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    Revue de presse

    La photo

    12 septembre 2015 |Karl Rettino-Parazelli | Canada

    Les troupes conservatrices et leur chef, Stephen Harper, ont jusqu’à maintenant réussi à encaisser sans trop fléchir les attaques qu’ils ont pu voir venir, mais une controverse que personne n’aurait pu prévoir semble faire dérailler leur campagne. La crise des réfugiés syriens a fait irruption au pays sous l’impulsion d’une simple photo qui force aujourd’hui le Parti conservateur à repenser sa stratégie.

     

    On aurait pu croire que le procès de Mike Duffy assommerait le chef conservateur. Ou encore que la situation économique précaire du Canada le ferait chuter dans les intentions de vote. Mais comme le souligne Margaret Wente, du Globe and Mail, son actuelle troisième place dans certains sondages est surtout causée par un événement aussi triste qu’imprévisible : un enfant syrien retrouvé mort sur une plage en Turquie, dont le cliché a fait le tour de la planète.

     

    À vrai dire, ce n’est pas la photo qui a causé des dommages aux conservateurs, mais plutôt la manière avec laquelle ils y ont réagi. En refusant de déployer sans tarder des mesures d’urgence pour venir en aide à un maximum de réfugiés syriens, Stephen Harper a montré sa vraie nature, écrit Wente, celle d’un homme sans coeur qui s’accroche à son plan de match.

     

    Certains pourront dire que dans le dossier des réfugiés syriens, M. Harper a été fidèle à lui-même, refusant de laisser l’émotivité ambiante guider ses actions. En entrevue cette semaine avec Peter Mansbridge, de la CBC, le chef conservateur a laissé entendre qu’une action immédiate et vigoureuse du gouvernement n’empêcherait pas que des images comme celles du petit Aylan Kurdi refassent éventuellement surface.

     

    C’est sans doute vrai, admet Michael Den Tandt dans le National Post, mais il n’en demeure pas moins qu’en refusant d’adoucir son discours face à la grogne populaire, M. Harper a raté l’occasion qui s’offrait à lui de se présenter en chef d’État responsable. Au moment où les électeurs sont plus que jamais tentés par le changement, cette décision pourrait s’avérer particulièrement coûteuse.

     

    Chantal Hébert constate elle aussi dans le Toronto Star que Stephen Harper a laissé filer une occasion de montrer l’exemple sur la scène internationale, mais rien n’est perdu pour autant, nuance-t-elle. À mi-chemin dans cette proverbiale campagne marathon, aucun des trois chefs n’est exclu de la course.

     

    Cela dit, si le chef conservateur ne veut pas que les prochaines semaines servent à déterminer qui de Thomas Mulcair ou de Justin Trudeau est le mieux placé pour le remplacer, il devra reconquérir les partisans conservateurs qui l’ont laissé tomber en 2011 autrement qu’en suscitant la peur d’un changement de garde à Ottawa, écrit-elle.

     

    Réflexion requise

     

    La semaine a assurément été difficile pour les conservateurs. Sous pression, ils ont choisi de réaffecter à Ottawa leur directrice de campagne, Jenni Byrne, et laissé entrevoir jeudi de nouvelles annonces dans le dossier des réfugiés syriens.

     

    Si M. Harper a choisi de reconsidérer son plan, c’est peut-être qu’il a écouté les conseils de John Ivison, du National Post. Dans une chronique publiée en milieu de semaine, ce dernier conseille au chef conservateur de prendre quelques jours de repos pour réfléchir et tirer des leçons de la première moitié de la campagne électorale.

     

    Selon des stratèges aguerris consultés par Ivison, de telles pauses ont déjà été salutaires pour M. Harper dans le passé, lui qui se plaint parfois du rythme infernal de la politique qui limite les moments de réflexion.

     

    Dans une seconde chronique, John Ivison fait par ailleurs remarquer que si les efforts des conservateurs déjà promis ou à venir laisseront potentiellement certains électeurs sur leur faim, la posture adoptée par Thomas Mulcair soulève également des questions. Il s’engage à accueillir 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année et 9000 de plus chaque année jusqu’en 2019, mais n’explique pas comment il entend s’y prendre. Quand on veut, on peut, a-t-il essentiellement déclaré jeudi.

     

    La bonne nouvelle pour Stephen Harper, fait remarquer Lawrence Martin dans le Globe and Mail, c’est qu’il n’est pas trop tard pour faire les choses autrement. Comme en 2013, lorsqu’il a invité les anciens premiers ministres Jean Chrétien, Brian Mulroney et Kim Campbell à se joindre à lui pour rendre hommage à Nelson Mandela en Afrique du Sud.

     

    Pourquoi ne pas répéter l’expérience aujourd’hui, en invitant cette fois d’anciens premiers ministres à le conseiller sur la crise des réfugiés syriens ? souligne Arthur Milnes, un ancien rédacteur de discours du chef conservateur, interrogé par le chroniqueur du Globe.

     

    Mais au-delà de la bonne volonté des uns et des autres, Scott Gilmore souligne dans le Maclean’s qu’accueillir 200 000 réfugiés en douze mois, c’est possible. Pour ce faire, cet ancien diplomate canadien propose un plan en six étapes : organiser une rencontre entre les chefs des partis fédéraux (comme l’a proposé le chef libéral Justin Trudeau), déployer un plan d’urgence pour identifier les réfugiés potentiels directement dans les camps, collaborer avec les provinces et les villes qui ont manifesté leur volonté d’apporter leur contribution, interpeller les Nations unies et certains pays pour faciliter les démarches administratives, finaliser les demandes de Syriens habitant en Europe qui ont des proches au Canada (une affaire de quelques jours, selon Gilmore) et réclamer l’aide financière des Canadiens pour récolter un total de 2,2 milliards de dollars (63 $ par Canadien).

     

    Cela ne permettrait pas au Canada de devenir le pays le plus accueillant au monde, comme le laisse entendre Stephen Harper, conclut le chroniqueur. Mais il s’agirait d’un important et nécessaire pas en avant.













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