refusé de s’expliquer sur le sujet.

L’équipe électorale conservatrice de 2015 compte dans ses rangs Ken Boessenkool, Alykhan Velshi et Ian Todd. M. Boessenkool est cofondateur de la firme d’affaires publiques KTG. Il a aussi travaillé dans le passé pour GCI et Hill Knowlton. À titre de lobbyiste, M. Boessenkool a représenté au fil des ans les pétrolières Suncor et Enbridge, notamment en lien avec la question des changements climatiques, et les sociétés pharmaceutiques Pfizer, GlaxoSmithKline et Merck Frosst.

C’est avec cette dernière entreprise qu’il s’est fait connaître du public. Après avoir été conseiller de Stephen Harper, M. Boessenkool est recruté par Merck Frosst en janvier 2007 pour intercéder auprès du gouvernement en faveur de son nouveau vaccin Gardasil contre le cancer du col de l’utérus. Quelques semaines plus tard, le budget fédéral débloque une somme de 300 millions de dollars pour offrir le vaccin, qui n’est encore financé par aucune province, à toutes les jeunes filles du pays.

« Culture des commandites »

Alykhan Velshi a été embauché par la boîte McKinnsey Company, mais ne figure pas au registre fédéral des lobbyistes. Quant à Ian Todd, il a représenté Comcast Corporation auprès du gouvernement à propos des travailleurs temporaires étrangers. MM. Boessenkool et Todd avaient également travaillé à la campagne conservatrice de 2011 alors que M. Harper avait déclaré à l’époque ne pas compter de lobbyistes dans son équipe. Il avait fallu des photos de presse pour prouver le contraire. Vendredi, le parti a refusé de faire un commentaire à ce sujet, renvoyant les médias aux déclarations du chef conservateur.

« Nous avons un code d’éthique très strict au Parti conservateur, a déclaré Stephen Harper. Et bien franchement, il n’y a aucun autre parti dans cette élection qui est accusé d’avoir fait les choses qu’on reproche au Parti libéral d’avoir faites. C’est la vieille culture du scandale des commandites. » Les adversaires de Justin Trudeau soutiennent que contrairement à M. Gagnier, leurs collaborateurs-lobbyistes n’ont pas poursuivi leurs activités professionnelles pendant la campagne.

Le NPD compte pour sa part dans ses rangs Brad Lavigne, Jeremy Bird et Anne McGrath. Le premier figure, à titre de lobbyiste chez Hill Knowlton, une dizaine de fois dans le registre. Il a représenté BHP Billiton jusqu’en 2014, BlackBerry, l’Alliance de la fonction publique du Canada ainsi que le Fonds de solidarité de la FTQ à propos des changements apportés au crédit d’impôt pour les fonds de travailleurs.

M. Lavigne a quitté Hill Knowlton en mai 2015. Or, en janvier, Thomas Mulcair annonçait son retour au NPD en tant que conseiller principal pour la campagne électorale. Mme McGrath s’était pour sa part jointe à Ensight en 2012, pour revenir au NPD en octobre 2013 comme directrice nationale du parti. Elle est actuellement directrice de la campagne nationale. M. Bird, qui a oeuvré à la campagne de Barack Obama, travaille quant à lui pour la firme américaine 270 Strategies mais n’apparaît pas au registre canadien des lobbyistes.

Plainte du NPD

Le Parti libéral s’est retrouvé dans l’embarras cette semaine quand il a été révélé que le coprésident de la campagne, le bénévole Dan Gagnier, travaillait encore à titre de contractuel pour la pétrolière TransCanada. Il donne des conseils de communication. Il n’est pas un lobbyiste enregistré. En début de semaine, il a envoyé un courriel à cinq responsables de TransCanada leur expliquant qu’en cas d’élection d’un gouvernement libéral ou néodémocrate, ils devront identifier les nouveaux responsables des dossiers énergétiques pour faire leurs démarches en faveur du pipeline Énergie Est. M. Gagnier n’indique pas qui, dans un gouvernement libéral éventuel, devrait être contacté ni n’offre d’établir un contact privilégié avec ces éventuels titulaires de charges publiques.

