Les prostituées continuent d’écoper, déplorent des organismes

Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir

La Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution se réjouit de voir les clients criminalisés, en vertu du projet de loi C-36 déposé par le gouvernement fédéral cette semaine. Elle est cependant très déçue que les prostituées de rue, qui sont pourtant les plus exposées aux arrestations, demeurent criminalisées.

 

Pour Diane Matte, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle, le gouvernement fédéral n’offre qu’une mauvaise application du modèle nordique de lutte contre la prostitution, entre autres parce qu’il ne s’attaque pas aux causes de la prostitution, dont la pauvreté.

 

Il est aussi clair selon elle que les lois actuelles pénalisent largement les femmes et les hommes qui se prostituent, plutôt que ceux qui en profitent. Selon elle, « tout le monde sait » que la police, à travers le Canada, traque les femmes qui se prostituent mais tolèrent les bordels. « Les proxénètes et les clients peuvent courir et exploiter des femmes de tous les âges impunément », dit-elle.

 

Lee Lakeman, de l’Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel, va dans le même sens.

 

« La vigilance sera de mise pour vérifier que la loi sera imposée aux hommes qui achètent du sexe et non aux femmes qui en vendent. Les propositions de peines accrues dans cette situation sont à la fois désolantes et peu convaincantes puisque les hommes ne sont presque jamais arrêtés et encore moins condamnés efficacement. »

 

Exploitation

 

La Confédération des syndicats nationaux considère elle aussi que la prostitution est une forme d’exploitation des femmes et de violence envers elles. Pour Marie-France Benoît, de la CSN, on ne doit pas pouvoir acheter le corps d’une femme, de la même façon qu’on ne peut pas acheter des organes humains, dit-elle. Michelle Audette, de l’Association des femmes autochtones du Canada, réitère que « la prostitution exploite les femmes et aggrave les inégalités fondées sur le sexe, la race, l’âge, les handicaps et la pauvreté ».

Sous la loupe de la Cour suprême ?

Le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois suggèrent à Ottawa de soumettre en renvoi à la Cour suprême son projet de loi sur la prostitution pour tester sa constitutionnalité. Les deux partis pensent qu’Ottawa n’a pas trouvé la bonne solution législative pour éviter aux prostituées de mettre leur vie en danger. « Va-t-on revivre Bedford 2 ? C’est pourquoi ce serait prudent de déférer la question à la Cour suprême », a dit la néodémocrate Françoise Boivin. Le bloquiste Jean-François Fortin croit que le projet de loi « passe à côté de l’essentiel. Il ne permettra pas de protéger les femmes. » Son objectif est peut-être louable, dit-il, mais il « engendrera le contraire, en forçant les femmes vers la clandestinité ». Le Parti vert dénonce lui aussi le projet de loi C-36 et pense qu’il est temps de songer à décriminaliser et réglementer la prostitution. Les libéraux ne se sont pas encore prononcés. Ni Thomas Mulcair ni Justin Trudeau n’ont jusqu’à présent dit comment eux répondraient à la décision de la Cour suprême. Hélène Buzzetti
5 commentaires
  • Marc Villeneuve - Inscrit 6 juin 2014 08 h 17

    La plus vielle profession

    Les conservateurs et les puritains des pays nordiques veulent nous faire croire que la prostitution peût etre éradiquée?Voyons donc!

    L'appétit sexuel du mâle humain est volcanique.Ç'est l'héritage d'un ère ou la mortalité infantile était beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui.Mère nature nous a équipé des instincts sexuels nécessaires ä la survie de l'espèce,afin de surmonter les obstacles sociaux,physiques et biologiques d'un temps plus primitif.

    La réalité d'aujourd'hui:plus de 40% des ménages sont composés d'une seule personne.C'est la complexité de la société qui en est la cause.Culpabiliser la prostitution est aussi illogique et aveugle que d'empêcher l'enseignement de Darwin à l'école.

    • Étienne Duclos-Murphy - Inscrit 6 juin 2014 10 h 19

      L'appétit sexuel d'un homme n'a rien à voir avec la drogue, l'argent, le mal, la souffrance, les viols..... la prostitution si parcontre... elle vient avec son énorme lot de malheur...

      En tant qu'homme, je vais contrôller mes "instincts sexuels nécessaire à la survie de l'espèce" comme vous dites... OU, je vais tout simplement aller chercher ce que je veux, de par mes qualités et non de par mon argent, en n'abusant pas de femme qui majoritairement du temps sont des victimes.

