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    Sécurité ferroviaire - Un portrait noir, avant Lac-Mégantic

    27 novembre 2013 |Marie Vastel | Canada
    Vérification du système de freinage d’un wagon qui faisait partie du convoi qui a provoqué la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet. Quelques jours avant le drame, le vérificateur général du Canada avait rédigé un rapport montrant que Transports Canada est incapable de cibler les entreprises les plus à risque.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vérification du système de freinage d’un wagon qui faisait partie du convoi qui a provoqué la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet. Quelques jours avant le drame, le vérificateur général du Canada avait rédigé un rapport montrant que Transports Canada est incapable de cibler les entreprises les plus à risque.
    Lacunes dans les rappels d’aliments ?

    La vérification du système de rappel d’aliments au Canada arrive à une conclusion mi-figue mi-raisin. Le système fonctionne bien dans l’ensemble, conclut Michael Ferguson, mais l’élimination des aliments rappelés n’est pas documentée systématiquement. Ainsi, certains inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) y assistent en personne, d’autres se contentent de rapports écrits par l’entreprise. Ces vérifications ont toutefois été faites adéquatement dans les deux importants rappels de viande de 2012, dont celui de XL Foods. Par ailleurs, le vérificateur général note que l’ACIA a mis sur pied un nouveau Système de commandement des interventions (SCI) pour coordonner ses actions en situation d’urgence. Ce SCI a amélioré les procédures, mais a aussi créé de la «confusion» parce qu’il modifie les responsabilités décisionnelles.
    Malgré des incidents et des rapports accablants au fil des ans, Ottawa a une fois de plus été blâmé mardi, le vérificateur général ayant constaté des lacunes omniprésentes quant à la sécurité ferroviaire au pays.

    Le gouvernement peine à cibler les entreprises et les chemins de fer les plus à risque, son ministère n’a mené que le tiers des vérifications prévues, et ses inspecteurs manquent d’outils et de compétences pour s’acquitter de leur tâche.

     

    Rédigé quelques jours à peine avant la tragédie de Lac-Mégantic et déposé mardi aux Communes, le dernier rapport du vérificateur général, Michael Ferguson, ne viendra pas calmer ceux qui s’inquiétaient des chemins de fer canadiens. En se fiant à des données incomplètes provenant de diverses sources, Transports Canada ne parvient pas à cibler ses vérifications pour s’assurer qu’elles visent les sociétés ferroviaires et les voies ferrées les plus à risque. Et cela, au moment où le transport de marchandises continue de croître. Parmi les renseignements manquants figurent l’information financière des entreprises, celle sur l’état des ponts, mais aussi les évaluations des risques des compagnies et les renseignements quant aux tronçons de voie utilisés pour le transport de marchandises dangereuses — deux thèmes qui rappellent l’accident qui a fait 47 morts et a ravagé la ville de Lac-Mégantic cet été.

     

    Les compagnies de chemins de fer qui relèvent du fédéral doivent, depuis 12 ans, se doter de systèmes de gestion de la sécurité (SGS) — sorte de protocole global qu’elles doivent mettre en oeuvre et dont le fédéral doit surveiller l’implantation. Or, faute d’organisation, Ottawa n’est pas en mesure de s’assurer que les entreprises s’y conforment, ni qu’elles vérifient les opérations de sociétés qui utilisent leurs voies ferrées. « C’est le boulot de Transports Canada que de s’assurer que les ferroviaires opèrent de façon sécuritaire […]. La transition prend trop de temps », a déploré M. Ferguson en point de presse.

     

    Seul le tiers des vérifications prévues par le ministère ont été menées (26 %), et leur portée était « trop limitée ». À ce rythme, il faudra « de nombreuses années » pour terminer la tâche et évaluer les 31 compagnies de responsabilité fédérale, s’inquiète M. Ferguson. D’autant plus que le ministère doit dorénavant surveiller 39 entreprises de plus, en vertu d’un changement apporté en mai.

     

    « Le système [d’Ottawa] n’est pas assez solide » pour mener les examens nécessaires, a résumé le vérificateur.

     

    Un manque d’inspecteurs

     

    Quant aux inspecteurs du ministère, leur nombre est insuffisant, leur description de tâches n’a pas changé depuis l’arrivée des SGS, ils n’ont pas toujours — et le ministère ne le vérifie pas tout le temps — les compétences nécessaires ou la formation requise. Une situation qu’il faut régler, surtout « étant donné que 40 % des inspecteurs seront admissibles à la retraite d’ici 2015 », note le vérificateur. Ottawa ne surveille pas, en outre, l’objectivité de ses inspecteurs, dont « la plupart » proviennent pourtant de l’industrie elle-même.

     

    Qui plus est, ces fonctionnaires n’ont que peu de critères sur lesquels se baser pour les aider à planifier et à mener leurs vérifications et, dans « la plupart des cas », ils n’ont pas fait de suivi pour certifier que les entreprises avaient adopté des mesures correctives lorsque nécessaire.

     

    La ministre des Transports a accepté toutes les recommandations du vérificateur, la majorité des rectifications étant promises pour 2014. La ministre Lisa Raitt a rappelé certains changements des derniers mois — notamment dans la foulée du drame de Lac-Mégantic —, arguant que « c’est la façon de faire que nous établissons pour l’avenir ».

     

    Mais l’opposition s’est dite peu optimiste, car ce ne sont pas les premières critiques du vérificateur. « Beaucoup de belles paroles, et bien peu d’action », a déploré la néodémocrate Olivia Chow.

    ***

    Des entrées illégales au pays

    Le constat du vérificateur général est sévère aussi du côté de l’Agence des services frontaliers, qui a laissé entrer au pays des personnes illégales ou dangereuses. Se disant «très préoccupé» puisque ce n’est pas la première fois qu’il soulève de tels problèmes, Michael Ferguson a souligné que l’Agence ne détenait pas bien souvent l’information nécessaire pour identifier de tels voyageurs avant qu’ils n’arrivent en sol canadien. La Gendarmerie royale du Canada, de son côté, ne mesure pas dans quelle mesure elle parvient à intercepter ce type de visiteurs.













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