Les chefs des trois principaux partis nationaux se sont fait questionner par les journalistes sur la présence ou non de consultants ou de lobbyistes parmi leurs bénévoles. Ils ont esquivé la question en répondant par des généralités. Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, a répondu en répétant ses attaques contre son adversaire libéral.

« L’engagement de M. Gagnier auprès de TransCanada était de notoriété publique. On s’est toujours assuré que M. Gagnier ne s’implique pas dans notre campagne en matière énergétique », a dit Justin Trudeau.

Il dit avoir montré la porte à son coprésident de campagne en raison du courriel de conseils stratégiques qu’il a fait parvenir à l’entreprise pétrolière, en pleine campagne électorale — et non à cause de son rôle de consultant. Le NPD a néanmoins déposé une plainte vendredi auprès du Commissaire aux élections fédérales pour déterminer si les actions de M. Gagnier constituaient une entorse à la Loi électorale. Dans sa plainte, le NPD semble suggérer que TransCanada aurait fait une contribution financière indirecte au Parti libéral en lui prêtant son contractuel.

Avec Marco Fortier

Harper refuse de s’engager à rappeler rapidement le Parlement s’il est élu

Vendredi, Stephen Harper et Thomas Mulcair ont fait campagne au Québec, considéré comme un terrain stratégique pour l’issue du scrutin. Le chef conservateur s’est rendu dans la région de Québec, où il espère faire des gains. Questionné par des journalistes, M. Harper a refusé de dire s’il resterait en place s’il échoue à former un gouvernement majoritaire. Le premier ministre sortant a aussi refusé de révéler à quel moment il convoquerait le Parlement si jamais il remporte un mandat minoritaire. Ses deux principaux adversaires ont affirmé qu’ils déferaient à la première occasion un éventuel gouvernement Harper minoritaire. « Je ne vais pas spéculer sur les scénarios électoraux. D’ici lundi, les Canadiens ont un choix crucial devant eux », a dit le chef conservateur.

De son côté, le chef néodémocrate est allé à Lac-Mégantic. Flanqué de la mairesse Colette Roy-Laroche, Thomas Mulcair s’est engagé à aménager une voie de contournement pour éviter que les trains passent par le centre-ville où est survenue la terrible tragédie qui a coûté la vie à 47 personnes.

Quant à Justin Trudeau, il a commencé la journée à Mississauga, en banlieue de Toronto. Porté par des sondages favorables, le chef libéral a continué de courtiser la « classe moyenne ». Justin Trudeau a eu la visite fort remarquée de Hazel McCallion, âgée de 94 ans, qui a été mairesse de Mississauga durant 36 ans, jusqu’à l’an dernier. Stephen Harper compte sur l’appui plus controversé de Rob Ford, maire déchu de Toronto.

Nous avons un code d’éthique très strict au Parti conservateur. Et bien franchement, il n’y a aucun autre parti dans cette élection qui est accusé d’avoir fait les choses qu’on reproche au Parti libéral d’avoir faites. C’est la vieille culture du scandale des commandites.

Poids médias des chefs au Québec

Stephen Harper 34,3 %

Justin Trudeau 23,6 %

Thomas Mulcair 23,9 %

Gilles Duceppe 13,3 %

Elizabeth May 4,7 %
Source : Influence Communication. Les données du Canada comprennent le Québec. Période couverte : du 1er août au 16 octobre 2015.

Poids médias des chefs au Canada

Stephen Harper 37,4 %

Justin Trudeau 26,1 %

Thomas Mulcair 24,9 %

Gilles Duceppe 6,0 %

Elizabeth May 5,4 %
Source : Influence Communication. Les données du Canada comprennent le Québec. Période couverte : du 1er août au 16 octobre 2015.
10 commentaires
  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 17 octobre 2015 06 h 48

    Lobbyisme et corruption ne font qu'un.

    Le système est pourri de l'intérieur et les vrais décideurs ne sont plus les élus. ça on s'en en doutait depuis des décénies mais on n'osait peut-être pas y croire.

    Il faut se mettre à l'évidence: les élections ne sont que l'illusion d'un choix et d'une démocratie qui n'existe plus. Demain je reste chez moi.

    l'histoire nous enseigne que les vrais changements ne peuvent pas arriver autrement que par la rue. La contestation populaire est le pire cauchemar d'un régime gangrené.

