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Deux équipes, une à Ottawa et l'autre au Québec - Mission accomplie pour la garde prétorienne de Paul Martin

Manon Cornellier   15 novembre 2003  Canada
Paul Martin a manifesté sa joie à Sheila Copps, qui s’adressait aux délégués hier au congrès à la direction du Parti libéral du Canada.
Photo : Agence Reuters
Paul Martin a manifesté sa joie à Sheila Copps, qui s’adressait aux délégués hier au congrès à la direction du Parti libéral du Canada.
Paul Martin a enfin sa couronne, un prix qu'il doit non seulement à son travail mais à une équipe sans équivalent au Canada. Deux, en fait: «The Board» à Ottawa et une autre, essentiellement régionale, au Québec. Deux clans tissés serré et aux origines différentes.

Le premier groupe a commencé à s'assembler dès le début des années 80, à travers les jeunes libéraux, et forme aujourd'hui une véritable garde prétorienne autour de Paul Martin. Cette équipe de gens presque tous quadragénaires est un mélange de complices de longue date et de nouveaux convertis, mais ils ont tous en commun une forte influence sur leur candidat, une loyauté indéfectible et une détermination peu commune à serrer les rangs pour le protéger de tout faux pas et de toute attaque. Il fut même un temps, avant que son organisation officielle ne prenne son envol, en 1997, où certains de ses lieutenants semblaient avoir plus d'ambition pour Paul Martin que celui-ci en avait pour lui-même.

Au coeur de cette équipe, deux personnes à l'influence inégalée: Terrie O'Leary et David Herle, ce dernier ayant été le directeur de la campagne qui vient de prendre fin. Mme O'Leary a fait la connaissance de Paul Martin en 1982 lorsqu'elle l'avait invité à faire un discours dans le cadre d'un congrès des jeunes libéraux. Après l'avoir un peu perdu de vue, elle a travaillé pour sa campagne au leadership en 1990 pour ensuite devenir sa principale assistante à Ottawa puis son chef de cabinet quand il a été nommé ministre des Finances. Âgée de 43 ans, elle est considérée comme sa conseillère la plus proche et la plus influente.

David Herle, 41 ans, a connu Paul Martin alors qu'il faisait partie des jeunes libéraux de la Saskatchewan et est devenu son guide dans cette province. En 1985, il sollicite un emploi à CSL et l'obtient. Par la suite, il sera de toutes les batailles de Paul Martin: élections, campagnes au leadership, préparation des budgets. C'est à titre d'associé d'Earnscliffe Strategy Group qu'il fera ce travail, en compagnie de Mike Robinson et d'Ellie Alboim, un ancien journaliste devenu consultant au cours des années 90.

M. Robinson n'est d'ailleurs pas très loin derrière Mme O'Leary et M. Herle en matière d'influence. Il a connu le nouveau chef libéral au début des années 80 à travers un groupe de réflexion sur la politique publique, a coordonné sa campagne au leadership de 1990 et est toujours resté un conseiller de Paul Martin. Parmi les autres membres de l'équipe d'Ottawa, on retrouve Richard Mahoney, un avocat d'Ottawa qui fut le premier assistant du député Paul Martin et qui espère maintenant être candidat dans Ottawa-Centre. Même s'ils se sont associés à M. Martin au cours des dernières années seulement, ses deux conseillers en communication, Scott Reid et Brian Guest, sont devenus tout aussi incontournables.

Société distincte

L'équipe québécoise, largement autonome et assurée du dernier mot sur tout ce qui touche le Québec, ne compte pas un noyau aussi ancien que le groupe d'Ottawa. Dennis Dawson est peut-être le seul à avoir, auprès de Paul Martin, d'aussi longs états de service que les plus vieux conseillers canadiens-anglais de celui-ci. Les deux hommes se sont connus au début des années 80 et se sont rapprochés lors de la course au leadership de 1984 alors que Paul Martin présidait les débats des candidats. Lorsque M. Dawson, député, fut défait en 1984, Paul Martin fut un des rares à prendre de ses nouvelles. L'année suivante, Dennis Dawson est entré au service de CSL, où l'a rejoint David Herle. En 1988, Dawson a organisé la première campagne de Paul Martin, dans LaSalle-Émard, puis la deuxième pendant la course au leadership de 1990.

