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    Campagne de 2011

    Les médias ethniques ont choyé les conservateurs

    Plus d’espace a été consacré au PCC qu’aux autres partis

    15 octobre 2014 |Guillaume Bourgault-Côté | Canada
    Près de 75 % des Canadiens d’origine chinoise ou sud-asiatique continuaient de lire ou d’écouter au moins une fois par semaine un média ethnique.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Près de 75 % des Canadiens d’origine chinoise ou sud-asiatique continuaient de lire ou d’écouter au moins une fois par semaine un média ethnique.

    La grande attention portée par les conservateurs aux médias « ethniques » lors de la dernière campagne électorale semble avoir porté ses fruits. Les conservateurs auraient en effet bénéficié d’une meilleure couverture de la part de ces médias, révèle une étude menée par l’Université Ryerson.

     

    C’est par la quantité d’articles consacrés à leur sujet que les conservateurs ont touché la cible, note la professeure April Lindgren. « L’analyse des contenus n’a pas permis de dégager de tendance nette où les nouvelles seraient explicitement biaisées [en leur faveur]. Mais le PCC a profité d’une couverture plus large que ses adversaires », résume-t-elle dans son étude (à paraître dans la Revue canadienne de science politique).

     

    Les médias ciblés pour l’enquête ont par exemple publié plus de photos des candidats conservateurs que de leurs opposants, et ils ont aussi plus souvent cité les conservateurs en premier dans les articles (donnant ainsi l’impression qu’ils donnaient le ton au débat), montre Mme Lindgren.

     

    Différents facteurs peuvent expliquer ce succès. Les conservateurs étaient le parti au pouvoir, et ils ont été très habiles à fournir à des médias aux moyens limités des images et des reportages pratiquement « prêts à publication », note l’étude. Mais peu importe : au final, le message conservateur est passé. Et bien passé.

     

    À la question de savoir si la stratégie des conservateurs de cibler les médias ethniques a été payante, April Lindgren répond ainsi que les « résultats suggèrent que ça n’a certainement pas nui » à leurs bons résultats électoraux.

     

    Cinq médias

     

    L’étude a passé au peigne fin la couverture de la campagne 2011 faite par cinq journaux ethnoculturels de la région de Toronto. Le Russian Express, le Korea Times Daily, le Canadian Punjabi Post, le Punjabi Daily et le Ming Pao (mandarin et cantonnais) ont été choisis parce qu’ils publient dans des langues parlées par un « nombre substantiel » d’électeurs et qu’ils ont des tirages importants.

     

    Pour les politiciens, ces journaux constituent une manière sûre de rejoindre un public désormais incontournable pour qui veut obtenir une majorité à Ottawa. Une étude menée en 2006 dans les trois grandes villes d’immigration au Canada montrait que 75 % des Canadiens d’origine chinoise ou sud-asiatique continuaient de lire ou d’écouter au moins une fois par semaine un média ethnique. Une autre étude menée en 2007 à Toronto et à Vancouver disait pour sa part que la moitié des immigrants chinois ne lisaient que des publications dans leur langue.

     

    Les conservateurs ont bien compris l’importance de ces médias. Et ils les suivent de près (en plus de leur accorder des entrevues exclusives qu’ils refusent à d’autres). En novembre 2012, La Presse canadienne avait révélé que Citoyenneté et Immigration Canada — ministère alors dirigé par Jason Kenney, chargé de mission de Stephen Harper auprès des communautés culturelles — avait dépensé près de 750 000 $ en trois ans pour assurer une vigile médiatique du contenu des publications ethniques.

     

    Depuis leur arrivée au pouvoir en 2006, les conservateurs ont plus largement déployé beaucoup d’efforts pour ravir aux libéraux le vote des électeurs membres d’une communauté culturelle (notamment en jouant la carte du conservatisme social).

     

    Un document coulé aux médias en mars 2011 montrait qu’en prévision de la campagne qui allait suivre, les conservateurs avaient ciblé 10 circonscriptions à forte composition ethnique — comprenant surtout des Asiatiques du Sud, des Chinois, des Juifs et des Ukrainiens. « Il y a beaucoup de votants ethniques. Il y en aura encore plus sous peu. Ils habitent là où nous avons besoin de gagner », résumait Jason Kenney. Dans la région de Toronto, les cinq circonscriptions ciblées par M. Kenney ont toutes été remportées par les conservateurs, rappelle l’étude de Mme Lindgren.

     

    Sujets autres

     

    Les travaux de Mme Lindgren montrent par ailleurs que les centres d’intérêt des médias ethniques ont été sensiblement différents de ceux des médias nationaux pendant la campagne de 2011. Les premiers se sont bien sûr intéressés de près aux luttes impliquant des candidats issus de leur communauté, ou encore à celles se déroulant dans des circonscriptions où ladite communauté était très présente.

     

    Mais l’étude montre aussi que les médias ethniques ont fait beaucoup de place à un thème martelé par Stephen Harper tout au long de la campagne, soit celui de la supposée menace d’une coalition libérale-néodémocrate-bloquiste, abondamment qualifiée de « broche à foin ». Dans le groupe de médias analysés, ce fut là le sujet le plus souvent traité, suivi des questions d’immigration, de leadership et de santé. Pendant ce temps, les médias anglophones nationaux parlaient surtout d’économie, de défense ou d’affaires étrangères, indique l’étude.













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