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    Santé

    Le NPD fait une autre promesse ciblée

    Un expert juge que le parti «sort complètement» du rôle du fédéral en santé

    16 septembre 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Thomas Mulcair veut mettre sur pied un fonds visant à améliorer les soins de santé mentale s’adressant en priorité aux autochtones.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Thomas Mulcair veut mettre sur pied un fonds visant à améliorer les soins de santé mentale s’adressant en priorité aux autochtones.

    Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a promis mardi d’investir 25 millions de dollars par année pour réduire le temps d’attente des soins de santé mentale des jeunes. Mais certains commencent à reprocher aux néodémocrates de s’aventurer dangereusement dans les champs de compétence des provinces avec leurs multiples annonces ciblées en santé.

     

    S’il était élu, Thomas Mulcair créerait ainsi un Fonds d’innovation en santé mentale doté de 100 millions de dollars (pour quatre ans). Ce fonds aurait pour objectif de réduire le temps d’attente et améliorer les soins s’adressant en priorité aux autochtones, aux jeunes en milieu rural et à ceux quittant leur famille d’accueil. Cette promesse s’ajoute à celle, faite la veille, de construire 200 cliniques et d’aider les provinces à embaucher 7000 médecins ou infirmières praticiennes afin que cinq millions de Canadiens de plus aient accès à un médecin de famille.

     

    Ces promesses sont clairement de compétence provinciale, met en garde Damien Contandriopoulos, professeur à l’Université de Montréal spécialisé dans l’organisation du système de santé et titulaire de la Chaire de recherche Politiques, connaissances et santé.

     

    « Je ne vois pas comment un gouvernement fédéral pourrait concrétiser cela, lance-t-il en entrevue avec Le Devoir. En dehors des réserves autochtones et des bases militaires, il ne peut pas ouvrir de cliniques. Il pourrait donner de l’argent aux provinces conditionnellement à ce que cela se fasse, mais je pense qu’il y aurait une levée de boucliers, surtout au Québec. Les provinces diraient “et puis quoi encore ?”. »

     

    Dans les coulisses néodémocrates, on explique que la formule d’intervention retenue varierait d’une province à l’autre.

     

    De l’avis de M. Con-tandriopulos, ce programme « sort à [s]on sens complètement du rôle traditionnel du fédéral en santé », qui a plutôt été de fournir du financement aux provinces moyennant le respect de certains « objectifs » ou l’adoption d’« indicateurs communs » de performance. Et même s’il ne s’est agi que de se donner des priorités nationales communes, comme les soins de première ligne par exemple, il y a eu beaucoup de réticence, rappelle le professeur. Le bureau des ministres québécois de la Santé et des Affaires intergouvernementales canadiennes n’ont pas rappelé Le Devoir mardi.

     

    « Quand je lis les annonces du NPD, je me dis qu’il y a des gens aux communications qui ont décidé qu’ils allaient jouer la carte de l’électoralisme d’une façon assez troublante. Parce que c’est populaire, que ça résonne auprès de la base électorale et que personne d’autre ne parle de santé. » M. Contandriopoulos se questionne en outre sur la pérennité de ces investissements. Qui financera le fonctionnement des nouvelles cliniques néodémocrates ? « La seule façon où ça peut fonctionner, c’est de bonifier le transfert fédéral en santé », conclut-il.

     

    Transferts aux provinces

     

    Le chef Thomas Mulcair avait justement promis de bonifier ces transferts en santé, mais a reculé il y a trois semaines en rendant une bonification conditionnelle à la présence de surplus budgétaire et en précisant que, de surplus, « ça semble évident qu’il n’y en aura pas ». Or, les perspectives financières ont un peu changé depuis lundi, quand le ministère des Finances a annoncé que le déficit de 2014-2015 s’était transformé en surplus. Cela change-t-il les promesses de M. Mulcair ?

     

    Le chef du NPD a complètement esquivé la question mardi, réitérant seulement qu’il allait « s’asseoir avec les provinces » et ne pas imposer unilatéralement des conditions aux provinces. « Nous nous assoirons avec les provinces et nous expliquerons quelles sont nos priorités : les soins aux personnes âgées, les soins de longue durée, les soins palliatifs, le coût des médicaments. Parce que les personnes âgées et le tsunami démographique qui va frapper notre système de santé doivent faire l’objet d’une considération attentive et de travail concerté. Les provinces et les territoires prodiguent les soins de santé, et le gouvernement fédéral est un partenaire. »

     

    Entre 2004 et 2014, les transferts fédéraux en santé aux provinces ont augmenté de 6 % par année. Le gouvernement conservateur a imposé aux provinces un nouvel accord prolongeant l’indexation de 6 % jusqu’en 2017, puis instaurant une indexation arrimée à la croissance économique, avec un taux plancher de 3 %, jusqu’en 2024. M. Mulcair — comme les provinces d’ailleurs — avait pesté contre ce plan, calculant qu’il ferait perdre 36 milliards de dollars en sept ans.













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