    • Robert Beaulieu - Abonné 17 octobre 2015 12 h 26

      Pouvez-vous m'expliquer comment on va réinventer l'organisation des activités humaines dans la rue? Je participe à toutes les manifs possibles en lien avec la justice social, la protection de l'environnement, le bien commun... Je pense que c'est un travail de conscientisation essentiel et parfois en urgence, une désobéissance civil légitime et nécessaire faute d'autres moyens dans l'immédiat.
      Il me semble cependant qu'on ne doit pas rater la chance de poser un geste (voter) en appuie de candidats qui s'engagent à faire des changements qui feront évoluer la démocratie. Le vote proportionnel est le premier changement à faire. x % des votes = x % des sièges.
      On pourra par la suite procéder à d'autres changements dans notre structure de gouvernance pour qu'un plus grand nombre de citoyens bien informés prennent part aux décisions importantes qui nous affectent tous. Le NPD est le parti le plus engagé sur cette question parmis les meneurs.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 octobre 2015 08 h 10

      Faire des promenades dans la rue sans choisir «contre» qui on déambule, ça ne porte qu’un seul nom : L’anarchie. Contrairement aux pays très anciens où l’homme est apparu avant la «structure sociale», ici la «loi» est entrée en même temps (si nous excluons les autochtones qui avaient leurs propres lois). Ça ne nous a pas pris des siècles à s’organiser, ça nous a pris une semaine. L’Anarchie ne fait pas parti de notre génétique. Il n’y a que les troupeaux de bêtes qui beuglent pour beugler.

      Bonne journée.

      PL

  • François Dugal - Inscrit 17 octobre 2015 07 h 47

    Ils sont partout

    Les lobbyistes sont partout, dans tous les partis à tous les niveaux de gouvernement. Ils remplacent la présence des citoyens par les diktats de la grande entreprise et du "monde" des "affaires". Les députés se métamorphosent en plantes vertes et les ministres deviennent des exécutants. Le premier ministre aura un poste de vice-président à sa sortie comme récompense.
    Nous assistons, impuissants, à la fin de la démocratie; est-ce ça vous tente encore de voter?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 octobre 2015 08 h 12

      «Nous assistons, impuissants, à la fin de la démocratie; est-ce ça vous tente encore de voter ?»
      Le premier qui laisse tomber son droit de vote est le premier qui démissionne­.

      PL

  • Maryse Veilleux - Abonnée 17 octobre 2015 08 h 07

    Évident!...

    Dès qu'un parti s'approche du pouvoir, les lobbyistes sont autour... que l'on apprenne leur présence ou non.

  • P. Raymond - Inscrit 17 octobre 2015 09 h 59

    Au royaume du néo-tiers-monde en la colonie canadienne

    Tel que demandé par la majorité des électeurs et la totalité des abstentionnistes, force est de constater que même en élections le lobby des citoyens n’a aucun poids dans la balance, n’en a jamais eu et n’en aura jamais tant et aussi longtemps qu’il répartira son vote parmi les trois principaux partis.

    Pourquoi se condamner à vouloir élire le pire des jokers à ce jeu de poker-menteur du système électoral à un tour hérité des britanniques.
    Incompréhensible électorat qui détient à ce moment-ci les cartes maîtresses du jeu et qui s’apprête à lancer son deux de pique sur la table...

    Hého, hého, il n’y a pas que le pétrole sale qui nous pend au bout du nez. Il y a aussi, entre-autres, les poursuites envers les citoyens que les multinationales sont en train de concocter dans le plus grand secret des accords de libre échange... Entre-autres cachotteries.

  • Christina Berryman - Abonnée 17 octobre 2015 17 h 55

    lobbys

    Cette plaie ne devrait pas exister. Elle détruit la démocratie car elle assure une plus grande influence des compagnies que les citoyens. Elles ne devraient être autorisées qu'à la présentation de mémoires en commission parlementaire comme les groupes de citoyens intéressés . Soixante-quinze lobbyistes, plus monsieur Gagnier, travaillent pour les meilleurs intérêts de la compagnie Transcanada Pipelines! Quelle chance avons-nous de nous faire entendre, dehors, avec nos pancartes? Poser la question...