Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    «La photo à un million de dollars»

    Un député conservateur accompagnant Harper en Israël met en lumière la rentabilité électorale du voyage

    22 janvier 2014 |Hélène Buzzetti | Canada
    Le premier ministre Stephen Harper se recueillant au mur des Lamentations, à Jérusalem mardi.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Le premier ministre Stephen Harper se recueillant au mur des Lamentations, à Jérusalem mardi.

    Après avoir gravi le mont des Oliviers et visité la basilique de la Nativité, le premier ministre Stephen Harper a profité de son voyage en Israël mardi pour visiter le mur des Lamentations, un lieu d’une telle charge symbolique que son député torontois de confession juive, Mark Adler, a demandé à prendre part à la photo car elle permettrait sa réélection. Une admission qui conforte certains observateurs dans l’idée que ce voyage sert beaucoup les intérêts électoraux du Parti conservateur.

     

    Le moment de candeur s’est produit alors que Stephen Harper participait, au mur des Lamentations, plus haut lieu saint pour les Juifs, à une séance de prise d’images. Sur les enregistrements, on entend le député Adler négocier avec un membre de l’entourage du premier ministre pour entrer dans le périmètre et faire partie de la photo. « C’est la réélection. C’est la photo à un million de dollars ! »

     

    Pour Marci McDonald, « on a découvert le pot aux roses ». Mme McDonald est l’auteure du livre The Armageddon Factor, publié en 2010 et expliquant l’influence grandissante du mouvement évangélique chrétien sur la droite politique canadienne. « Tout ceci est une campagne de réélection ! […] Rappelez-vous que Stephen Harper est premier ministre depuis huit ans. C’est juste après le congrès du Parti conservateur à Calgary [fin octobre],quand il est devenu clair dans les coulisses que les gens commençaient à parler ouvertement d’une course au leadership et de leur déception, que ce voyage a été annoncé. » Selon elle, il s’agit d’une « diversion ».

     

    Marci McDonald a documenté dans son livre la croyance évangélique selon laquelle le Christ reviendra sur terre quand les Israélites seront à nouveau regroupés en Terre sainte. Cela les mène à appuyer les revendications d’Israël et à favoriser un rapprochement avec les milieux juifs. Selon elle, ce voyage et les positions assumées de M. Harper permettent de courtiser ces deux électorats à un moment où les sondages ne sont pas réjouissants.

     

    Une source conservatrice, qui refuse d’être identifiée, reconnaît que ce voyage sert, du moins en partie, cet objectif. « La base conservatrice est plutôt croyante. Des photos de la Terre sainte ne peuvent pas nuire », explique-t-on. En outre, « bien que le vote juif ne soit pas concentré [de manière à garantir des circonscriptions], l’influence de la communauté dans le monde des affaires, de la culture, etc. n’est pas négligeable ».

     

    Charles McVety, le président du Canada Christian College de Toronto et tête d’affiche de la droite religieuse au Canada, abonde dans le même sens. « Tout chrétien qui se rend à Jérusalem visitera la basilique de la Nativité, l’église du Saint-Sépulcre, marchera sur la via Dolorosa et marchera sur les traces de Jésus Christ. C’est excitant de voir un premier ministre en poste faire cela. C’est la première fois ! » Selon lui, « il ne fait aucun doute que les chrétiens qui croient à la Bible verront ceci d’un oeil favorable. J’ai reçu beaucoup de messages disant “ Je suis fier d’être Canadien ” à la suite du discours de M. Harper et de sa présence en Israël. Et ces messages me sont envoyés par des chrétiens ».

     

    Jean Chrétien est le seul autre premier ministre à avoir visité Israël, en 2000. Son voyage avait été jugé catastrophique par maints commentateurs, M. Chrétien ayant multiplié les déclarations maladroites. Il n’avait pas visité le mur des Lamentations ou ces autres lieux saints. Les images de M. Harper revêtent donc une importance toute particulière.


    Une délégation à l’image du message

     

    Stephen Harper et son épouse voyagent avec une délégation de 237 parlementaires, adjoints, personnes d’affaires et représentants de divers groupes d’intérêts. Du lot, il y a 21 rabbins, dont 9 proviennent de la filière hassidique Chabad Loubavitch, considérée comme parmi les plus orthodoxes.

     

    Au chapitre des évangéliques, on trouve dans la délégation David et Agnes Hearn, le président et son épouse du Christian and Missionary Alliance, l’Église évangélique à laquelle appartient M. Harper. Il y a Don Simmonds, le président du groupe télévisuel Crossroads Christian Communications. L’an dernier, Ottawa a songé, avant de se raviser, à couper le demi-million de dollars que Crossroads touchait pour ses projets de développement en Ouganda parce qu’il affichait dans son site Internet que l’homosexualité est une « perversion » et un « péché ». Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, avait critiqué le groupe.

     

    Se trouve aussi dans cette délégation accompagnant M. Harper Donna Holbrook, de l’International Christian Embassy Jerusalem. « C’est un groupe qui vise spécifiquement à cultiver l’appui évangélique à Israël », selon Mme McDonald. Quant à l’ex-ministre conservateur Stockwell Day, il avait contribué à tisser des liens entre Juifs et évangéliques par l’entremise de son adjoint Joseph Ben-Ami, qui a à la fois travaillé pour le B’nai Brith et Charles McVety. M. Day est lui aussi du voyage, avec son épouse Valorie.

     

    Pour la petite histoire, le député Mark Adler qui voulait sa photo a plus tard diffusé sur son compte Twitter un cliché de lui serrant la main du premier ministre Benjamin Nétanyahou. Un journaliste lui a alors demandé si cette photo était « celle à 500 000 


    ***

    Harper critique Israël, mais en privé
     

    Le Canada et Israël ont une vision différente du conflit israélo-palestinien en dépit de leurs bonnes relations, ont reconnu mardi le premier ministre Stephen Harper et son homologue israélien, Benjamin Nétanyahou. M. Harper a reproché aux journalistes d’avoir tenté de l’amener à critiquer publiquement l’État hébreu pour sa position concernant les territoires, affirmant que les reporters lui avaient posé des questions à ce sujet tant en Cisjordanie qu’en Israël. Lorsque M. Harper s’est fait demander en conférence de presse s’il avait exprimé des désaccords envers Israël, il a répondu que « oui, à plusieurs occasions ». M. Harper a soutenu que son appui envers Israël « ne m’empêche pas d’exprimer aux gouvernements d’Israël et de l’Autorité palestinienne nos désaccords sur les enjeux variés qui sont de notoriété publique. Mais lorsque les intérêts vitaux et quotidiens du Canada ne sont pas en jeu, franchement, il est plus productif d’en discuter en contexte privé », a soutenu M. Harper. Ces « enjeux variés » auxquels il fait référence sont les positions officielles affichées sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères, notamment que le Canada ne reconnaît pas le contrôle d’Israël sur les territoires occupés et estime que les colonies sont contraires au droit international.


    Avec La Presse canadienne













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.