Pour la course qui vient de se terminer, il travaillait de concert entre autres avec l'influent Francis Fox, un ancien ministre de Pierre Trudeau, le spécialiste en communications André Morrow, l'ancienne attachée de presse de Daniel Johnson, Anne Champoux, l'adjointe de comté de toujours de M. Martin, Lucie Castelli, l'ancien président du PLQ, Jacques Lamoureux, et le nouveau directeur du PLC Québec, Richard Mimeau.

Cette étrange organisation bicéphale est chapeautée par ce que les anglophones ont surnommé «The Board», le noyau de l'équipe, qui discute chaque matin, par conférence téléphonique, des décisions à prendre, des événements à venir, de la stratégie à adopter.

Parmi cette quinzaine de personnes, deux Québécois: Dennis Dawson et Pietro Perrino, qui, il y a quelques années, a mis ses talents d'organisateur, acquis au sein du Parti libéral du Québec, au profit de Paul Martin.

Dennis Dawson soutient que sa participation et celle de Pietro Perrino ont assuré aux Québécois un poids équivalent à celui du reste de l'équipe. La réalité veut cependant que ce soit le groupe d'Ottawa, en contact permanent avec le candidat, qui contrôle l'essentiel des détails de l'organisation à l'échelle du pays. Parmi ceux qui occupent des postes de grandes responsabilités, un seul est Québécois. Il s'agit de Paul Corriveau, qui a coordonné le processus de réflexion politique entamé au sein d'une vingtaine de groupes de travail.

Au cours de ses voyages, des débats et des forums tenus à travers le pays, Paul Martin était toujours accompagné par les gens d'Ottawa mais pas nécessairement par des membres de l'équipe québécoise. L'équipe de la capitale fédérale était aussi dans les parages lors du forum de Montréal et du débat de Saint-Hyacinthe.

À l'avenir

La question est maintenant de savoir qui, dans ce groupe tricoté serré, suivra Paul Martin au bureau du premier ministre. Une seule chose est certaine, a confié un conseiller de M. Martin: son chef de cabinet actuel, Tim Murphy, devrait hériter du même titre après la passation des pouvoirs. Aucun autre poste n'aurait été attribué, a affirmé ce conseiller.

M. Murphy, un ancien député ontarien et président du Parti libéral de l'Ontario, a rejoint l'équipe Martin en 2001 pour devenir le chef de cabinet au ministère des Finances. Lorsque son patron a été évincé du cabinet, en juin 2002, il l'a suivi plutôt que de retourner pratiquer le droit dans le grand bureau d'avocats de Toronto où il travaillait avant d'arriver à Ottawa.

En fait, personne ne veut s'avancer, mais il semble que la plupart de ses plus proches alliés et amis ne veuillent pas faire le saut. O'Leary préférerait travailler dans le secteur privé. Herle voudrait rester à Earnscliffe, tout comme Mike Robinson. «Personnellement, je n'envisage aucun changement de quelque sorte que ce soit», disait ce dernier hier.

Même réflexe au sein de l'équipe québécoise. Dennis Dawson a déjà indiqué qu'il comptait poursuivre sa carrière de consultant chez Hill & Knowlton, à Québec. Pietro Perrino, qui est davantage un organisateur qu'un concepteur de politique publique,

ne montre aucun enthousiasme à l'idée

d'un déménagement à Ottawa. Francis Fox aurait rejeté l'idée de se porter candidat aux élections.

Cela n'empêchera pas plusieurs d'entre eux, tant au Québec qu'ailleurs, de jouer les éminences grises puisque Paul Martin est reconnu pour ses consultations étendues, y compris auprès de ceux qui ont quitté son service, parfois depuis des années. C'est par exemple le cas de Benoît Labonté, président permanent de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui a travaillé pour lui il y a une dizaine d'années.

Mike Robinson a pour sa part accepté de mettre ses activités entre parenthèses dès que la transition officielle démarrera, ce qu'on devrait savoir mardi après la rencontre entre MM. Martin et Chrétien. C'est M. Robinson qui pilotera le processus du côté de l'équipe Martin.






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