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    Campagne électorale

    Le niqab, source de discorde

    Le port du voile intégral divise les chefs des partis et les électeurs

    23 septembre 2015 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Une pancarte électorale d’Anne Lagacé Dowson, dans Papineau, a été recouverte d’un niqab noir peint à l’aérosol.
    Photo: Marco Fortier Le Devoir Une pancarte électorale d’Anne Lagacé Dowson, dans Papineau, a été recouverte d’un niqab noir peint à l’aérosol.

    Thomas Mulcair s’était fait discret sur la question du niqab depuis une semaine, mais il a été catégorique mardi : il s’oppose à l’interdiction du voile intégral aux cérémonies de citoyenneté et rejetterait un projet de loi en ce sens. Une position qui semble déranger à Montréal, où certaines de ses pancartes électorales ont été vandalisées. Si M. Mulcair est venu préciser sa pensée, Stephen Harper a de son côté refusé d’indiquer jusqu’où il irait pour empêcher les femmes de prêter serment le visage voilé.

     

    La délicate question du port du niqab s’est imposée dans la campagne électorale depuis que la Cour d’appel fédérale a confirmé que le gouvernement conservateur n’avait pas l’autorité d’empêcher, par une simple directive ministérielle, le port de ce voile aux cérémonies de citoyenneté. Les troupes de Stephen Harper ont porté le jugement en appel à la Cour suprême et promis de légiférer dans les 100 premiers jours s’ils sont réélus.

     

    M. Mulcair appuiera-t-il une loi conservatrice ? « Pas plus que je voterais en faveur d’une loi qui vous enlèverait la liberté de presse, voyons donc », a lancé le chef du NPD à la journaliste qui venait de lui poser la question. « Un gouvernement ne peut pas enlever votre liberté d’expression ou la liberté de presse, pas plus qu’on ne peut interférer dans d’autres libertés. » L’obligation de se dévoiler en privé pour s’identifier, avant la cérémonie, est jugée suffisante par M. Mulcair.

     

    Justin Trudeau est du même avis. Le chef libéral a fait valoir que personne au pays ne lui avait parlé de cette question et il a dénoncé « ces propositions de [Stephen] Harper, de [Gilles] Duceppe, en matière de division et de peur ».

     

    C’est que les chefs conservateur et bloquiste se trouvent dans le camp adverse, voulant tous deux interdire le niqab pour le serment de citoyenneté. Dès la décision de la Cour d’appel fédérale tombée, l’équipe de Stephen Harper a aussitôt annoncé qu’elle prendrait la voix législative pour empêcher qu’une femme puisse demeurer voilée pendant la durée de la cérémonie.

     

    Qu’adviendrait-il si la loi conservatrice ne réussisait pas le test des tribunaux ? Gilles Duceppe « serait pour le “ nonobstant ” si jamais une telle loi contrevenait à la Charte [canadienne des droits et libertés] ». Car la clause dérogatoire, permettant de l’outrepasser, a été prévue « justement pour faire face à des situations semblables », a fait valoir le chef bloquiste.

     

    Stephen Harper ne s'est pas avancé aussi loin, évitant soigneusement de répondre à la question. Le chef conservateur s’est plutôt dit «convaincu que nous avons la position correcte. […] Ça reflète nos valeurs et l’égalité des hommes et des femmes au Canada». La clause dérogatoire n’a été utilisée qu’à deux reprises, dont l'une par Québec pour maintenir la Charte de la langue française.

     

    Sensibilité électorale

     

    Stephen Harper a cependant peut-être raison lorsqu’il affirme que la majorité de la population est de son avis. Car des 13 900 personnes qui ont participé à la boussole électorale de Radio-Canada, 72 % ont dit s’opposer au port du niqab au serment de citoyenneté.

     

    La position du NPD semble créer un malaise au Québec. Une pancarte électorale d’Anne Lagacé Dowson, dans Papineau, a été recouverte d’un niqab noir peinturé à l’aérosol. L’affiche a rapidement été remisée par les néodémocrates. Sur celles d’Alexandre Boulerice, dans Rosemont-La Petite-Patrie, a été inscrit « = Islam » en gros traits noirs, a rapporté La Presse.

     

    M. Boulerice — qui a l’habitude de se prononcer sur tout enjeu — a décliné les demandes d’entrevues du Devoir. L’hiver dernier, le député avait fait bande à part en s’opposant au niqab dans la fonction publique, avouant que « le niqab [il] n’aime pas ça ».

     

    L’ex-bloquiste Maria Mourani, candidate du NPD dans Ahuntsic, a fait le même aveu en entrevue à Radio-Canada mardi. « Il y a une différence entre aimer ou ne pas aimer le niqab, et être pour les droits des individus de s’habiller comme ils veulent », a-t-elle toutefois insisté. Un fonctionnaire a le droit de porter un t-shirt affichant " Fuck Jesus ". Les tribunaux ont même autorisé les femmes à se promener seins nus, a fait valoir Mme Mourani. Elle a beau trouver « ça weird de se balader seins nus dans un parc », « mais il y a une décision de cour. »

     

    Le Bloc compte bien récupérer, grâce à cette question, des appuis perdus aux mains du NPD il y a quatre ans. Le parti souverainiste a créé une publicité dénonçant la position néodémocrate sur le niqab et le pipeline Énergie Est. « C’est deux positions sur lesquelles le NPD se trouve en porte-à-faux de la position non seulement des Québécois, mais aussi de leurs représentants, de manière unanime », dit-on dans les coulisses bloquistes.

     

    De l’avis du député Louis Plamondon, la position du NPD sur le niqab « c’est clair que c’est pour gagner le vote de l’Ontario », où le NPD « manque de votes » et les citoyens sont attachés à la Charte des droits et libertés, au multiculturalisme. M. Plamondon affirme que « ça a un effet sur le terrain, c’est certain ». Lorsqu’il aborde la position du NPD, dans son porte-à-porte, « les nez se retroussent ! » dit-il.

     

    Idem pour Énergie Est, quoique dans une moindre mesure. Le NPD rejette le projet d’oléoduc tant qu’il n’y aura pas de processus robuste d’évaluation environnementale. Or, la majorité des Québécois ne veulent rien savoir du tout de cet oléoduc, qui n’a aucune plus value selon Jean-Claude Rocheleau, qui a été candidat au NPD puis au Bloc après avoir fait carrière pendant 30 ans dans le secteur des pétrolières.

     

    « Ils font fausse route. Ils devraient se prononcer clairement et dire non à ce genre de projet, a tranché l’ex-président du syndicat des employés de Shell. L’impression que ça me donne, c’est qu’on veut tirer profit partout en même temps. Mais ça, des fois, ça joue de vilains tours. »

     

    Le projet d’oléoduc Énergie Est a lui aussi rebondi dans la campagne à quelques reprises, des manifestants s’opposant au pipeline ayant interpellé M. Mulcair et M. Trudeau lors de mêlées partisanes avec des membres du public.

     

    Avec Stéphane Baillargeon et La Presse canadienne













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