Le NPD redirige ses flèches vers Justin Trudeau

Thomas Mulcair
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Thomas Mulcair

À 18 jours du scrutin, Thomas Mulcair sent le besoin de hausser le ton contre son rival libéral. Dans une série de publicités lancées cette semaine, le NPD prévient les électeurs qui seraient tentés de donner une chance à Justin Trudeau que celui-ci ne leur offrira pas la voix du changement espérée. Cette salve d’attaques survient au moment où une série de sondages montrent que les néodémocrates perdent de leur élan et que Thomas Mulcair doit à son tour avouer son malaise par rapport au niqab.

 

Les deux dernières semaines ont été difficiles pour le NPD. En tête dans les intentions de vote depuis le début de la campagne électorale il y a deux mois, les néodémocrates sont désormais systématiquement au troisième rang. Les reproches au premier ministre sortant Stephen Harper ne suffisent plus. Le NPD doit maintenant convaincre ses électeurs de ne pas l’abandonner au profit de Justin Trudeau, qui semble s’imposer de plus en plus comme le challenger du chef conservateur aux yeux de l’électorat.

 

Le NPD a donc réajusté le tir, cette semaine, à coups de publicités qui ciblent précisément ceux qui pourraient se mettre à lorgner le Parti libéral. Le message y est le même : Justin Trudeau n’incarne pas « le vrai changement ».

 

Trois nouvelles publicités radio accusent le chef libéral, en anglais, de manquer de jugement. Le NPD lui reproche d’avoir facturé des discours à 20 000 $ à des commissions scolaires ou des oeuvres caritatives, pendant qu’il était député. Et qu’une de ses élues, Chrystia Freeland, a affirmé que les fabricants automobiles auraient dû se sortir du pétrin eux-mêmes, plutôt qu’à coups de milliards en fonds fédéraux. (Mme Freeland parlait en fait du fonds de sauvetage du gouvernement américain.) Le NPD déplore enfin que Justin Trudeau ait appuyé le projet de loi antiterroriste C-51, après s’y être opposé, et ce, simplement pour éviter de payer le prix politique. « Justin Trudeau, il vient de perdre mon vote », concluent tour à tour ces messages publicitaires.

 

« Cette campagne porte sur le changement, a fait valoir mercredi Thomas Mulcair. Que ce soit en environnement, sur les questions sociales ou l’économie, Stephen Harper et Justin Trudeau sont du même avis. […] De le rappeler aux Canadiens […] je crois que c’est tout à fait juste. »

 

Une quatrième publicité, écrite cette fois-ci, prétend que les libéraux couperont 6,5 milliards dans les services publics. « Ce n’est pas un vrai changement », déplore la carte postale, qui sera distribuée à Ottawa et dans la région de Toronto où le NPD, le Parti libéral et le Parti conservateur se livrent encore une course à trois.

 

Dans les coulisses néodémocrates, on assure qu’il a toujours été prévu d’attaquer les libéraux en fin de campagne, quand les électeurs seraient revenus du chalet. « On frappe quand ça paye. » Et le NPD frappe sur un dossier qu’il juge gagnant. Les électeurs seraient très réceptifs, disent-ils, aux critiques de la position de Justin Trudeau sur C-51. Thomas Mulcair fera en outre une tournée éclair dimanche dans six circonscriptions ontariennes détenues par les conservateurs pour y marteler qu’il y est le mieux placé pour remplacer Stephen Harper.

 

Chez les libéraux, on ne s’inquiète pas de ces attaques néodémocrates. On rappelle que c’est Thomas Mulcair qui avait « promis de faire une campagne positive ». Ce changement de ton ne passera pas auprès des électeurs orange, croit-on.

 

Dans l’ombre du niqab…

 

Si le NPD s’affaire à empêcher l’exode d’électeurs vers les libéraux en Ontario, du côté du Québec il doit en outre encaisser le mécontentement entourant sa position sur le port du niqab. Thomas Mulcair a une fois de plus dû y répondre, alors qu’on apprenait que seules deux femmes ont refusé de se dévoiler pour prêter le serment de citoyenneté depuis 2011. Deux femmes, sur les 686 195 personnes qui ont obtenu la citoyenneté canadienne depuis quatre ans.

 

« Je comprends que c’est très sensible. Et je comprends aussi que ça met les gens mal à l’aise. Et je ne suis pas différent. Je suis comme ces gens-là. Moi aussi ça me met mal à l’aise », a convenu pour la première fois le chef néodémocrate. Mais il ne changera pas pour autant sa position — même si une poignée de ses candidats québécois s’en sont distanciés.

