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Bouclier antimissiles: le Canada fait un pas de plus

9 janvier 2004  Canada
Les discussions entre les gouvernements canadien et américain au sujet du bouclier antimissiles passeront à une nouvelle étape au cours des prochains jours, rapprochant un peu plus le Canada du moment où il devra décider de se joindre ou non au projet.

Le ministre de la Défense, David Pratt, a confirmé hier que des lettres entre lui et son homologue américain Donald Rumsfeld seraient échangées sous peu pour établir les paramètres d'une éventuelle discussion entre les deux pays au sujet de ce projet militaire. Il s'agit de déterminer quels renseignements sensibles pourraient être communiquées au Canada afin que le gouvernement puisse décider de façon éclairée s'il participera ou non au projet.

«C'est une lettre d'intention pour obtenir plus d'information et pour démontrer aux Américains que nous faisons affaire avec eux de bonne foi», a expliqué le ministre. Il veut obtenir plus de détails sur «l'architecture» du système: sa chaîne de commandement, les emplacements visés et les aspects techniques en général. «Nous ne nous aventurons pas sur une route d'où il n'y a aucun retour possible», a toutefois assuré M. Pratt. Les renseignements qui seraient communiqués ne seraient pas à ce point secrets que, les ayant en sa possession, le Canada serait obligé de prendre part au bouclier antimissiles. Selon le ministre, la décision devrait être prise «au cours des prochains mois».

Le premier ministre Paul Martin a indiqué qu'il y aurait un débat sur la question à la Chambre des communes, mais il n'a pas voulu s'engager à tenir un vote. «Certainement, il va y avoir un débat là-dessus. Mais ce qui est important, vraiment, c'est qu'on s'assoie avec les Américains pour décider si, ultimement, le Canada va y participer ou non.»

Selon les informations qui ont filtré jusqu'à présent, les États-Unis ne demanderaient pas d'argent au Canada et n'exigeraient pas de lui qu'il accueille des intercepteurs ou des radars sur son territoire. Ils souhaiteraient sa collaboration afin de pouvoir l'associer au projet NORAD, l'accord canado-américain de défense aérienne de l'Amérique du Nord.

L'échange de lettres ministérielles a fait bondir le chef néo-démocrate Jack Layton, qui s'est empressé de dénoncer les intentions du gouvernement. Il devrait à tout le moins, pense-t-il, y avoir un débat à la Chambre des communes et une étude sur le sujet en comité parlementaire. «Je croyais qu'on entrait dans une nouvelle ère de démocratie, sauf, je suppose, quand il s'agit de faire affaire avec George Bush», a-t-il lancé sur un ton ironique.

M. Layton a promis de mener, avec son parti, une opposition vigoureuse à ce projet. Il craint que ce projet américain ne mène à l'arsenalisation de l'espace, ce à quoi le Canada est en principe opposé. Selon lui, la sécurité passe par d'autres avenues. «On doit s'attaquer aux cause des conflits, croit M. Layton. Une grande clôture technologique ne nous offrira pas plus de sécurité.»

Du côté du Bloc québécois, on aimerait que le gouvernement renonce dès maintenant au projet. Mais s'il devait pencher en faveur d'une participation au bouclier, alors il devrait le dire avant de déclencher des élections et de s'engager auprès des États-Unis, croit la députée Francine Lalonde. Le débat pourrait se tenir pendant la campagne électorale plutôt que de placer les Canadiens devant le fait accompli.

Le scepticisme ne provient pas seulement des députés de l'opposition, loin s'en faut. En juin dernier, 38 d'entre eux avaient voté contre une résolution demandant de confier la supervision du bouclier à NORAD. Plusieurs d'entre eux ne semblaient pas avoir changé d'idée hier.

John Godfrey a indiqué qu'il n'avait rien contre l'échange de lettres entre les deux gouvernements, mais il aimerait bien savoir ce qu'il y a dedans... Pour lui, il y a trois critères à remplir avant de songer à se joindre au projet. D'abord, il voudrait savoir si, advenant que le Canada participe au projet, le pays aura vraiment son mot à dire et pourra faire modifier le projet s'il en ressent le besoin. Ensuite, il veut savoir quelle protection le Canada tirerait de ce bouclier. Si seulement 1 % des missiles sont interceptés, illustre-t-il, à quoi bon? Enfin, la grande question, c'est de savoir si, à terme, le bouclier américain ne se traduira pas par une arsenalisation de l'espace. Un autre député libéral, Bernard Patry, demande qu'il y ait un vote libre à la Chambre des communes. Il s'oppose lui aussi à la présence d'armement dans l'espace.

C'est en mai dernier que le gouvernement canadien avait annoncé — prenant d'ailleurs ses propres députés de court — qu'il était prêt à s'asseoir avec les Américains pour discuter du projet. Le ministre de la Défense de l'époque, John McCallum, n'avait pas caché qu'il souhaitait que le Canada participe au bouclier. Il faisait valoir qu'un pays souverain ne pouvait pas laisser à un autre pays la responsabilité d'assurer la protection de son territoire, que le bouclier était l'évolution logique de l'arsenal de protection de l'Amérique du Nord et que le Canada avait toujours pris part à cette protection. Enfin, il jugeait que c'est en participant que le Canada pourrait mieux convaincre les États-Unis de ne pas déployer d'armement dans l'espace.






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