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    Port du niqab

    Dissidences au NDP et au PLC

    Au moins cinq candidats québécois se dissocient de la position leur chef

    30 septembre 2015 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada

    Le malaise suscité par le port du niqab au Québec continue de hanter les néodémocrates, tout comme il hante désormais aussi les libéraux. Au moins cinq candidats québécois sont en porte-à-faux avec leur chef, soit Thomas Mulcair ou Justin Trudeau. Un sixième, qui s’était porté candidat pour le NPD en 2011, a même quitté le parti pour se rallier aux conservateurs en évoquant notamment la position néodémocrate sur cette question.

     

    Thomas Mulcair et Justin Trudeau refusent d’interdire le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté. Tous deux martèlent que c’est une question de droits et libertés, et ils estiment que l’obligation d’une femme de se dévoiler en privé pour s’identifier est suffisante. Mais Stephen Harper et Gilles Duceppe rétorquent que le port du voile intégral pour prêter le serment de citoyenneté va à l’encontre des valeurs canadiennes et québécoises.

     

    Et au grand dam du NPD et du PLC, certains de leurs candidats se rangent dans ce second camp.

     

    « Le niqab est un vêtement d’oppresseur », a tranché le député sortant et l’une des vedettes du NPD, Romeo Saganash, lors d’un débat de candidats en Abitibi lundi soir. M. Saganash ne se fait pas d’illusions. « Mon parti ne serait pas nécessairement d’accord avec moi. » Mais il persiste et signe : « Quand les premiers Français sont arrivés, ils ont su non seulement s’adapter, mais ils ont même adopté certains us et coutumes des Amérindiens », a fait valoir le député d’origine crie.

     

    Son rival libéral dans la circonscription abitibienne rejette lui aussi la position de son chef Justin Trudeau, qu’il ne juge « pas acceptable ». « Ce n’est même pas une question de foi musulmane, ou quoi que ce soit, c’est directement que les femmes canadiennes et québécoises se sont battues pour avoir des droits », a argué Pierre Dufour lors du même débat, dont les échanges ont été rapportés par Radio-Canada.

     

    À l’écoute des électeurs

     

    Si certains candidats sentent le besoin de se dissocier de la position officielle de leurs formations, c’est parce que le port du niqab crée un malaise chez l’électorat québécois, a reconnu la candidate du NPD dans Joliette. Danielle Landreville a confié au journal local de sa circonscription, L’Action, qu’elle en entend grandement parler lorsqu’elle fait du porte-à-porte.

     

    « C’est un sujet qui brusque les gens. […] L’assermentation voilée, les gens ne sont pas rendus là », a expliqué la candidate, qui a tenu à faire le point sur la question afin d’enlever toute ambiguïté sur sa position, selon L’Action.

     

    « Il faut que j’entende mon monde. Si on me dit que je suis dans le champ, je dois faire un examen de conscience », a-t-elle indiqué en se disant contre le port du voile intégral dans la sphère publique. Mme Landreville, qui a réussi à détrôner la députée sortante du NPD, Francine Raynault, à l’investiture, évoque à son tour la lutte des femmes au Canada. « On ne peut pas permettre des choses desquelles on s’est affranchi ici. Au Québec, l’égalité entre les hommes et les femmes, ça ne se discute pas. »

     

    Un autre député sortant, Pierre Nantel, s’est quant à lui dit « tout à fait d’accord avec cette notion qu’on doive se présenter à visage découvert [lors des cérémonies d’assermentation] », lors d’un débat de candidats à Longueuil résumé dans Le Courrier du Sud.

     

    La position de Thomas Mulcair est contestée jusqu’en Beauce, où le candidat du NPD aux dernières élections s’est cette fois-ci rangé derrière le conservateur Maxime Bernier. « C’était une décision réfléchie », a expliqué Serge Bergeron au FM93 de Québec. Le nouveau converti en a contre l’« illogisme » de M. Mulcair, notamment sur le niqab. « On donne un privilège à quelqu’un, puis il ne veut pas se dévoiler. Moi, je trouve que ça n’a pas de sens. Et on sait que la majorité des Québécois est comme ça, puis je suis certain que la majorité au pays est comme ça aussi », a-t-il affirmé sur les ondes de la radio de Québec. Et il ne s’est pas arrêté là : si Jack Layton avait gagné les élections de 2011, avant de décéder, « on aurait été pris avec M. Mulcair, avec les idées qu’il a en ce moment, qui sont presque toutes illogiques, a-t-il scandé. On serait dans le trou pas rien qu’un peu. »

     

    Les partis corrigent le tir

     

    En coulisse, les néodémocrates reconnaissent que leur position sur le port du niqab leur donne du fil à retordre au Québec. Thomas Mulcair avait même senti le besoin de faire un discours, à la veille du premier débat francophone la semaine dernière, pour justifier son point de vue. Le parti a dégringolé dans les sondages, en chutant de 47 % à 30 % depuis deux semaines. Mais il n’est pas question pour autant d’ajuster la position néodémocrate.

     

    « Le débat sur le niqab est important. Et on comprend qu’il y a un malaise, a consenti une porte-parole du parti, Valérie Dufour. On dit aussi depuis le début que les conservateurs utilisent ce sujet-là pour détourner l’attention des électeurs quant à leur bilan. » Le NPD n’a pas l’intention de sanctionner ses candidats récalcitrants. « Leur malaise ne les empêche pas de partager la position du NPD », a-t-elle plaidé. Ils n’ont pas rejeté le port du niqab pour la totalité de la cérémonie de citoyenneté. Ils estiment simplement — comme le parti — qu’une femme doit se dévoiler pour s’identifier, a fait valoir la porte-parole.

     

    Le NPD a plus tard transmis une déclaration au nom de la candidate Landreville, dans laquelle elle affirme que ses « paroles ont été mal comprises. […] On peut reconnaître un malaise sans remettre en question nos principes », fait valoir le communiqué, qui reprend en outre les reproches adressés par la porte-parole du NPD aux conservateurs.

     

    Les libéraux ont eux aussi fait suivre une déclaration de leur candidat Pierre Dufour, qui vient à son tour « préciser [s]a position ». Lui aussi « ressent un malaise ». « Comme mon parti, je suis aussi immensément attaché à l’égalité hommes-femmes. […] Cela dit, […] l’État ne peut dicter à une femme ni à qui que ce soit d’autre comment se vêtir », tranche M. Dufour, en se réappropriant également le discours du Parti libéral sur la question.

     

    Il y a dix jours, un premier candidat du NPD s’était avoué en désaccord avec le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté. Jean-François Delisle, à Lac-Mégantic, avait carrément suggéré d’amender la Charte des droits et libertés pour y revoir la notion de liberté de religion. « Thomas Mulcair est prêt à ouvrir la Constitution sur le Sénat. Donc pourquoi il ne serait pas prêt à l’ouvrir sur cette question-là ? » avait-il soumis à La Presse canadienne. Le lendemain, le NPD avait transmis une déclaration en son nom, notant que ses propos « étaient maladroits et contradictoires et ne reflètent pas [s]es priorités ou celles du parti ».













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