 

« Une fois que les tribunaux ont statué, c’est ça », a-t-il tranché. La Cour d’appel fédérale a statué que le gouvernement n’avait pas le pouvoir d’interdire le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté par la simple voie d’une directive ministérielle. Mais le tribunal ne s’est pas prononcé sur la pratique en tant que telle.

 

… et du terrorisme

 

Stephen Harper profite quant à lui d’une remontée dans les sondages, tout comme Gilles Duceppe, les deux chefs s’étant farouchement opposés au port du niqab et n’ayant pas raté une seule occasion de le marteler pour faire perdre des plumes aux néodémocrates ou aux libéraux au Québec.

 

Autre sujet de prédilection de M. Harper : la lutte contre le terrorisme et les terroristes. Le chef conservateur sent visiblement une ouverture chez l’électorat. Après avoir vivement dénoncé au débat des chefs de l’Institut Munk lundi le fait que ses rivaux s’opposent à la loi C—24 — qui permet de retirer la citoyenneté canadienne aux citoyens reconnus coupables de terrorisme ou de trahison —, Stephen Harper en a remis.

 

« C’est la rectitude politique des élites, gonflée aux stéroïdes », a scandé M. Harper dans une entrevue réalisée mardi avec le journal Metro. Aux néodémocrates et libéraux qui arguent que sa loi crée deux classes de citoyens — ceux qui n’ont qu’une nationalité, et ceux qui en ont deux et qui peuvent perdre la canadienne —, M. Harper rétorque qu’« on ne peut pas avoir une classe de personnes qui sont des criminels de guerre et des terroristes condamnés, en opposition à tous les autres ».

 

En soirée, le chef conservateur n’a pas manqué de faire allusion à la controverse autour du port du niqab lors du serment de citoyenneté. « Nous voulons des nouveaux citoyens qui se joignent à notre famille canadienne à visage découvert », a-t-il déclaré, s’attirant des applaudissements nourris et des cris enthousiastes des quelques centaines de personnes réunies dans un hôtel du centre-ville de Québec. « C’est juste le gros bon sens », a-t-il ajouté. M. Harper a insisté sur la nécessité de réélire un gouvernement conservateur afin de revoir la législation en cette matière afin qu’elle reflète davantage « les valeurs québécoises, les valeurs canadiennes, les valeurs conservatrices ».

 

Avec Marco Bélair-Cirino

Cette campagne porte sur le changement. Que ce soit en environnement, sur les questions sociales ou l’économie, Stephen Harper et Justin Trudeau sont du même avis. […] De le rappeler aux Canadiens […] je crois que c’est tout à fait juste.

16 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 octobre 2015 04 h 46

    Le fâmeux

    Le fâmeux niqab n'est pas une raison pour réélire les conservateurs et il n'est pas plus une raison pour élire les libéraux et il n'est surtout pas une raison pour ne pas élire le NPD, pas plus ou moins que le Bloc non plus d'ailleurs; il est une diversion, tout simplement. Reprenez vos esprits. La température devrait avoir plus d’emprise sur votre désir de voter.

    PL

    • Raymond Labelle - Abonné 1 octobre 2015 09 h 43

      En effet M. Lefebvre, faire du port du niqab à la cérémonie de citoyenneté du Canada un enjeu autre que très mineur de cette élection est un détournement de démocratie.

      Cela m'attriste de voir que cette question prend le devant de la scène et que le brandissement d'épouvantails, ça marche.

    • Serge Morin - Inscrit 1 octobre 2015 09 h 47

      C'est comme essayer de recoller le pot de lait de Perrine.
      Trop tard
      Le NPD rend paranoïaque

    • Cyr Guillaume - Inscrit 1 octobre 2015 15 h 19

      Très mineur pour vous M.Labelle, pas pour beaucoup de gens, toute l'assemblée-nationale du Québec, 93% des Québécois, 82% des canadiens, pas si mineur que ça finalement!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 octobre 2015 05 h 52

      Ce n'est pas l’appui qui est mineure, c'est le sujet. On ne choisit pas un gouvernement de 4 ans basé sur un bout de chiffon.

      PL

  • Guy Lafond - Inscrit 1 octobre 2015 06 h 54

    Des valeurs canadiennes obscures


    À M. le premier ministre du Canada, l'honorable Stephen Harper:

    Posons-nous aussi la question suivante,

    Les Canadiens contemporains agissent-ils vraiment à visage découvert dans la vie de tous les jours?

    Je remarque:

    Dans la plupart des journaux canadiens anglophones sur internet, la très grande majorité des internautes laissent des commentaires à visage couvert (utilisation d'un AKA ("Also Know As") ou d'un avatar plutôt que de signer sous leur vrai nom).

