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    Les patriotes aux oubliettes

    Comment le fédéral occulte une page fondamentale de notre histoire à Québec

    17 mai 2014 | Gaston Deschênes - Auteur, entre autres, de L’année des Anglais, Le Parlement de Québec, L’affaire Michaud, publiés au Septentrion. Il tient un blogue sur le site de l’éditeur : blogue.septentrion.qc.ca/gaston-deschenes | Canada
    Vue du Palais épiscopal de Québec au lendemain du siège de 1759
    Photo: Banque d’images de la revue d’histoire Cap-aux-Diamants Vue du Palais épiscopal de Québec au lendemain du siège de 1759

    Situé au sommet de la côte de la Montagne, dans le Vieux-Québec, le parc Montmorency a été successivement un cimetière, un lieu de pouvoir religieux et civil, un site militaire stratégique et un parc urbain.

     

    En 2010, il a été fermé quelques mois, le temps que Parcs Canada effectue des travaux visant à « redonner aux utilisateurs de ce parc un espace d’une grande beauté » et à permettre « une meilleure compréhension des motifs qui font de ce lieu un site d’importance historique nationale ». Le parc a ensuite été rouvert sans tambour ni trompette, de telle sorte que peu de gens ont pris connaissance des moyens mis en oeuvre pour en améliorer la « compréhension ».

     

    Afin de rappeler pourquoi le parc Montmorency a été désigné « lieu d’importance historique nationale » par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en 1949, les traces des deux édifices ayant abrité l’Assemblée législative du Canada-Uni entre 1841 et 1866 ont été marquées au sol avec une sorte de pavé et un panneau d’interprétation explique dans quel contexte les parlementaires ont été amenés à siéger à Québec à deux reprises au milieu du XIXe siècle.

     

    Parc Montmorency-tracé au sol

     

    Les parlementaires du Canada-Uni avaient d’abord siégé à Kingston, une petite ville qui ne leur convenait pas, puis à Montréal, où des émeutiers tories ont incendié leur édifice en 1849. Incapables de s’entendre sur l’emplacement de la capitale, ils décident de siéger alternativement à Toronto et à Québec. Le tour de Québec étant arrivé, l’édifice laissé inachevé en 1837 est complété à la hâte et le Parlement l’occupe d’août 1852 à février 1854. Manque de chance, un autre incendie l’oblige à se réfugier dans la Salle de musique, où il siège jusqu’en mai 1855.

     

    Fatigués des voyages et toujours incapables de s’entendre, les députés demandent à la reine de régler la question et, en 1857, Victoria choisit Bytown. En attendant la construction d’un édifice parlementaire dans ce bled qui deviendra Ottawa, et pour apaiser la future « Vieille Capitale », on revient siéger temporairement à Québec dans un édifice quelconque qui devait devenir un bureau de poste une fois les parlementaires partis pour la nouvelle capitale. C’est à cet endroit qu’ont lieu la Conférence de Québec en 1864 et le débat de 1865 où sont adoptées les résolutions qui ont servi de base à la Loi constitutionnelle de 1867.

     

    Parlement 1859-1883

     

    C’est donc pour souligner ces deux brefs passages à Québec (moins de dix ans au total, et en bonne partie comme « prix de con- solation ») que Parcs Canada a marqué le contour des fondations des deux bâti- ments utilisés par les parlementaires du Canada-Uni, en oubliant le plus important des trois édifices parlementaires qui ont existé sur ce site, celui où les premiers parlementaires du Bas-Canada se sont réunis en décembre 1792. On connaît pourtant très bien l’emplacement de ce bâtiment, la chapelle du Palais épiscopal, où les députés du Bas-Canada ont siégé pendant plus de 40 ans et où ils ont mené, sous la direction des Pierre Bédard et Louis-Joseph Papineau, leurs inlassables combats pour donner au Parlement les pouvoirs dont la Constitution de 1791 l’avait privé. Dans la nouvelle « compréhension » suggérée aux usagers, les origines des institutions québécoises et les luttes parlementaires des patriotes sont passées aux oubliettes.

     

    Chapelle

     

    Les actes de commémoration ne man- quent pas dans ce parc. On y trouve notamment une croix et une plaque rappelant l’emplacement du premier cimetière de Québec, un monument à Louis Hébert, une plaque évoquant le lieu de réunion de l’Assemblée législative de la province du Canada, une autre plaque pour marquer l’endroit où le pacte confédératif a été signé, un monument à la mémoire de George-Étienne Cartier, un des Pères de la Confédération, mais rien pour rappeler une période épique de notre histoire politique que la page Internet du « Lieu historique national du Parc-Montmorency » expédie en six mots : « Période trouble qui suit l’Acte constitutionnel ».

     

    Au fond, s’il y a quelque chose de « trouble » (c.-à-d., en français, pas limpide, pas net, voire suspect) dans le parc Montmorency, c’est bien le message de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada (repris par Parcs Canada 60 ans plus tard) qui oc- culte une page fondamentale de l’histoire du Québec.

     
     
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