Succession de Jean Chrétien - Le Bloc met Martin dans l'embarras
23 octobre 2003
Canada
Ottawa - Grâce au Bloc québécois, le premier ministre Jean Chrétien pourrait bien obtenir la semaine prochaine un vote de confiance de la part de tous ses députés, y compris Paul Martin et ses plus fidèles partisans.
Entre la loyauté au parti et le désir de voir son favori accéder le plus vite possible au poste de commandement, que choisir? C'est la question que se poseront sûrement des dizaines de députés libéraux partisans de Paul Martin au cours des prochains jours. En effet, le Bloc québécois a décidé de les mettre dans l'embarras en les obligeant à dire publiquement s'ils pensent que Jean Chrétien devrait quitter son poste de premier ministre tout de suite après le couronnement de Paul Martin, en novembre.
Le Bloc estime que la situation actuelle est devenue intenable parce que les grandes orientations du gouvernement fédéral sont décidées par Paul Martin, auprès duquel les ministres prendraient conseil, alors que celui-ci, n'étant ni ministre ni chef, n'a pas à en rendre compte. Utilisant sa journée dédiée à l'opposition, le parti fera donc débattre aujourd'hui une motion disant «que la Chambre demande au premier ministre de quitter ses fonctions dans les plus brefs délais après le 14 novembre 2003». Le vote aura lieu mardi.
«J'invite Paul Martin et les députés qui l'appuient et qui travaillent depuis plusieurs mois à évincer le premier ministre actuel à s'exprimer clairement, franchement et à la face du monde», a lancé le leader parlementaire bloquiste Michel Gauthier, qui pilote cette initiative. Si M. Martin vote contre cette motion, a-t-il continué, «on saura que cet homme a deux discours: sa pensée profonde, qui l'amène à agir depuis des mois dans l'obscurité, derrière les rideaux, en parallèle au gouvernement, et sa parole publique, [avec] laquelle il refait une profession de foi envers son chef».
La réponse était déjà connue hier soir: Paul Martin votera contre. «Il est censé être à Montréal mardi, mais il reviendra pour le vote», a indiqué son porte-parole, Brian Guest. Cette motion est en effet considérée par les libéraux comme un vote de confiance à l'endroit du gouvernement. La consigne sera donc la suivante: les députés libéraux devront s'y opposer.
«Vouloir la démission du premier ministre, à mon avis, c'est une motion de non-confiance», a expliqué le leader parlementaire libéral, Don Boudria. «Selon moi, ce serait absolument épouvantable de voter pour une motion semblable, qui exige la démission du premier ministre et de son gouvernement», a-t-il ajouté.
Les députés pro-Martin qui ont été les plus volubiles au cours des derniers mois (parfois même au cours des dernières années) pour demander le départ de M. Chrétien seront placés dans l'étrange position où ils devront se prononcer en faveur... du maintien de Jean Chrétien à son poste jusqu'en février 2004!
Le député Jim Karygiannis, par exemple, s'en est sorti en disant que l'initiative provenait «du mauvais côté de la Chambre». Le discours était à peu près le même de la part de Dan McTeague, un autre fervent partisan de Paul Martin. Il dit avoir tout fait pour exiger une transition en douceur, «Et le plus tôt sera le mieux! Mais je ne me laisserai pas pousser dans le dos par le Bloc québécois.» Nick Discepola, de son côté, trouve la motion à ce point floue qu'il se sent en droit de voter autant pour que contre. Il demande ce que la formulation «dans les plus brefs délais après le 14 novembre» signifie: «Est-ce que ça veut dire décembre? Janvier? Février? Ce n'est pas clair», a-t-il plaidé. Aucun n'a voulu dire avec certitude comment il allait voter mardi.
Les députés bloquistes (34) voteront en faveur de leur motion, tout comme les alliancistes (63) et les conservateurs (15). Les néo-démocrates voteront contre parce que, a expliqué le chef Jack Layton, Paul Martin est plus à droite que Jean Chrétien et qu'il ne veut accélérer son arrivée au pouvoir d'aucune façon.
Jean Chrétien a toujours dit qu'il quitterait ses fonctions en février 2004, soit trois mois après l'accession de Paul Martin au poste de chef du Parti libéral du Canada. Des rumeurs persistantes veulent que les parlementaires ne soient pas convoqués après le congrès libéral de novembre, question d'éviter l'embarras d'avoir deux premiers ministres en selle. Gilles Duceppe croit que ce serait de l'incohérence: «S'ils votent contre notre motion, par la suite, qu'ils laissent M. Chrétien gouverner», a-t-il dit à propos des députés pro-Martin. «Il faut continuer à siéger.»