    À l'autre bout du spectre, je constate que Radio-Canada et le journal Le Devoir ne publient que les commentaires de gens qui s'affichent sous leur vrai nom, c'est-à-dire à visage découvert.

    Alors, dans un souci de transparence et de franchise, tous les journaux canadiens ne devraient-ils pas prendre exemple sur Radio-Canada et le journal Le Devoir?

    Si des tendances obscures s'observent et se précisent au Canada, il est en effet normal que le gouvernement canadien s'en mêle.

    Ce gouvernement va-t-il émettre un commentaire sur tous ces internautes qui brouillent les cartes en s’affichant comme des "magiciens d'oz"?

    Nous sommes tous, je crois, des citoyens qui agissent d'abord dans l'intérêt du public et dans l'intérêt de la planète. N'est-ce pas?

    S.v.p., je vous invite gentiment à méditer sur nos valeurs canadiennes.

    Vous voulez bien?

    Respectueusement,

    Guy Lafond (un Québécois à bicyclette à Ottawa)

  • Jean Lapointe - Abonné 1 octobre 2015 07 h 57

    C'est le fond de la question qui importe il me semble.

    «Stephen Harper profite quant à lui d’une remontée dans les sondages, tout comme Gilles Duceppe, les deux chefs s’étant farouchement opposés au port du niqab et n’ayant pas raté une seule occasion de le marteler pour faire perdre des plumes aux néodémocrates ou aux libéraux au Québec.» (Hélèn Buzzetti et Marie Vastel)

    Que Stephen Harper soit sincère ou pas en ce qui concerne le port du nikab, je ne le sais pas parce que je ne le connais pas suffisamment. Par contre je suis beaucoup plus sûr en ce qui concerne Gilles Duceppe.

    Ce n'est sûrement pas parce qu' il voudrait surtout «faire perdre des plumes aux néodémocrates ou aux libéraux» qu' il ne raterait pas une occasion de faire connaître sa position, c'est parce qu' il est convaincu du bien-fondé de cette position et convaincu aussi de son importance.

    Qu' il n' y ait que quelques femmes qui soient concernées, ne diminue en rien l'importance de la question parce que c'est une question de principe.

    Est-ce qu'une société peut se permettre au nom de la liberté de laisser les gens, hommes comme femmes, faire tout ce qu' ils veulent et ne rien faire pour les en empêcher dans certains cas quand certaines valeurs jugées comme fondamentales dans une société donnée sont bafouées?

    Sûrement pas.

    Il y a des choix à faire et ces choix doivent être respectés si l'on veut qu'un certain ordre règne.

    Il serait irresponsable qu'une société décrète le «free for all» au nom du respect de la liberté.

  • Patrick Daganaud - Abonné 1 octobre 2015 08 h 27

    Erreur monumentale

    On ne peut pas incarner le changement et avoir peur de se mouiller.

    Stratégies de panique : ce ne sera pas payant.

    Ça fait instable et cela va profiter à...

    Harper qui, médiatiquement, vend la salade de sa stabilité.

    Très, très mauvaise idée.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 1 octobre 2015 08 h 39

    Retour du bal des vampires...

    Avec les milliards d'investissement en infrastructures de toutes sortes pour soi-disant contrer une récession absente et remettre la classe moyenne au travail, n'y a t-il pas un grand risque de réveiller les vampires de la corruption et d'à nouveau plonger le Canada dans un scandale auquel les libéraux nous ont trop souvent habitués. Le scandale des «comments, dites» n'est-ce pas eux ? Il y a trop longtemps que les libéraux fédéreux sont dans l'opposition, les «ptizamis» ont faim...Sous le couvert de remettre le Canada sur ses rails économiques, n'y aurait-il pas sous ces nouveaux investissements promis par Justin Trudeau quelques autres raisons pas trop catholiques...Il est vrai que le réseau ferroviaire est à refaire, que le manque de logements sociaux est flagrant, que les réseaux d'aqueduc et d'égoûts municipaux sont désuets, que les ponts et les viaducs sont à risque de s'écrouler, et j'en passe...Mais l'afflut de nouveaux investissements, surtout de l'ampleur proposé par le PLC réveillera sûrement la convoitise de tous les vampires modernes qui logent sous l'enseigne néo-libérale...Comme le PLC et le PLQ sont des partis qui nous ont habitués par le passé à des magouilles de toutes sortes, pas trop propres, alors je crains fortement le retour du pendule si le PLC reprend le pouvoir à Ottawa...Toutes les bibittes néo-libérales de l'économie prédatrice ne risquent-elles pas de se réveiller pour nous offrir le plus grand bal de vampires jamais vu ? À suivre...