Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le Canada vendra son uranium à l’Inde

    Des opposants craignent que le contrat serve au développement de l’arme nucléaire

    16 avril 2015 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Narendra Modi
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Narendra Modi

    La chose se discutait depuis plus de six ans et elle est devenue réalité mercredi. Le Canada vendra pour la première fois de l’uranium à l’Inde, qui l’utilisera à des fins civiles. Le contrat, qui fait la joie de la Saskatchewan, est cependant décrié par les milieux opposés au nucléaire au motif que l’Inde est un des rares pays à ne pas avoir ratifié le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

     

    La transaction a été dévoilée à l’occasion de la visite officielle du premier ministre indien, Narendra Modi, à Ottawa. L’entreprise canadienne Cameco, basée en Saskatchewan, livrera sept millions de livres de condensé d’uranium au cours des cinq prochaines années. Ce concentré sera utilisé pour alimenter des centrales électriques. M. Modi a vanté cette transaction comme étant un grand geste pour la lutte contre les changements climatiques.

     

    « Un sixième de l’humanité vit en Inde. Nous aimerions donner quelque chose au monde. Avec l’énergie propre, on peut donner quelque chose. C’est notre responsabilité humaine de faire cela », a déclaré M. Modi au cours d’une conférence de presse conjointe avec Stephen Harper, selon ce que l’interprète a rapporté de ses propos. Le nucléaire ne fait pas l’unanimité chez les environnementalistes, car si effectivement il ne produit pas de gaz à effet de serre nocifs pour le climat, il génère en revanche des déchets radioactifs persistants que l’humanité ne sait pas encore comment neutraliser.

     

    Cette transaction évaluée à plusieurs centaines de millions de dollars est l’aboutissement d’un processus amorcé il y a un peu plus de six ans. En janvier 2009, après que les États-Unis eurent fait de même, l’Inde et le Canada ont entamé des discussions pour permettre l’exportation de matières nucléaires à des fins pacifiques. Un accord de coopération nucléaire a été signé l’année suivante, mais les derniers éléments de cette coopération n’ont été scellés qu’en 2013. En vertu de l’entente, le Canada ne peut expédier du matériel nucléaire qu’aux installations indiennes certifiées comme servant des fins civiles.

     

    Pour l’arme nucléaire?

     

    Cet accord avec l’Inde, a soutenu le premier ministre Harper, « nous a vraiment permis de tourner la page sur ce qui a été, à notre avis, une relation inutilement glaciale pendant trop longtemps ». L’Inde est l’un des rares pays possédant l’arme atomique à ne pas avoir signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Elle disposerait d’une centaine d’ogives (par rapport aux quelque 7300 des États-Unis et aux 8000 de la Russie). L’Inde a échaudé la communauté internationale en développant son arsenal nucléaire dans les années 1970 malgré la volonté internationale d’en stopper l’expansion.

     

    C’est ce qui enrage le président du Regroupement canadien pour la surveillance nucléaire, Gordon Edwards, qui participe ces jours-ci au Symposium mondial sur l’uranium se tenant à Québec. Selon lui, les ventes d’uranium à l’Inde sont pernicieuses et minent les efforts mondiaux pour réduire la quantité d’armement nucléaire. « C’est très hypocrite. Si nous vendons de l’uranium pour alimenter les réacteurs nucléaires, l’Inde pourra utiliser son uranium, qu’elle a en petite quantité, pour son programme d’armement », déplore M. Edwards. Des débats similaires ont eu lieu en Australie cette année, alors que les ventes d’uranium vers l’Inde y ont aussi été autorisées.

     

    L’uranium vendu proviendra uniquement de la Saskatchewan. Il n’y a pas d’exploitation d’uranium au Québec, seulement des dizaines de projets d’exploration. Le BAPE doit rendre public son rapport sur cette activité le mois prochain.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.