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    Les scientifiques fédéraux craignent leurs maîtres politiques

    22 octobre 2013 |Hélène Buzzetti | Canada

    Ottawa — Les scientifiques de la fonction publique fédérale estiment qu’ils sont muselés par leurs maîtres politiques, au point de devoir régulièrement modifier des informations dans leurs rapports pour des raisons non scientifiques.

     

    C’est la conclusion à laquelle arrive un vaste sondage Environics commandé par l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada auprès des quelque 15 000 scientifiques syndiqués qu’il représente. Un peu plus de 4000 fonctionnaires de 40 ministères et organismes fédéraux y ont répondu.

     

    Les scientifiques ont indiqué qu’ils se font demander de manière régulière de modifier ou d’exclure des informations de leurs documents pour des raisons non scientifiques. Ces demandes sont parvenues certes de leurs supérieurs, mais aussi de lobbyistes et même de membres du personnel politique. Par exemple, 18 % des 651 répondants travaillant à Santé Canada ont affirmé s’être fait demander d’exclure des informations par l’entourage du ministre.

     

    De manière inquiétante, un scientifique sur deux dit être au courant de cas où la santé et la sécurité des gens ou la durabilité de l’environnement sont compromises à cause d’ingérence politique dans les travaux scientifiques (50 %) ou de cas où un ministère a supprimé des informations ou refusé de les publier et que cela a mené à une impression publique incomplète, inexacte ou trompeuse de la situation (49 %). Ils sont 49 % à penser que s’ils détenaient des preuves qu’une action ministérielle nuira à l’intérêt public et en alertaient leur ministère, ils feraient l’objet de représailles.

     

    Mauvaise mine

     

    Le moral est particulièrement mauvais à Environnement Canada, où 63 % des 670 répondants ont affirmé que le ministère n’incorpore pas la meilleure science à propos des changements climatiques dans ses politiques et ses prises de décision ! Seulement 35 % des chercheurs estiment dans ce ministère que les médias qui posent des questions reçoivent « des renseignements exacts et scientifiquement défendables ».

     

    « Les scientifiques vivent dans un climat de peur », estime le président de l’Institut, Gary Corbett. « C’est un coup de froid provoqué par les politiques gouvernementales qui ne servent les intérêts de personne. »

     

    Mais ce sondage est-il fiable ? Est-il possible que seuls les plus insatisfaits se soient donné la peine d’y répondre ? Derek Leebosh, le vice-président d’Environics, ne pense pas que ce soit le cas. « Lorsque nous faisons des sondages auprès de nos membres, un taux de réponse de 26 % est considéré comme très élevé », dit-il. Il rappelle que les sondages politiques interrogent généralement à peine 1000 personnes et qu’on estime qu’ils reflètent adéquatement l’opinion d’environ 20 millions d’adultes…

     
     
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