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Le nouveau chef prépare son premier cabinet - John Manley quitte la politique

29 novembre 2003  Canada
Ottawa - Le changement de garde à Ottawa a fait une première victime. Le ministre des Finances, John Manley, a annoncé qu'il quittait la politique et qu'il réfléchissait aux occasions qui s'offrent à lui, dont celle de Paul Martin qui l'invite à devenir ambassadeur du Canada à Washington.

Lors d'un point de presse, hier matin, M. Manley a confirmé qu'il ne serait plus ministre à compter du 12 décembre, date d'arrivée au pouvoir de M. Martin, et qu'il ne serait pas candidat libéral dans la circonscription d'Ottawa-Sud aux prochaines élections fédérales.

Placé devant la réalité d'un changement d'équipe où, visiblement, aucun rôle important ne lui serait accordé, M. Manley s'est évité l'insulte de rester sur le carreau après la composition du premier conseil des ministres de M. Martin. Interrogé sur les raisons qui l'ont amené à prendre cette décision, le vice-premier ministre a nié que le facteur Paul Martin ait eu une influence sur son choix.

«Ce n'est pas une question reliée à M. Martin, c'est une question pour John Manley. J'ai décidé d'être responsable de mon avenir, de ma vie, et de faire des choix pour moi», a martelé M. Manley, en point de presse, précisant avec un trémolo dans la voix qu'il s'agissait d'une décision difficile à prendre.

Avocat de formation, l'homme de 53 ans a dit vouloir passer à autre chose et relever de nouveaux défis. «Je vais prendre le temps d'envisager les options qui s'offrent à moi et de décider de mon avenir», a répondu M. Manley aux journalistes qui le questionnaient sur un éventuel emploi.

C'était quelques minutes avant que le futur premier ministre ne révèle, en conférence de presse, qu'il avait offert le poste d'ambassadeur du Canada à Washington à M. Manley. «C'est un poste qui est très important [...]. Nos relations avec les États-Unis sont très importantes et vraiment, l'une des clés, c'est le poste d'ambassadeur», a fait valoir M. Martin. Ce dernier a dû se défendre de n'offrir qu'un prix de consolation, plutôt qu'un poste de ministre, à celui qui est tout de même l'actuel numéro deux du gouvernement de Jean Chrétien.

La rumeur envoyant M. Manley dans la capitale américaine courait depuis quelque temps, à Ottawa, le principal intéressé prenant bien soin de ne jamais la confirmer. En entrevue, hier, le ministre des Finances a cependant admis à mots couverts qu'il pourrait être intéressé par ce travail, avouant qu'il ne peut imaginer sa vie sans un engagement envers le public.

«Est-ce que je suis prêt à dévouer le reste de ma vie à faire seulement de l'argent? La réponse est non», a-t-il noté, mentionnant au passage avoir reçu une offre pour diriger la société d'État Ontario Power Generation.

Il s'agit du premier départ annoncé d'un ministre du gouvernement Chrétien, mais ce ne sera pas le dernier. La liste des ministres actuels qui devront retourner sur les banquettes arrière des Communes sera longue, si l'on en croit les informations provenant de l'entourage de M. Martin. Selon ces informations, il n'y aurait que trois ou quatre ministres actuels qui conserveraient un emploi au sein du futur cabinet.

Parmi ceux qui ne seront pas recrutés, les plus chanceux pourraient bénéficier des bonnes grâces de M. Chrétien qui dispose encore de deux semaines pour faire des nominations partisanes en guise de remerciement pour ses plus proches fidèles, avant son départ le 12 décembre. Parmi ces derniers, les noms de Don Boudria, de Sheila Copps, de Jane Stewart et de David Collenette font régulièrement surface.

Bien qu'on ne le dise pas ouvertement, de telles nominations seraient les bienvenues dans le clan Martin qui se verrait débarrassé de l'odieux de congédier des députés et ministres de longue date.

D'autres savent déjà qu'ils feraient mieux de commencer à regarder ailleurs et à envisager de quitter la politique. C'est le cas de Martin Cauchon, qui pourrait aller pratiquer le droit quelques années avant de revenir en force en politique.

Ce genre de scénario pourrait aussi s'appliquer à John Manley, qui ne met pas une croix sur un retour en politique. «On ne dit jamais non pour toujours, a-t-il dit, faisant une analogie avec un célèbre joueur de hockey. Mario Lemieux est retourné compter quelques buts.»

John Manley a été élu pour la première fois à la Chambre des communes en 1988. Avant d'être nommé ministre des Finances et vice-premier ministre, il a également été ministre de l'Industrie et ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Jean Chrétien.

Il a affronté Paul Martin dans la course au leadership avant de se retirer à quelques mois du congrès d'investiture.






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