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Martin se serait bien passé du cadeau de bienvenue de Chrétien

La session prorogée, le futur premier ministre devra terminer le travail de son prédécesseur

Manon Cornellier   14 novembre 2003  Canada
Andy clark reuters
La prorogation de la session, cadeau de Jean Chrétien, donnera quelques maux de tête à Paul Martin.
Photo : Agence Reuters
Andy clark reuters La prorogation de la session, cadeau de Jean Chrétien, donnera quelques maux de tête à Paul Martin.
Toronto — Même si leur duel est sur le point de se terminer, les divergences entre Paul Martin et Jean Chrétien auront subsisté jusqu'à la fin et même au-delà. Cette fois, c'est la décision du premier ministre de proroger la session parlementaire qui a provoqué le nouveau désaccord. L'incertitude autour de la date de la passation des pouvoirs n'arrange pas davantage les choses, M. Martin voulant être fixé au plus tôt.

Le futur chef libéral aurait souhaité que les travaux parlementaires se poursuivent normalement et que les projets de loi soient adoptés comme prévu. «J'ai déjà indiqué ma préférence, j'aurais voulu que la session continue comme prévu et qu'on suive l'ordre du jour établi depuis longtemps», a-t-il rappelé hier à la presse.

M. Martin, qui sera élu sans surprise aujourd'hui, en a aussi visiblement assez de la valse-hésitation qui entoure la date de départ de Jean Chrétien. Sans afficher une préférence précise, il a indiqué qu'il était prêt à prendre les rênes du pouvoir rapidement et qu'il souhaitait que son équipe de transition ait accès aux fonctionnaires «le plus tôt possible». Pas pour être informé des activités du gouvernement qu'il estime bien connaître, mais plutôt pour informer les bureaucrates de la direction qu'un gouvernement Martin prendra.

Le premier ministre et son successeur doivent se rencontrer mardi pour discuter de la transition. M. Martin s'attend à con-naître alors la date de la passation des pouvoirs. M. Chrétien a laissé entendre que ce serait le cas sur les ondes de Newsworld. «Vous le saurez mardi... probablement», a-t-il dit, sourire en coin. Confronté à l'ennui suscité par le congrès au leadership, il a ajouté en rigolant: «Le seul suspense qui vous reste, c'est moi.»

Le futur chef libéral a indiqué qu'il jugeait peu probable un retour du Parlement le 12 janvier prochain, comme l'a indiqué Jean Chrétien mercredi. M. Martin est toutefois disposé à examiner la date du 26 janvier, soit la date de retour du congé des Fêtes prévue à l'ancien calendrier parlementaire.

«Nous sommes prêts à assumer le pouvoir mais, pour préparer un discours du Trône, pour établir les directions précises à donner à la bureaucratie, il faut du temps», a-t-il dit.

Ce flottement cause des maux de tête à l'équipe Martin. «L'inconnu, vraiment, est que je ne sais pas quand je vais devenir premier ministre», a lancé le principal intéressé. Et tant qu'il ne l'est pas, il ne peut pas former son cabinet, ses ministres ne peuvent pas se mettre à l'oeuvre et diriger leurs fonctionnaires.

La décision de proroger la session parlementaire oblige Paul Martin à terminer le travail de son prédécesseur, plus exactement à décider du sort de son héritage, plutôt que de repartir vraiment à neuf comme il le souhaitait. Les projets abandonnés portent entre autres sur la procréation assistée, le commissaire à l'éthique, la décriminalisation de la possession simple de marijuana, la reconnaissance des mariages gais et ainsi de suite.

M. Martin a appuyé la plupart des projets de loi morts au feuilleton. Il veut toutefois laisser le soin au prochain conseil des ministres d'examiner leur pertinence. «Mais je suis convaincu que la grande majorité de ces projets vont devenir lois», a-t-il affirmé.

Un projet qui ne traînera pas avant d'être adopté sera celui qui permet l'entrée en vigueur plus rapide de la nouvelle carte électorale. M. Martin ne veut pas aller en élections même printanières sans elle car elle crée sept nouvelles circonscriptions, dont quatre dans l'Ouest, une région qu'il courtise.

M. Chrétien, de son côté, a dit qu'il ne comptait pas commenter la politique canadienne une fois sa retraite prise. «Le premier ministre, une fois qu'il a quitté [son poste], ne doit pas revenir. Il peut donner des conseils en privé mais il ne doit pas faire de discours pour déstabiliser le premier ministre ou le parti en place. Il y aura peut-être des occasions où je serai invité à faire des commentaires, mais j'espère qu'il n'y en aura pas», a-t-il dit à Newsworld.
 
 
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