Mariage de raison
Joe Clark avait le vague à l'âme lundi, au lendemain de la consécration de l'union entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur. La disparition du parti qu'il a dirigé à deux reprises passait mal. «Cela a été dur pour moi, bien sûr. Certains comparent cela à la mort d'un membre de la famille. Je considère cela plutôt comme la mort de la famille», a-t-il dit à son arrivée à sa dernière réunion du caucus.
M. Clark a beau dire, la fusion du PPC et de l'Alliance canadienne est autant un aveu de son propre échec qu'une opération dictée par la réalité politique actuelle, une réalité d'ailleurs que l'ancien chef progressiste-conservateur a toujours eu de la difficulté à reconnaître et à lire avec justesse.
Il y a encore un an, il parlait toujours de son parti moribond comme de «la seule vraie solution de rechange nationale aux libéraux». De national, le parti n'avait plus que le nom. Joe Clark a bien tenté pendant cinq ans de le relancer, mais il n'y est pas parvenu et c'est un parti mal en point qu'il a cédé à son successeur Peter MacKay en mai dernier. Devant la force du mouvement Martin, le PPC était même promis à une mort rapide lors des prochaines élections, sinon aux suivantes.
Jean Charest lui avait pourtant laissé une meilleure mise. Après l'humiliante défaite de 1993 et la dérisoire récolte de deux sièges, il était parvenu à faire élire 20 députés en 1997 et à récolter près de 2,5 millions de voix, soit 18,8 % des votes valides exprimés. À peine moins que l'Alliance.
En 2000, M. Clark a surfé sur sa propre notoriété, le respect et la confiance qu'il suscitait, ses prises de position les mieux connues et les traditions de son parti. Mais il n'avait pas de programme ou de message capable de frapper l'imagination. Personne ne pouvait dire à quoi ressemblerait un gouvernement conservateur, un fait que lui-même reconnaissait par la suite en entrevue. Résultat: il n'a fait élire que 12 députés, tout juste ce qu'il fallait pour préserver le statut de parti officiel de son parti aux Communes. Et il a perdu au passage environ un million de voix alors que l'Alliance, elle, en obtenait environ 700 000 de plus qu'à l'élection précédente. Les choses ne se sont pas arrangées par la suite, alors que M. Clark s'est égaré dans les méandres d'une coalition parlementaire au détriment du renouvellement de la pensée de son parti.
***
En fin de semaine, son ancienne collègue Flora Macdonald déclarait, pour expliquer son opposition à la disparition du PPC, que ce dernier pourrait rebondir s'il adoptait un plan d'action attirant pour l'électorat et non pas une simple réorganisation de structures.
Or, c'est à peu près tout ce qu'ont fait avec acharnement depuis 10 ans l'Alliance canadienne, autrefois le Reform, et le Parti progressiste-conservateur. Le nouveau Parti conservateur, créé en fin de semaine, court lui aussi le danger de se perdre dans la mécanique et de se heurter à un mur s'il ne fait pas attention. Les prochains mois seront accaparés par la collecte de fonds, la création des nouvelles structures, l'amalgamation des caucus, le choix d'un chef intérimaire, le lancement de la course au leadership avec un congrès à la fin mars et la réorganisation des associations de comté en fonction de la nouvelle carte électorale et ses 308 circonscriptions.
Si les élections ont lieu au printemps, il restera peu de temps à la nouvelle formation pour se concocter un programme qui est non seulement attrayant et cohérent mais qui fait consensus parmi les militants provenant des deux partis. Le programme a été gardé pour la fin, comme si ce n'était que la cerise sur le sundae. C'est pourtant, avec le choix du chef, ce qui distingue un parti.
***
C'est l'incertitude autour de l'orientation définitive du nouveau parti qui explique que des conservateurs socialement progressistes refusent ou hésitent à s'y engager. Contrairement à Joe Clark, à John Herron et au Québécois André Bachand, le député manitobain Rick Borotsik a décidé d'attendre avant de choisir de claquer ou non la porte. Il jugera l'arbre à ses fruits, dit-il, mais il est clair qu'il ne se contentera pas d'un brassage de structures ni n'acceptera des positions trop de droite. «Je veux savoir ce que le parti met en avant. Je dois savoir ce que seront nos politiques et qui assurera le leadership de ce parti.»
Pour l'instant, il n'y a que quelques principes, contenus dans l'entente de principe conclue entre les deux chefs à la mi-octobre. Des principes assez vagues d'ailleurs pour que tout le monde y trouve son compte, y compris des libéraux, mais qui laissent la porte ouverte à tous les désaccords.
«Cette entente que j'ai négociée est enracinée dans nos principes et notre constitution. Cela inclut une plus grande "imputabilité" fiscale, des politiques sociales progressives, des droits et responsabilités individuels, le bilinguisme, l'égalité régionale et une expansion du libre-échange», récitait Peter MacKay en fin de semaine.
Mais il faudra davantage pour convaincre l'électorat et on ignore pour l'instant qui élaborera le futur programme. Selon l'entente d'octobre, un congrès devrait l'adopter, mais on note «que la tenue du premier congrès avant les prochaines élections risque d'être irréalisable». On ne dit pas qui, dans ces circonstances, couchera les politiques du PC sur papier.
