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    Coopération internationale

    Les conservateurs en mission de réparation

    La nouvelle politique de financement des organismes de coopération tente de rétablir les ponts… et soulève des questions

    9 février 2015 | Etienne Plamondon Emond - Collaborateur | Canada
    Christian Paradis
    Photo: Justin Tang La Presse canadienne Christian Paradis

    La Semaine du développement international, qui vient de s’achever, a confirmé un changement de ton de la part d’Ottawa envers les organismes de coopération internationale. La Politique de partenariat avec la société civile annoncée jeudi dernier par le ministre du Développement international, Christian Paradis, prévoit des mécanismes de financement prévisibles et réactifs, alors que, depuis 2010, le gouvernement avait adopté une approche, critiquée par plusieurs organismes, fondée sur des appels d’offres.

     

    « Depuis mon arrivée, j’ai demandé que les projets soient basés sur le mérite », a exprimé M. Paradis, en entrevue avec Le Devoir plus tôt cette semaine. Cette condition de financement est d’ailleurs inscrite dans la nouvelle politique. « Ce qu’on ne veut pas, c’est financer sans trop savoir où les fonds sont allés et sans trop comprendre quels sont les résultats [tangibles] ».

     

    L’engagement du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MAECD) d’offrir des mécanismes de financement prévisibles a été salué par le Conseil canadien de la coopération internationale (CCCI) et l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). Ces derniers se sont aussi réjouis de la promesse du MAECD de convoquer annuellement les représentants des Organisations de la société civile (OSC) qui oeuvrent en coopération internationale « pour discuter de la mise en oeuvre de cette politique ». Cette ouverture survient après plusieurs années de relations tendues et houleuses avec le gouvernement conservateur, alors que les anciens ministres Bev Oda et Julian Fantino avaient presque rompu le dialogue avec l’AQOCI et le CCCI.

     

    Plusieurs autres demandes des OSC lors d’une consultation publique organisée l’été dernier ont été intégrées à la politique. En outre, le MAECD s’y montre « déterminé à soutenir les OSC, peu importe, leur taille leur envergure, leur secteur et leur région ». Une bonne nouvelle pour les organismes dont le budget est inférieur à 2 millions, souvent basé loin des grands centres urbains, dont certains craignaient pour leur survie. « Je suis sensible à cette question. Je viens moi-même d’une région et je sais comment ça fonctionne », a affirmé le député de Mégantic-L’Érable. « Il faut tenir compte du fait qu’il y a de petites organisations qui peuvent aussi faire de grandes choses. Maintenant, il faut nous assurer d’arrimer les programmes pour qu’ils leur soient plus accessibles et moins contraignants ».

     

    Réactions tièdes et dangers

     

    « C’est encourageant », a admis Hélène Laverdière, porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement international, après l’annonce de la politique. En revanche, elle a ajouté que « les relations ont tellement été endommagées sous les conservateurs et sous l’effet des coupes des conservateurs et des libéraux, que ça va prendre beaucoup de travail et de temps pour réparer ces dommages ».

     

    Gervais L’Heureux, directeur général de l’AQOCI, émet certaines réserves quant à la mise en oeuvre de la politique en l’absence d’un plan d’action. « Il y a peu de choses qui indiquent ce qui va être fait différemment et ce qui va changer dans les pratiques », juge aussi Stephen Brown, professeur de science politique de l’Université d’Ottawa, spécialisé dans les questions de coopération internationale.

     

    Certaines personnes interrogées par Le Devoir ont déploré l’absence d’une reconnaissance claire de la mission de plaidoyer. Si la politique décrit les OSC comme des acteurs indépendants politiquement, elle mentionne aussi que le MAECD cherchera à établir des partenariats dont les résultats « correspondent aux priorités du Canada en matière d’aide internationale et, plus globalement, à ses priorités de politique étrangère ».

     

    « Il faut qu’on reconnaisse que dans cette idée d’indépendance politique, il faut qu’on ait la possibilité de critiquer le gouvernement. C’est un peu le rôle de la société civile », déclare M. L’Heureux. Il évoque des positions controversées du gouvernement Harper, comme celles sur les changements climatiques, la planification des naissances ou le conflit israélo-palestinien. « Est-ce que [pour les OSC] ça veut dire ne pas avoir de projets en appui aux Palestiniens ? », s’interroge-t-il.

     

    Stephen Brown voit aussi une contradiction entre le désir manifeste d’obtenir des résultats et l’énoncé selon laquelle le MAECD accordera une plus grande importance « à l’incubation d’idées novatrices » et « à la mise à l’essai d’initiatives prometteuses ». « Ça comporte un risque important, dit-il, parce que si on essaie de nouvelles choses — et ça ne veut pas dire que c’est une mauvaise chose — il faut reconnaître qu’il y aura des échecs ».

     

    Partenariats privés

     

    La politique dévoilée jeudi se fait moins insistante au sujet des partenariats avec le secteur privé que l’ébauche soumise lors de la consultation publique. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une préoccupation centrale du gouvernement actuel. Le MAECD travaille actuellement à la création d’un « outil de développement financier », à travers lequel le gouvernement et le secteur privé injecteraient des sommes d’argent destinées à des projets d’aide internationale. Cette approche « permettrait aussi un échange d’expertise, de savoir-faire, de bonnes pratiques et de technologies », a expliqué Christian Paradis en entrevue. Le ministre joue aussi un « rôle actif » sur la scène internationale pour trouver de nouveaux modèles financiers impliquant davantage le secteur privé dans l’aide internationale. Il préside d’ailleurs l’Initiative de la refonte de la finance pour le développement, qui réunit autour de cet objectif des pays comme les États-Unis et la Suède, ainsi que d’autres acteurs comme la Banque mondiale et la fondation Bill et Melinda Gates.

     

    À la question de savoir si son ministère prévoyait mesurer la contribution du secteur privé au développement et établir des mécanismes de reddition de compte pour les entreprises impliquées, Christian Paradis répond que cet enjeu était « fondamental ». « C’est pour ça qu’on a engagé un dialogue avec la société civile en général. »L’AQOCI demande pour sa part la création d’un poste d’ombudsman indépendant à cette fin, jugeant que ce n’est pas à la société civile de jouer ce rôle.













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