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    Trudeau promet une réforme du système électoral

    17 juin 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le chef libéral Justin Trudeau promet une réforme en profondeur du système électoral canadien s’il prend le pouvoir cet automne.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau promet une réforme en profondeur du système électoral canadien s’il prend le pouvoir cet automne.

    À ceux qui l’accusent encore de manquer de substance, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a répondu mardi par une brique politique contenant une bonne trentaine de promesses. Toutes visent à modifier le rapport entre les citoyens et leur gouvernement fédéral ou la façon dont Ottawa opère. Mais c’est sans conteste l’engagement de mettre fin au mode de scrutin actuel qui risque d’attirer le plus l’attention.

     

    « Nous nous engageons à ce que l’élection 2015 qui s’en vient soit la dernière conduite au Canada, au niveau fédéral, selon le système uninominal à un tour. Nous nous engageons à déposer un projet de loi à cet égard dans les 18 premiers mois », a déclaré M. Trudeau alors qu’il se trouvait en compagnie de ses députés et candidats à l’élection.

     

    S’il est élu, le PLC s’engage ainsi à mettre sur pied un comité parlementaire multipartite spécial qui devra proposer des options au gouvernement : faut-il adopter le bulletin de vote préférentiel (sur lequel l’électeur numérote les candidats par ordre de préférence) ? Instaurer la représentation proportionnelle ? Rendre le vote obligatoire ? Permettre le vote en ligne ? Un gouvernement Trudeau rédigera le projet de loi à partir des recommandations reçues.

     

    Pourquoi ne pas plutôt indiquer maintenant sa préférence quant au modèle à adopter ? Pour ne pas avoir l’air de servir l’intérêt du Parti libéral du Canada, plaide Trudeau. « Nous n’allons pas dire aux gens quelle est la meilleure solution parce que le cynisme que les gens nourrissent à propos de l’intérêt des partis politiques colorera toujours les propositions mises de l’avant par un parti en particulier. Nous voulons faire les choses correctement. Il n’est pas question ici de la prochaine élection, mais de l’avenir de notre démocratie. »

     

    L’organisation Fair Vote Canada, dont les 60 000 membres militent pour une forme de représentation proportionnelle, se réjouit de cette annonce. La directrice générale, Kelly Carmichael, ne s’offusque pas qu’aucune approbation citoyenne (par référendum) ne soit prévue. « Le fait que ce soit un processus multipartite sous-entend que l’avis des Canadiens sera entendu, alors ça ne nous inquiète pas », a-t-elle indiqué au Devoir. « Nous sommes vraiment heureux » de cet engagement libéral, ajoute Mme Carmichael. Le NPD et le Parti vert ont déjà fait des promesses similaires. Le Parti conservateur fait bande à part sur la question.

     

    Le ministre responsable de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre, y a même vu une nouvelle occasion d’accuser les libéraux de vouloir hausser les impôts. Selon sa logique, il est assuré que les libéraux opteront pour le vote obligatoire et imposeront une sanction financière aux électeurs récalcitrants. « Ils pensent pouvoir régler tous les problèmes de la nation en imposant une taxe libérale », a-t-il dit.

     

    Élections propres

     

    Un gouvernement libéral interdirait par ailleurs l’utilisation de fonds publics par Ottawa pour acheter des publicités à caractère partisan. Pour ce faire, un commissaire à la publicité serait nommé, comme il en existe déjà un en Ontario. Ce commissaire aurait pour mandat d’approuver au préalable toute campagne fédérale pour s’assurer qu’elle est non partisane et répond à un « besoin réel » de publicité du gouvernement. Les libéraux en ont contre les nombreuses campagnes lancées au cours des ans par les conservateurs, que ce soit la multiplication des fameux panneaux « plan d’action économique » ou les publicités vantant des programmes qui n’avaient pas encore reçu l’approbation du Parlement.

     

    De même, le chef libéral prend acte des récentes craintes formulées par l’ancien directeur général des élections, Jean-Pierre Kingsley, quant à l’effet pervers des élections à date fixe. M. Kingsley déplore que les partis politiques contournent désormais les plafonds de dépenses en multipliant les publicités avant le déclenchement électoral officiel. M. Trudeau propose de plafonner les dépenses entre les élections comme cela se fait déjà en Grande-Bretagne.

     

    Comme les néodémocrates, les libéraux promettent de restaurer le recensement long obligatoire de Statistique Canada et de stopper la fin de la livraison du courrier à domicile. Toutefois, contrairement au NPD, les libéraux ne s’engagent pas à restaurer la livraison là où elle a déjà été interrompue.

     

    Valoriser la science… et la sécurité

     

    Justin Trudeau promet de restaurer la liberté de parole des scientifiques, qui se disent muselés sous le régime de Stephen Harper. Pour y parvenir, le chef libéral propose de créer un poste de « directeur scientifique » qui aura le mandat de rendre accessibles au public, gratuitement par un portail centralisé, tous les travaux scientifiques générés par l’appareil fédéral.

     

    Sur la sécurité nationale, le chef libéral s’engage à créer un comité d’élus de tous les partis pour surveiller les travaux de toutes les agences et ministères fédéraux opérant dans le domaine de la sécurité. Ce comité avait été réclamé à grands cris par divers intervenants pendant les audiences sur la loi antiterroriste C-51. En vain. M. Trudeau a esquivé la question lorsque les journalistes lui ont demandé s’il n’avait pas perdu de crédibilité dans ce dossier pour avoir voté pour C-51 tout en le dénonçant. Son candidat dans Central Nova, David MacLeod, a d’ailleurs retiré sa candidature à cause de cet appui à C-51. Pourtant, M. MacLeod avait des chances d’être élu puisque son adversaire, le ministre de la Justice Peter MacKay, a tiré sa révérence.

     

    Poutine parlementaire

     

    De nombreuses autres promesses contenues dans le programme dévoilé mardi portent sur le déroulement des activités au Parlement. On propose aussi d’interdire les projets de loi budgétaire « fourre-tout » auxquels les conservateurs ont pris goût. On suggère que le gouvernement soit obligé de présenter une analyse des coûts de chacun de ses projets de loi. On se rappellera que c’est le refus du gouvernement conservateur de révéler le coût de ses initiatives en justice criminelle que le pays a été plongé en élection en 2011.













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