Entre la loyauté au parti et le désir de voir son favori accéder le plus vite possible au poste de commandement, que choisir? C'est la question que se poseront sûrement des dizaines de députés libéraux partisans de Paul Martin au cours des prochains jours. En effet, le Bloc québécois a décidé de les mettre dans l'embarras en les obligeant à dire publiquement s'ils pensent que Jean Chrétien devrait quitter son poste de premier ministre tout de suite après le couronnement de Paul Martin, en novembre.
Le Bloc estime que la situation actuelle est devenue intenable parce que les grandes orientations du gouvernement fédéral sont décidées par Paul Martin, auprès duquel les ministres prendraient conseil, alors que celui-ci, n'étant ni ministre ni chef, n'a pas à en rendre compte. Utilisant sa journée dédiée à l'opposition, le parti fera donc débattre aujourd'hui une motion disant «que la Chambre demande au premier ministre de quitter ses fonctions dans les plus brefs délais après le 14 novembre 2003». Le vote aura lieu mardi.
«J'invite Paul Martin et les députés qui l'appuient et qui travaillent depuis plusieurs mois à évincer le premier ministre actuel à s'exprimer clairement, franchement et à la face du monde», a lancé le leader parlementaire bloquiste Michel Gauthier, qui pilote cette initiative. Si M. Martin vote contre cette motion, a-t-il continué, «on saura que cet homme a deux discours: sa pensée profonde, qui l'amène à agir depuis des mois dans l'obscurité, derrière les rideaux, en parallèle au gouvernement, et sa parole publique, [avec] laquelle il refait une profession de foi envers son chef».
La réponse était déjà connue hier soir: Paul Martin votera contre. «Il est censé être à Montréal mardi, mais il reviendra pour le vote», a indiqué son porte-parole, Brian Guest. Cette motion est en effet considérée par les libéraux comme un vote de confiance à l'endroit du gouvernement. La consigne sera donc la suivante: les députés libéraux devront s'y opposer.
«Vouloir la démission du premier ministre, à mon avis, c'est une motion de non-confiance», a expliqué le leader parlementaire libéral, Don Boudria. «Selon moi, ce serait absolument épouvantable de voter pour une motion semblable, qui exige la démission du premier ministre et de son gouvernement», a-t-il ajouté.
Les députés pro-Martin qui ont été les plus volubiles au cours des derniers mois (parfois même au cours des dernières années) pour demander le départ de M. Chrétien seront placés dans l'étrange position où ils devront se prononcer en faveur... du maintien de Jean Chrétien à son poste jusqu'en février 2004!
Le député Jim Karygiannis, par exemple, s'en est sorti en disant que l'initiative provenait «du mauvais côté de la Chambre». Le discours était à peu près le même de la part de Dan McTeague, un autre fervent partisan de Paul Martin. Il dit avoir tout fait pour exiger une transition en douceur, «Et le plus tôt sera le mieux! Mais je ne me laisserai pas pousser dans le dos par le Bloc québécois.» Nick Discepola, de son côté, trouve la motion à ce point floue qu'il se sent en droit de voter autant pour que contre. Il demande ce que la formulation «dans les plus brefs délais après le 14 novembre» signifie: «Est-ce que ça veut dire décembre? Janvier? Février? Ce n'est pas clair», a-t-il plaidé. Aucun n'a voulu dire avec certitude comment il allait voter mardi.
Les députés bloquistes (34) voteront en faveur de leur motion, tout comme les alliancistes (63) et les conservateurs (15). Les néo-démocrates voteront contre parce que, a expliqué le chef Jack Layton, Paul Martin est plus à droite que Jean Chrétien et qu'il ne veut accélérer son arrivée au pouvoir d'aucune façon.
Jean Chrétien a toujours dit qu'il quitterait ses fonctions en février 2004, soit trois mois après l'accession de Paul Martin au poste de chef du Parti libéral du Canada. Des rumeurs persistantes veulent que les parlementaires ne soient pas convoqués après le congrès libéral de novembre, question d'éviter l'embarras d'avoir deux premiers ministres en selle. Gilles Duceppe croit que ce serait de l'incohérence: «S'ils votent contre notre motion, par la suite, qu'ils laissent M. Chrétien gouverner», a-t-il dit à propos des députés pro-Martin. «Il faut continuer à siéger.»
Haut de la page

