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    Pétrole

    Les chefs fédéraux doivent proposer une solution de remplacement

    20 août 2015 | Amir Khadir - Député de Québec solidaire | Canada
    Le député de Québec solidaire Amir Khadir
    Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le député de Québec solidaire Amir Khadir

    La plus longue campagne électorale de l’histoire récente du Canada permet de mettre en évidence les contradictions des grands partis sur la question écologique. S’il y a un enjeu qui touche à la fois le développement économique, la protection des écosystèmes, la santé publique, le réchauffement climatique, les transports et la légitimité des institutions publiques, c’est bien l’exploitation des sables bitumineux et les multiples projets d’oléoducs pour exporter le pétrole le plus polluant au monde.

     

    Disons-le d’emblée : aucun parti fédéral à l’heure actuelle n’a de plan crédible de sortie des hydrocarbures. Ils ne se sont pas prononcés sur des projets controversés comme Old Harry, Anticosti ou les gaz de schiste. Aussi longtemps que le Québec restera dans la fédération canadienne, les Québécois et Québécoises auront le droit de demander davantage des partis qui souhaitent gouverner à Ottawa pour qu’ils prennent des décisions à la hauteur des enjeux du XXIe siècle.

     

    Il est de bon ton d’affirmer que l’économie et l’environnement ne doivent pas être opposés. On passe toutefois sous silence les contradictions entre l’impératif de croissance illimitée de l’exploitation des sables bitumineux et la lutte contre le réchauffement climatique.

     

    Intérêts pétroliers

     

    Une brillante journaliste du Toronto Star, Linda McQuaig, qui se présente sous la bannière du NPD à Toronto, a mis le doigt sur le problème. Lors d’un débat télévisé, elle rappelait une évidence qui rejoint le consensus scientifique : une grande quantité de sables bitumineux devra rester sous terre si le Canada souhaite atteindre ses objectifs en matière de lutte contre les changements climatiques.

     

    Cette simple affirmation factuelle a déclenché une tempête médiatique où tous les chefs, y compris Thomas Mulcair, ont pris leurs distances par rapport à cette position. « Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots », disait Jean Jaurès. Eh bien c’est exactement ce qui s’est produit.

     

    Ces chefs se sont dépêchés de qualifier les propos de la candidate néodémocrate d’extrêmes ! Et de réitérer leur soutien à l’industrie énergétique sous prétexte d’emplois bien rémunérés. Évidemment, puisque personne n’est contre la vertu, le développement durable, l’acceptabilité sociale et les énergies renouvelables, chacun y est allé de promesses d’évaluations environnementales, en oubliant qu’elles sont trop souvent confiées à des instances lourdement influencées par des gens issus de l’industrie, notamment pétrolière.

     

    Au final, les intérêts pétroliers se sont imposés à la classe politique, pour tordre le sens des mots et reproduire le « business as usual ». La pétropolitique canadienne exige de ne pas déranger le paradigme économique et énergétique dominant, où de puissantes fortunes ont intérêt à ce que rien ne change.

     

    Oléoducs de la discorde

     

    Un autre exemple d’ambiguïté des grands partis fédéraux concerne leurs positions vis-à-vis les multiples projets d’oléoducs. Au Québec, on s’intéresse évidemment au cas d’Énergie Est de TransCanada, qui souhaite transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour pour l’exportation outre-mer, avec des retombées économiques infimes et des risques accrus pour des centaines de cours d’eau et pour les communautés locales. Mais il y a également les projets de Northern Gateway, Keystone XL et Kinder Morgan, de même que les projets d’exploration et de forage en eaux profondes dans l’Arctique et le golfe du Saint-Laurent.

     

    Dans le cas d’Énergie Est, il est clair que les intérêts du Québec sont opposés à ceux de l’élite économique qui domine la politique canadienne. La question pétrolière est de ce point de vue non seulement un enjeu national pour les indépendantistes québécois que nous sommes, mais aussi une question environnementale et sociale qui touche à la fois le peuple québécois, le peuple canadien, les Premières Nations et la planète entière !

     

    Ce qui manque cruellement dans cette campagne électorale, c’est une vision globale, une solution de remplacement désirable, viable et réalisable à l’exploitation sans frein des hydrocarbures. Bref, un plan crédible qui part d’« où nous sommes présentement » et nous montre un chemin à suivre « vers où nous voulons aller ». Il ne s’agit pas d’utopie, mais de faire preuve de réalisme pour opérer une transition énergétique vers une économie post-carbone d’ici 2050.

     

    Comme le souligne le philosophe André Gorz, il est temps de penser à l’envers : de définir les changements à réaliser en considérant le but à atteindre et non pas de fixer les buts en partant des intérêts de ceux qui résistent au changement. Il faut donc aller bien au-delà d’un simple replâtrage de la pétropolitique actuelle. Il nous faut une prospérité fondée sur des sources d’énergie durables et écologiquement responsables.













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