    • Louise Gagnon - Inscrite 6 juin 2014 10 h 43

      M. Villeneuve.
      Vous avez tout faux.
      En voici la preuve.

      http://www.sosfemmes.com/sexwork/doc/mansson_trad.

      La prostitution est fabriquée de toute pièces et elle sera éradiquée.
      Les hommes apprennent de plus en plus à aimer, à comprendre, à respecter les femmes et à s'émerveiller des bonheurs intenses, toujours différents qui illuminent le corps et l'âme de deux personnes qui s'aiment et se respectent. Ceux qui font appel à la prostitution ne savent pas ce dont ils se privent par ignorance, fausse image de soi ou autre. Dans l'article vous verrez que des cliniques s'organisent pour venir à leur rescousses.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 6 juin 2014 11 h 35

      @M. Villeneuve

      Plusieurs groupes de femmes affirment que la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, mais bien le plus vieux mensonge du monde : une des plus grandes violences faites aux femmes, une atteinte à leurs droits et à leur dignité.

      On voit rarement activité aussi dangereuse : jusqu’à 40 % des femmes dans la prostitution en meurent (notamment des femmes autochtones au Canada). De 60 à 80 % des femmes sont victimes de violences graves (menaces armées, assauts physiques, viols) au cours de leurs activités prostitutionnelles et plusieurs soufrent de symptômes du stress post-traumatique (SSPT).

      Un autre mythe est l’«utilité sociale » de la prostitution, notamment pour les hommes seuls, ou qui ne trouvent pas de partenaires à cause de leur timidité, d’une laideur (relative) ou encore d’un handicap. Selon des recherches internationales, les prostitueurs sont des hommes mariés ou dans une relation; ce sont des hommes qui ont tendance à avoir un grand nombre de partenaires (même en dehors de la prostitution). L’ «utilisation » de la prostitution est également différente selon la culture des pays; par exemple la Grande-Bretagne est un des pays où l’on «consomme» peu de prostitution.

      La majorité des hommes qui consomme de la prostitution affirme également qu’il n’accepterait pas qu’une femme de leur entourage fasse cette activité.

      Cette activité étroitement reliée à la vente et la consommation de drogues, au crime organisé et aux gangs de rue est inacceptable dans une société égalitaire.

      Dans son Avis sur la prostitution – Il est temps d’agir, le CSF mentionne que des oppositions ont aussi eu lieu lorsqu’on a voulu éradiquer l’esclavage, la violence conjugale et les discriminations envers les femmes. Mais les droits des personnes ont été les plus forts, même si ces problématiques ne sont pas totalement éradiquées.

  • Johanne St-Amour - Abonnée 6 juin 2014 08 h 55

    La culture de la prostitution!

    Après les luttes contre la culture du viol, on doit combattre la culture de la prostitution. C'est la base du modèle nordique, d'ailleurs: le message envoyé à la société suédoise est que la prostitution est une violence faite aux femmes, une atteinte à l'égalité, aux droits et à la dignité des femmes.

    Le projet de loi C-36 est un bon pas pour la lutte de la culture de la prostitution. Il souligne l'exploitation des femmes et les inégalités. Mais je suis d'avis que le gouvernement Harper devrait décriminaliser totalement les prostituées.

    Les propos des libéraux, des néo-démocrates et des bloquistes allant dans le sens d'une légitimation de la prostitution sont choquants. Ils entérinent les prétextes trompeurs des groupes pro-prostitution. Ce sont des ornières que de ne pas voir que la clandestinité et la violence sont inhérentes à la prostitution. Le premier moyen pour assurer la sécurité des femmes est de criminaliser tout ceux qui en tirent profits. Ces députés et partisans banalisent la prostitution et rabaissent les femmes (des hommes et des personnes vulnérables) à des objets, à des marchandises.

    En plus d'apporter un soutien financier aux personnes qui désirent sortir de la prostitution, il serait intéressant que le gouvernement consacre de l'argent à éduquer la population indiquant que la prostitution n'est pas acceptable, comme on l'a fait en Suède.

    J'ajouterais, comme l'a si bien écrit Lise Ravay, qu'il serait intéressant de savoir qui se cache derrièrre le lobby pro-prostitution, une activité liée au crime organisé et aux gangs de rue, une activité qui rapporte des miliards, notamment lors d'événements comme le Grand Prix!