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    Revue de presse - La tempête parfaite

    2 novembre 2013 | Guillaume Bourgault-Côté | Canada

    Il y a certaines vieilles amitiés que les conservateurs préféreraient oublier ces jours-ci. Il y a deux ans et demi, lors du dernier congrès du parti, c’est Pamela Wallin qui était maître de cérémonie pendant que Mike Duffy menait des entrevues avec des délégués sur le parquet. Et c’était l’époque où on se bousculait pour serrer la main de Rob Ford. Les temps changent.

     

    Les déboires du maire de Toronto ont stupéfié bien des Canadiens cette semaine. Mais au-delà de son côté rocambolesque, la saga Ford nuit grandement à la plus grande ville canadienne, écrivait le Toronto Star en éditorial vendredi. Il doit démissionner, soutient le quotidien qui est à la source des révélations qui ébranlent la mairie.

     

    Même si aucune accusation n’a encore été déposée contre Rob Ford, n’importe quel leader honorable aurait déjà démissionné devant l’accumulation de preuves, pense le Star.

     

    Quelqu’un qui n’a rien à se reprocher se serait défendu dès jeudi, ajoute le journal, qui qualifie de « ridicule » le point de presse de Ford. « Il ne dit rien parce que son comportement est indéfendable. » Le maire ne voit aucune raison de démissionner ? Il n’y a plutôt aucune raison de ne pas le faire, dit-on.

     

    Même le Toronto Sun est d’accord. Fidèle allié du maire Ford, le quotidien écrit vendredi en éditorial qu’il doit quitter son poste. Le Sun rappelle avoir appuyé Ford en 2010, et continue d’applaudir son programme économique. Mais si Toronto a toujours besoin de conservatisme fiscal à la Ford, elle n’a plus besoin d’un homme qui nuit à la cause, pense le journal. S’il demeure en poste, l’Hôtel de Ville aura l’air d’un cirque.

     

    Dans le Toronto Star, Tim Harper part du cas Rob Ford pour mettre en doute le jugement du premier ministre Harper. Il y a un mois encore, Stephen Harper a tenu à se faire photographier aux côtés du maire lors d’une annonce de financement du métro, rappelle-t-il. À l’époque, certains avaient souligné que le cabinet du PM avait dû obtenir toutes les garanties de la probité du maire avant d’oser une telle apparition publique aux côtés d’un personnage au potentiel toxique. Cela parce qu’on faisait le pari que Ford serait encore utile pour l’élection de 2015.

     

    Pari perdu, dit le chroniqueur. Or, Stephen Harper perd beaucoup de paris ces temps-ci : il pensait que nommer Patrick Brazeau, Wallin et Duffy au Sénat était une bonne idée ? Erreur. Il pensait que ces sénateurs, menacés d’expulsion, se tairaient ? Erreur. Et s’il pense que Nigel Wright, l’ex-chef de cabinet désormais honni, va garder le silence éternellement, il pourrait bien perdre un autre pari, croit Tim Harper.

     

    Et si Wright parlait ?

     

    Sur le site iPolitics, Paul Adams se questionne lui aussi à savoir combien de temps Nigel Wright va rester caché. Après tout, voilà un homme qui a quitté un emploi hyperlucratif sur Bay Street pour venir servir une cause. Et depuis le retour en Chambre, le premier ministre le traîne dans la boue jour après jour. « Il ne croit plus qu’il vous doit quoi que ce soit, écrit Adams à Wright. Je pense que ça vous libère de toute obligation envers lui. »

     

    Adams note que de plus en plus de conservateurs évoquent leur malaise devant le traitement réservé à Nigel Wright, notamment le ministre Jason Kenney.

     

    Warren Kinsella (Edmonton Sun) pense même que le scandale qui touche les conservateurs pourrait signifier la fin du règne de Stephen Harper. Il recule dans les sondages, la « légendaire discipline » des conservateurs ne tient plus, le dossier du libre-échange avec l’Union européenne a déjà été oublié, l’autorité de Harper est remise en question…

     

    Si ce scandale a autant de résonance, croit Kinsella, c’est qu’il se situe au coeur d’une « tempête parfaite ». Après une décennie à diriger les conservateurs, Stephen Harper est victime de l’usure naturelle du pouvoir. Les Canadiens se sont lassés, les partisans sont moins loyaux, les détracteurs sont passés de « l’antipathie à la haine ».

     

    À cela s’ajoute l’arrivée en poste de Justin Trudeau, qui symbolise tout ce que Stephen Harper n’est pas : un politicien au charme certain, jeune, positif, progressiste, dit Kinsella.

     

    C’est ce contexte qui a donné au dossier du Sénat la force d’une tornade. « Ça ne pouvait arriver à un pire moment », dit le chroniqueur.

     

    Dans le Calgary Herald, Licia Corbella n’en revient pas que le congrès des conservateurs, prévu en juin, se déroule finalement dans un contexte encore plus « putride ». Si les choses se sont envenimées à ce point malgré la pause estivale et le discours du Trône, c’est à cause de la gestion proposée par le premier ministre, dit-elle.

     

    N’importe qui a suivi un cours de politique 101 sait qu’il ne faut jamais faire en sorte qu’un adversaire n’ait rien à perdre. C’est exactement l’erreur que Stephen Harper a faite avec ses trois sénateurs dépensiers. Selon Corbella, il aurait suffi de les expulser du caucus et de laisser la GRC faire son enquête pour calmer le jeu. Tenter de les suspendre sans salaire - et sans procès - était inutile.

     

    Du coeur du pays conservateur, Corbella relève que la colère des militants s’appuie sur une impression de trahison. « L’Alberta est un pays conservateur et les conservateurs se félicitent d’être des champions des principes comme les règles de droit et la présomption d’innocence, écrit-elle. Ils éprouvent de la répugnance devant les règles arbitraires. » C’est pourtant ce que Stephen Harper a tenté de faire : contourner toutes les règles pour punir des gens qui l’embarrassent. Un beau gâchis qui montre que le premier ministre est « inapte à gérer une crise qu’il a largement créée », pense Corbella.

     
     
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