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    Haute fonction publique fédérale - Après le silence, la révolte

    L’ex-bibliothécaire en chef du Canada dit avoir été victime d’un « assassinat administratif »

    10 février 2014 |Fabien Deglise | Canada
    L’ancien bibliothécaire et archiviste en chef du Canada, Daniel J. Caron
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir L’ancien bibliothécaire et archiviste en chef du Canada, Daniel J. Caron
    Le haut fonctionnaire est parti de son institution dans la controverse. Il sort maintenant, pour la première fois, de sa réserve.

    Huit mois après sa démission du poste de bibliothécaire et archiviste en chef du Canada, Daniel J. Caron estime, rétrospectivement, avoir été victime d’un « assassinat administratif » nourri, entre autres, par des « accusations douteuses » et par les résistances internes qu’ont fait naître ses plans de modernisation et de numérisation des activités de Bibliothèque et archives Canada (BAC). Une « attaque en règle », fatale, qui, sans le rendre amer, mérite selon lui d’être aujourd’hui documentée, particulièrement à une époque où les mutations en cours dans la fonction publique, jumelées à des intrusions idéologiques de plus en plus prononcées de la part du gouvernement Harper, pourraient amener d’autres gestionnaires à subir pareil traitement, dit-il pour justifier la fin de son mutisme.

    « J’ai été victime du numérique, lance, sourire en coin, Daniel J. Caron, que Le Devoir a rencontré il y a quelques semaines. Je suis tombé sous le coup d’un assassinat administratif alimenté sans doute pour de mauvaises raisons, avec de mauvaises intentions. Or, personne n’est sorti gagnant de cette affaire, pas l’institution, pas le gouvernement, pas les contribuables et je ressens aujourd’hui le besoin d’en parler, pour que ce genre de choses ne se multiplie pas et ne cible pas d’autres gestionnaires d’organismes publics. »

    5000 $ en cours particuliers

    En mai dernier, après plusieurs semaines dans la tourmente, Daniel J. Caron a démissionné de son poste de Bibliothécaire et archiviste en chef du Canada, et ce, « au terme de quatre années passées à transformer l’institution » pour la mettre au diapason avec un présent numérique où les lieux de pouvoir tout comme de production de sens à documenter et à archiver pour les générations futures se sont déplacés. Des dépenses de 5000 $ pour des cours particuliers d’espagnol, mais également des repas d’affaires dans des restaurants qualifiés de « chics » par ses détracteurs ont alimenté la controverse, puis sa chute.

    « J’avoue m’être senti très seul, blessé aussi par le manque de soutien dans les circonstances, dit-il. Toutes les dépenses que l’on me reprochait, en plus de respecter les normes et règles administratives en vigueur à BAC, n’avaient rien d’extravagant. Les cours d’espagnol, à 50 $ l’heure, je les prenais sur mon heure de dîner, en prévision de rencontres avec des homologues américains et mexicains pour un projet d’archives transcontinental sur lequel on travaillait [la chose a été baptisée Americana]. Quant aux dépenses du conseil de direction, en accueil, représentation, déplacement, formation, elles ont été en baisse sous ma direction [entre 2009 et 2012] (7600 $ en moyenne par mois) par rapport à la direction précédente [2005-2008] (10 800 $). Tous ces chiffresétaient d’ailleurs publics et accessibles en ligne. Mais ce n’est pas ceux que mes accusateurs ont préféré regarder. »

    Pas de soutien

    M. Caron dit avoir été injustement cloué au pilori, sans l’appui du ministre du Patrimoine, James Moore, ni même de BAC, où les réformes liées à la numérisation du présent qu’il était en train de mener créaient beaucoup de remous, admet-il. « Les changements étaient importants et ne plaisaient pas à tout le monde, dit-il. Il y a des gens qui avaient un intérêt à me voir partir. Quant au ministre, il avait, lui, un intérêt à se faire du capital politique en tapant publiquement sur un fonctionnaire pour des allégations de mauvaises gestions de fonds publics. Cela est cohérent avec le discours sur la réduction des dépenses ». Et il ajoute : « J’ai également résisté sur des projets d’acquisition de documents liés à la guerre de 1812 [un dossier historique hautement controversé et alimenté par les conservateurs], et poussé pour documenter des mouvements comme Idle No more [mouvement d’affirmation des autochtones et de contestation ciblant l’administration Harper] ou des projets comme Keystone XL [oléoduc canado-américain]. Cela n’a pas été très bien perçu. J’étais au milieu d’un tir croisé, dans une impasse. Je n’avais pas d’autres choix que de me retirer ».

    Le successeur de M. Caron n’a pas été nommé pour le moment. Le poste de Bibliothécaire en chef du Canada, poste prestigieux qui, selon les critères du gouvernement, est lié à un salaire pouvant varier de 192 000 à 226 500 $, est toujours occupé, de manière intérimaire, par Hervé Dery, ancien sous-ministre fédéral. Pour sa part, l’ex-gestionnaire enseigne désormais à l’École nationale d’administration publique et poursuit sa réflexion sur l’impact du numérique sur les politiques publiques, l’administration, la culture et la conservation des traces du présent.
     
     
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