Pendant ce temps, Paul Martin, lui, aura accru son avance à pas cadencés. En plus de son organisation qui planche depuis des mois sur des questions de politiques publiques, il a mobilisé son caucus autour de la préparation de son premier discours du Trône. La formation du cabinet vendredi donnera un avant-goût de ses intentions mais aussi du défi qui attend les conservateurs au moment de donner la réplique.
mcornellier@ledevoir.com
M. Clark a beau dire, la fusion du PPC et de l'Alliance canadienne est autant un aveu de son propre échec qu'une opération dictée par la réalité politique actuelle, une réalité d'ailleurs que l'ancien chef progressiste-conservateur a toujours eu de la difficulté à reconnaître et à lire avec justesse.
Il y a encore un an, il parlait toujours de son parti moribond comme de «la seule vraie solution de rechange nationale aux libéraux». De national, le parti n'avait plus que le nom. Joe Clark a bien tenté pendant cinq ans de le relancer, mais il n'y est pas parvenu et c'est un parti mal en point qu'il a cédé à son successeur Peter MacKay en mai dernier. Devant la force du mouvement Martin, le PPC était même promis à une mort rapide lors des prochaines élections, sinon aux suivantes.
Jean Charest lui avait pourtant laissé une meilleure mise. Après l'humiliante défaite de 1993 et la dérisoire récolte de deux sièges, il était parvenu à faire élire 20 députés en 1997 et à récolter près de 2,5 millions de voix, soit 18,8 % des votes valides exprimés. À peine moins que l'Alliance.
En 2000, M. Clark a surfé sur sa propre notoriété, le respect et la confiance qu'il suscitait, ses prises de position les mieux connues et les traditions de son parti. Mais il n'avait pas de programme ou de message capable de frapper l'imagination. Personne ne pouvait dire à quoi ressemblerait un gouvernement conservateur, un fait que lui-même reconnaissait par la suite en entrevue. Résultat: il n'a fait élire que 12 députés, tout juste ce qu'il fallait pour préserver le statut de parti officiel de son parti aux Communes. Et il a perdu au passage environ un million de voix alors que l'Alliance, elle, en obtenait environ 700 000 de plus qu'à l'élection précédente. Les choses ne se sont pas arrangées par la suite, alors que M. Clark s'est égaré dans les méandres d'une coalition parlementaire au détriment du renouvellement de la pensée de son parti.
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En fin de semaine, son ancienne collègue Flora Macdonald déclarait, pour expliquer son opposition à la disparition du PPC, que ce dernier pourrait rebondir s'il adoptait un plan d'action attirant pour l'électorat et non pas une simple réorganisation de structures.
Or, c'est à peu près tout ce qu'ont fait avec acharnement depuis 10 ans l'Alliance canadienne, autrefois le Reform, et le Parti progressiste-conservateur. Le nouveau Parti conservateur, créé en fin de semaine, court lui aussi le danger de se perdre dans la mécanique et de se heurter à un mur s'il ne fait pas attention. Les prochains mois seront accaparés par la collecte de fonds, la création des nouvelles structures, l'amalgamation des caucus, le choix d'un chef intérimaire, le lancement de la course au leadership avec un congrès à la fin mars et la réorganisation des associations de comté en fonction de la nouvelle carte électorale et ses 308 circonscriptions.
Si les élections ont lieu au printemps, il restera peu de temps à la nouvelle formation pour se concocter un programme qui est non seulement attrayant et cohérent mais qui fait consensus parmi les militants provenant des deux partis. Le programme a été gardé pour la fin, comme si ce n'était que la cerise sur le sundae. C'est pourtant, avec le choix du chef, ce qui distingue un parti.
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C'est l'incertitude autour de l'orientation définitive du nouveau parti qui explique que des conservateurs socialement progressistes refusent ou hésitent à s'y engager. Contrairement à Joe Clark, à John Herron et au Québécois André Bachand, le député manitobain Rick Borotsik a décidé d'attendre avant de choisir de claquer ou non la porte. Il jugera l'arbre à ses fruits, dit-il, mais il est clair qu'il ne se contentera pas d'un brassage de structures ni n'acceptera des positions trop de droite. «Je veux savoir ce que le parti met en avant. Je dois savoir ce que seront nos politiques et qui assurera le leadership de ce parti.»
Pour l'instant, il n'y a que quelques principes, contenus dans l'entente de principe conclue entre les deux chefs à la mi-octobre. Des principes assez vagues d'ailleurs pour que tout le monde y trouve son compte, y compris des libéraux, mais qui laissent la porte ouverte à tous les désaccords.
«Cette entente que j'ai négociée est enracinée dans nos principes et notre constitution. Cela inclut une plus grande "imputabilité" fiscale, des politiques sociales progressives, des droits et responsabilités individuels, le bilinguisme, l'égalité régionale et une expansion du libre-échange», récitait Peter MacKay en fin de semaine.
Mais il faudra davantage pour convaincre l'électorat et on ignore pour l'instant qui élaborera le futur programme. Selon l'entente d'octobre, un congrès devrait l'adopter, mais on note «que la tenue du premier congrès avant les prochaines élections risque d'être irréalisable». On ne dit pas qui, dans ces circonstances, couchera les politiques du PC sur papier.
Pendant ce temps, Paul Martin, lui, aura accru son avance à pas cadencés. En plus de son organisation qui planche depuis des mois sur des questions de politiques publiques, il a mobilisé son caucus autour de la préparation de son premier discours du Trône. La formation du cabinet vendredi donnera un avant-goût de ses intentions mais aussi du défi qui attend les conservateurs au moment de donner la réplique.
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