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    «Je donne ce prix à ceux qui défendent le pays réel»

    24 novembre 2014 | Gabriel Nadeau-Dubois - Lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général 2014 et candidat à la maîtrise en sociologie à l’UQAM | Canada
    Gabriel Nadeau-Dubois dénonce « la mollesse et l’indécision du gouvernement libéral » dans les dossiers des projets d’oléoducs passant par le Québec.
    Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois dénonce « la mollesse et l’indécision du gouvernement libéral » dans les dossiers des projets d’oléoducs passant par le Québec.

    La semaine dernière, le Conseil des arts du Canada m’a décerné le Prix littéraire du Gouverneur général pour mon essai Tenir tête. Cet honneur s’accompagne d’une bourse de 25 000 $. Je ne m’attendais pas à recevoir un tel prix et, une fois la surprise passée, j’ai été saisi d’un étrange sentiment, un mélange de fierté et d’embarras. J’ai été très touché par cette récompense, mais le contreseing monarchiste qui l’accompagne m’enchante moins. Mes convictions indépendantistes, ma sensibilité progressiste, ma conception de la démocratie, peut-être aussi l’habitude de voir les représentants actuels du pouvoir mépriser ces valeurs, me prédisposaient à refuser ce prix. Sur le coup, c’est ce que j’ai cru devoir faire.

     

    Après réflexion, j’ai changé d’idée. Il ne faut pas confondre le nom et la chose. Ce prix est remis par un jury de pairs, composé de femmes et d’hommes du monde des arts et des lettres. Attribué par une institution publique, le Conseil des arts du Canada, il rappelle l’attachement de la société à la culture, à la pensée et la littérature, qui sont des conditions essentielles de la liberté. Ce rappel importe à une époque où le pouvoir exécutif se méfie des intellectuels, où l’appareil d’État muselle la science, où le premier ministre recommande d’user de la sociologie avec modération. L’asservissement est toujours une ignorance imposée, la démocratie nécessairement un savoir partagé. Mon essai, Tenir tête, qui raconte la grève étudiante de 2012, repose sur cette conviction.

     

    La liste des lauréats de ce prix est intimidante. Elle est aussi inspirante. En 1968, Fernand Dumont a reçu le même prix que moi. Il a décidé de l’accepter, mais il s’est empressé de remettre son chèque à René Lévesque. Pourquoi ? Parce que l’homme politique se battait pour faire entrer dans la réalité les idées que les livres de Dumont défendaient. L’an dernier, la jeune poète autochtone Katherena Vermette acceptait elle aussi l’honneur, en spécifiant qu’elle l’utiliserait pour défendre l’autodétermination des Premières Nations. Je pense aussi qu’il ne suffit pas d’honorer les idées, qu’il importe surtout de leur donner vie. Au lieu de refuser le prix symboliquement, j’ai décidé d’y voir une occasion de faire avancer les choses concrètement.

     

    Pétro-fédéralisme

     

    Le Québec est actuellement à la croisée des chemins. Le gouvernement conservateur, appuyé par les deux autres partis fédéralistes, soutient les compagnies pétrolières canadiennes qui désirent transformer le pays en autoroute pour le pétrole sale de l’Alberta. Ces projets d’oléoducs, en premier lieu le controversé Energy East, font peser sur notre environnement des risques démesurés au regard des avantages économiques dérisoires qu’on en retirera. Ce qui est aujourd’hui menacé c’est l’intégrité de toute la vallée du Saint-Laurent, le coeur de notre pays réel.

     

    La mollesse et l’indécision du gouvernement libéral dans ces dossiers s’expliquent surtout par son acceptation aveugle du pétro-fédéralisme canadien. Comme le montrent ses déclarations récentes, Philippe Couillard adhère passivement au projet insensé d’une intégration de tout le Canada aux intérêts pétroliers de l’Ouest, au mépris des peuples qui y vivent. Pour ma part, je suis convaincu que, main dans la main avec les Premières Nations, on ne doit pas renoncer à demeurer maîtres chez nous.

     

    Chaque jour, les rapports affolants des scientifiques nous mettent en garde contre le désastre économique que représente le réchauffement de la planète, auquel contribue plus qu’il ne faut ce pétrole sale. À Ottawa, on refuse d’écouter ces savants. On refuse de soumettre au principe de réalité le désir de gains faciles. Le pétro-fédéralisme vit dans le déni, l’ignorance délibérée des conséquences de ses actes, il est le gouvernement des irresponsables.

     

    N’en déplaise à ceux qui désirent vendre le Québec pour un plat de lentilles, de plus en plus de gens s’opposent à cette dépossession. Dans les derniers mois, des citoyens et des citoyennes de partout s’organisent au sein de la campagne « Coule pas chez nous ! », afin de rappeler au gouvernement fédéral et aux notables de province, que nous avons les moyens de choisir une autre voie pour notre prospérité collective : celle de l’autodétermination économique et politique.

     

    J’ai donc décidé de donner les 25 000 $ qui accompagnent le prix à la campagne « Coule pas chez nous ! ». Dès aujourd’hui, j’invite l’ensemble de la population à se joindre à moi afin de doubler ce montant, en faisant un don sur le site doublonslamise.org. Joignez-vous à moi pour aider ceux et celles qui défendent les intérêts collectifs du Québec.













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