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    Revue de presse

    La chance ratée de Thomas Mulcair

    26 septembre 2015 |Karl Rettino-Parazelli | Canada

    Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, était condamné à l’excellence jeudi soir lors du premier débat en français, lui qui souhaitait freiner sa récente glissade dans les sondages et réparer les pots cassés par la question du niqab. Les observateurs ne sont toutefois pas convaincus qu’il y est parvenu.

     

    Le leader néodémocrate a été plus agressif jeudi que lors des premiers débats en anglais, juge Konrad Yakabuski, dans le Globe and Mail. Normal, écrit-il, puisqu’il est celui qui avait le plus à perdre à la suite d’une semaine animée par un débat sur la nécessité de prêter serment à visage découvert, ou non.

     

    Les arguments de Stephen Harper, qui a invoqué le « gros bon sens », ont sans doute eu plus de résonance dans les foyers québécois que ceux de M. Mulcair, qui a préféré attaquer le bilan économique du premier ministre sortant. En bref, estime Yakabuski, Thomas Mulcair devait livrer une solide performance pour convaincre les électeurs qui avaient changé de camp de rentrer au bercail. Il ne peut maintenant qu’espérer que d’autres Canadiens ne décident pas eux aussi de tourner le dos au NPD.

     

    Pour ce qui est des autres chefs, le chroniqueur du Globe livre une analyse qui tranche avec celle de plusieurs observateurs québécois. À son avis, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a été solide, mais a paru terne pendant la portion du débat portant sur le niqab. A-t-il perdu sa fougue en étant tenu à l’écart de la Chambre des communes pendant trop longtemps ? se demande-t-il.

     

    À l’opposé, M. Harper a profité d’une maîtrise imparfaite mais suffisante du français pour faire passer calmement ses messages, tandis que Justin Trudeau a encore surpassé les attentes. Il a démontré une bonne connaissance des enjeux, même s’il s’est répété davantage que ses adversaires, estime Yakabuski.

     

    Dans le National Post, Michael Den Tandt adopte une posture semblable en expliquant que Mulcair se devait de l’emporter haut la main pour espérer conserver une conjoncture qui lui est favorable au Québec. Mais à son avis, c’est plutôt le chef libéral qui a le mieux su tirer son épingle du jeu.

     

    Selon lui, M. Trudeau a livré sa meilleure performance de la campagne jusqu’à maintenant en répétant sans cesse de courtes phrases-clés, ce qui lui a souvent permis d’avoir le dernier mot lors des échanges.

     

    Pendant ce temps, Thomas Mulcair a semblé pris entre l’arbre et l’écorce lors de l’épineux débat sur le niqab. Den Tandt estime qu’en répondant en deux temps — en défendant d’abord la liberté de la femme de porter ce qu’elle désire, puis en soulignant qu’une femme voilée doit de toute façon montrer son visage avant une cérémonie d’assermentation —, M. Mulcair a laissé planer le doute sur sa position.

     

    Le débat de jeudi représentait une occasion parfaite pour lui de redresser la barre et de regagner les quelques points récemment perdus dans les intentions de vote, conclut le chroniqueur, mais on ne peut pas dire qu’il ait saisi sa chance et atteint son but.

     

    Tous contre tous

     

    Les nouvelles ne sont pas si mauvaises pour le NPD, observe toutefois Paul Wells, du magazine Maclean’s. Les performances des chefs lors du débat de jeudi ne se transposeront vraisemblablement pas dans les sondages, dit-il, puisqu’aucun combattant n’est tombé au tapis ou ne peut crier victoire.

     

    Dans le cas de M. Mulcair, l’effet devrait être nul. Wells fait valoir que les votes perdus en raison du niqab devraient être compensés par les gains effectués ailleurs. Autrement dit, le chef du NPD pourrait perdre des plumes en ayant refusé d’adopter un discours populiste, mais devrait par ailleurs marquer des points en ayant choisi de se « tenir debout », comme il le dit lui-même.

     

    Pour le reste, Paul Wells trouve étonnant que le débat n’ait pas donné lieu à des tirs groupés contre un seul politicien, comme c’est habituellement le cas lors des débats mettant aux prises autant de joueurs. Au contraire, les différents chefs se sont attaqué l’un et l’autre à tour de rôle, sans que personne soit particulièrement pris à partie. Thomas Mulcair, lui, avait cependant l’impression qu’il était la cible de prédilection, et il a parfois perdu son sang-froid, affirme le chroniqueur.

     

    Et contrairement à certains de ses collègues anglophones, Wells ne trouve pas que Justin Trudeau a brillé, bien au contraire. Il est apparu en retrait pendant la seconde portion du débat, dit-il, ce qui l’a empêché de se faire valoir. Était-ce un manque d’aplomb ou une stratégie dans le camp libéral ?

     

    Cela dit, on pourra discuter tant qu’on voudra de la performance de MM. Mulcair et Trudeau, qui aspirent aux grands honneurs, ou encore de Gilles Duceppe et Elizabeth May, qui veulent incarner une opposition forte et crédible, mais que dire de Stephen Harper ?

     

    Celui que tous veulent déloger a sans doute participé jeudi soir à l’un des débats les plus faciles pour un premier sortant, écrit Chantal Hébert dans le Toronto Star. Pendant que les différents chefs se lançaient des flèches — Trudeau et Mulcair au sujet d’une séparation du Québec par une majorité de 50 %+1, Duceppe et Mulcair à propos du projet Énergie Est de TransCanada —, M. Harper a pu observer les échanges en retrait, heureux d’assister à une telle bataille à partir des lignes de côtés.













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