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    Analyse

    Un débat entre le shérif et les Casques bleus

    29 septembre 2015 |Marco Fortier | Canada

    Dans le coin droit, le shérif. Dans le coin gauche, les pacifistes. Le débat des chefs sur la politique étrangère, lundi soir, a permis de mettre en lumière les visions opposées — du moins, en apparence — de Stephen Harper et de ses deux principaux adversaires.

     

    Le chef conservateur a cherché à donner l’impression qu’il est le seul à se battre contre les méchants en Syrie, à protéger les Canadiens contre la « menace » terroriste au Canada et à placer l’économie en tête de ses priorités.

     

    Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont cherché au contraire à défendre les prétendues « valeurs canadiennes », comme la paix dans le monde et la défense des opprimés partout sur la planète.

     

    « Il y a un intérêt électoral malheureux à simplifier et à polariser les questions de politique étrangère », a dit Justin Massie, professeur au Département de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d’un visionnement public du débat Munk à Montréal.

     

    Une demi-douzaine d’experts en affaires étrangères ont analysé le débat au cours de cette soirée tenue à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Les chefs ont d’abord cherché à jouer sur les perceptions, dans ce domaine ultraspécialisé où les électeurs ont parfois du mal à s’y retrouver.

     

    « Deux chefs se sont prononcés en faveur d’une paix au Moyen-Orient, mais aucun n’a offert de plan de paix », a précisé M. Massie.

     

    Les bons et les méchants

     

    « Stephen Harper a intérêt à présenter une approche fondée sur la clarté morale pour se distinguer de ses adversaires : il y a les bons et les mauvais. On se range derrière les bons et on fait usage de la force contre les méchants », a dit Stéphane Roussel, professeur à l’ENAP.

     

    Le durcissement militaire du Canada a pourtant commencé sous les libéraux, avant l’arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, a souligné M. Roussel. C’est le libéral Jean Chrétien qui a envoyé les soldats canadiens en Afghanistan en 2001 et son successeur Paul Martin qui a donné le feu vert à la participation canadienne aux combats contre le fief des talibans à Kandahar.

     

    Les chefs du Parti libéral du Canada (PLC) et du Nouveau Parti démocratique (NPD) insistent un peu fort sur la réputation de pacificateur du Canada, croit Justin Massie : « Le dernier conflit que le Canada a pacifié, c’est la crise de Suez en 1956 ! »

     

    Et contrairement aux apparences, Stephen Harper est loin d’avoir lancé l’armée canadienne aux trousses des terroristes du groupe armé État islamique, rappelle le professeur Massie. Il y a tout juste 67 soldats des forces spéciales et six avions canadiens qui font la guerre en Syrie et en Irak. On est loin d’un engagement massif.

     

    Les experts notent que la politique étrangère canadienne prend une importance rarement vue dans cette campagne électorale. La dernière fois que cet enjeu a été au centre d’une élection remonte à 1988, au moment du débat sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis. La fois précédente, c’était en 1963 : le Canada se demandait s’il devait acquérir l’arme nucléaire, a rappelé Justin Massie.













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