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    À 18 jours du scrutin

    Le NPD redirige ses flèches vers Justin Trudeau

    1 octobre 2015 | Canada
    Hélène Buzzetti - Correspondantes parlementaires à Ottawa
    Marie Vastel
    Thomas Mulcair
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Thomas Mulcair

    À 18 jours du scrutin, Thomas Mulcair sent le besoin de hausser le ton contre son rival libéral. Dans une série de publicités lancées cette semaine, le NPD prévient les électeurs qui seraient tentés de donner une chance à Justin Trudeau que celui-ci ne leur offrira pas la voix du changement espérée. Cette salve d’attaques survient au moment où une série de sondages montrent que les néodémocrates perdent de leur élan et que Thomas Mulcair doit à son tour avouer son malaise par rapport au niqab.

     

    Les deux dernières semaines ont été difficiles pour le NPD. En tête dans les intentions de vote depuis le début de la campagne électorale il y a deux mois, les néodémocrates sont désormais systématiquement au troisième rang. Les reproches au premier ministre sortant Stephen Harper ne suffisent plus. Le NPD doit maintenant convaincre ses électeurs de ne pas l’abandonner au profit de Justin Trudeau, qui semble s’imposer de plus en plus comme le challenger du chef conservateur aux yeux de l’électorat.

     

    Le NPD a donc réajusté le tir, cette semaine, à coups de publicités qui ciblent précisément ceux qui pourraient se mettre à lorgner le Parti libéral. Le message y est le même : Justin Trudeau n’incarne pas « le vrai changement ».

     

    Trois nouvelles publicités radio accusent le chef libéral, en anglais, de manquer de jugement. Le NPD lui reproche d’avoir facturé des discours à 20 000 $ à des commissions scolaires ou des oeuvres caritatives, pendant qu’il était député. Et qu’une de ses élues, Chrystia Freeland, a affirmé que les fabricants automobiles auraient dû se sortir du pétrin eux-mêmes, plutôt qu’à coups de milliards en fonds fédéraux. (Mme Freeland parlait en fait du fonds de sauvetage du gouvernement américain.) Le NPD déplore enfin que Justin Trudeau ait appuyé le projet de loi antiterroriste C-51, après s’y être opposé, et ce, simplement pour éviter de payer le prix politique. « Justin Trudeau, il vient de perdre mon vote », concluent tour à tour ces messages publicitaires.

     

    « Cette campagne porte sur le changement, a fait valoir mercredi Thomas Mulcair. Que ce soit en environnement, sur les questions sociales ou l’économie, Stephen Harper et Justin Trudeau sont du même avis. […] De le rappeler aux Canadiens […] je crois que c’est tout à fait juste. »

     

    Une quatrième publicité, écrite cette fois-ci, prétend que les libéraux couperont 6,5 milliards dans les services publics. « Ce n’est pas un vrai changement », déplore la carte postale, qui sera distribuée à Ottawa et dans la région de Toronto où le NPD, le Parti libéral et le Parti conservateur se livrent encore une course à trois.

     

    Dans les coulisses néodémocrates, on assure qu’il a toujours été prévu d’attaquer les libéraux en fin de campagne, quand les électeurs seraient revenus du chalet. « On frappe quand ça paye. » Et le NPD frappe sur un dossier qu’il juge gagnant. Les électeurs seraient très réceptifs, disent-ils, aux critiques de la position de Justin Trudeau sur C-51. Thomas Mulcair fera en outre une tournée éclair dimanche dans six circonscriptions ontariennes détenues par les conservateurs pour y marteler qu’il y est le mieux placé pour remplacer Stephen Harper.

     

    Chez les libéraux, on ne s’inquiète pas de ces attaques néodémocrates. On rappelle que c’est Thomas Mulcair qui avait « promis de faire une campagne positive ». Ce changement de ton ne passera pas auprès des électeurs orange, croit-on.

     

    Dans l’ombre du niqab…

     

    Si le NPD s’affaire à empêcher l’exode d’électeurs vers les libéraux en Ontario, du côté du Québec il doit en outre encaisser le mécontentement entourant sa position sur le port du niqab. Thomas Mulcair a une fois de plus dû y répondre, alors qu’on apprenait que seules deux femmes ont refusé de se dévoiler pour prêter le serment de citoyenneté depuis 2011. Deux femmes, sur les 686 195 personnes qui ont obtenu la citoyenneté canadienne depuis quatre ans.

     

    « Je comprends que c’est très sensible. Et je comprends aussi que ça met les gens mal à l’aise. Et je ne suis pas différent. Je suis comme ces gens-là. Moi aussi ça me met mal à l’aise », a convenu pour la première fois le chef néodémocrate. Mais il ne changera pas pour autant sa position — même si une poignée de ses candidats québécois s’en sont distanciés.

     

    « Une fois que les tribunaux ont statué, c’est ça », a-t-il tranché. La Cour d’appel fédérale a statué que le gouvernement n’avait pas le pouvoir d’interdire le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté par la simple voie d’une directive ministérielle. Mais le tribunal ne s’est pas prononcé sur la pratique en tant que telle.

     

    … et du terrorisme

     

    Stephen Harper profite quant à lui d’une remontée dans les sondages, tout comme Gilles Duceppe, les deux chefs s’étant farouchement opposés au port du niqab et n’ayant pas raté une seule occasion de le marteler pour faire perdre des plumes aux néodémocrates ou aux libéraux au Québec.

     

    Autre sujet de prédilection de M. Harper : la lutte contre le terrorisme et les terroristes. Le chef conservateur sent visiblement une ouverture chez l’électorat. Après avoir vivement dénoncé au débat des chefs de l’Institut Munk lundi le fait que ses rivaux s’opposent à la loi C—24 — qui permet de retirer la citoyenneté canadienne aux citoyens reconnus coupables de terrorisme ou de trahison —, Stephen Harper en a remis.

     

    « C’est la rectitude politique des élites, gonflée aux stéroïdes », a scandé M. Harper dans une entrevue réalisée mardi avec le journal Metro. Aux néodémocrates et libéraux qui arguent que sa loi crée deux classes de citoyens — ceux qui n’ont qu’une nationalité, et ceux qui en ont deux et qui peuvent perdre la canadienne —, M. Harper rétorque qu’« on ne peut pas avoir une classe de personnes qui sont des criminels de guerre et des terroristes condamnés, en opposition à tous les autres ».

     

    En soirée, le chef conservateur n’a pas manqué de faire allusion à la controverse autour du port du niqab lors du serment de citoyenneté. « Nous voulons des nouveaux citoyens qui se joignent à notre famille canadienne à visage découvert », a-t-il déclaré, s’attirant des applaudissements nourris et des cris enthousiastes des quelques centaines de personnes réunies dans un hôtel du centre-ville de Québec. « C’est juste le gros bon sens », a-t-il ajouté. M. Harper a insisté sur la nécessité de réélire un gouvernement conservateur afin de revoir la législation en cette matière afin qu’elle reflète davantage « les valeurs québécoises, les valeurs canadiennes, les valeurs conservatrices ».

     

    Avec Marco Bélair-Cirino













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