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L'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur s'entendent - La fusion de la droite fait des vagues chez les conservateurs

Manon Cornellier   17 octobre 2003  Canada
Ottawa - Le projet de fusion rapide de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur fait déjà des vagues dans les rangs conservateurs. André Bachand, le seul député québécois du parti, estime que le Québec n'y trouve pas son compte alors que l'ancien chef Joe Clark désapprouve la disparition de son parti au profit d'un autre. Cependant, leur opposition ne semble pas faire boule de neige, y compris au Québec.

L'accord a été dévoilé hier matin par le chef conservateur Peter MacKay et son homologue allianciste Stephen Harper, deux hommes visiblement soulagés de voir aboutir deux mois de négociations intensives et difficiles. Les deux leaders n'ont pas caché qu'ils avaient encore beaucoup de travail à abattre pour faire ratifier l'entente d'ici le 12 décembre et élire un nouveau chef le 21 mars. La tâche de M. MacKay s'annonce nettement plus compliquée que celle de M. Harper. Contrairement à ce dernier, son caucus n'est pas unanime et tout un pan de son parti s'oppose à la disparition du PPC. L'ancien chef Joe Clark, entre autres, a dit qu'il ne pouvait pas appuyer «une proposition qui signalerait la disparition de ce parti et mettrait [sa] réputation en péril».

André Bachand, le seul Québécois du caucus conservateur, a dénoncé le fait que le Québec n'a pas vraiment été représenté pendant les négociations. «Le chef a choisi [une solution] qui est selon moi la moins inclusive, sans le Québec, sans les francophones», a-t-il dit.

Il y a deux semaines, M. Bachand avait déjà indiqué que l'Alliance lui donnait de l'urticaire et qu'il ne pourrait jamais accepter cette union. Il a dit hier qu'il souffrait toujours d'«urticaire» mais qu'il ne claquait pas la porte pour autant. «Je dois prendre le temps nécessaire pour voir si ce nouveau parti pourra s'enraciner au Québec», a-t-il répété.

Il est «très sceptique» en raison notamment de l'absence de main tendue aux nationalistes. Aux yeux des Québécois, les conservateurs «couchent avec des extrémistes», croit-il. Il ne mènera pas campagne mais participera aux débats.

MM. Harper et MacKay ne croient pas que la mauvaise réputation de l'Alliance suivra la nouvelle formation au Québec. Selon eux, le fléchissement des appuis au Bloc québécois, la montée de l'Action démocratique et l'orientation prise par le gouvernement Charest montrent que les Québécois souhaitent une solution de rechange.

Des militants satisfaits

Les critiques de M. Bachand ne semblent d'ailleurs pas partagées par la plupart des militants conservateurs québécois joints par Le Devoir hier. Le sénateur Pierre-Claude Nolin, un organisateur de longue date du parti au Québec, se disait très satisfait. Les présidents conservateurs des circonscriptions Mont-Royal et Westmount, Claude Thibault et Brian Mitchell, ont affirmé qu'ils appuyaient entièrement la décision de leur chef.

Dany Renauld, un vétéran du parti, notait que plusieurs conservateurs lui ont dit vouloir s'impliquer de nouveau. Jerry Wiener, ancien ministre sous le règne de Brian Mulroney, trouve cette union «fantastique et courageuse». M. Wiener «attendait ce moment depuis longtemps» et «appuie totalement ce qu'ont fait aujourd'hui [hier] MM. Harper et MacKay».

Il y a quand même un malaise parmi les nationalistes et les progressistes, les red tories. «Je veux bien attendre de voir ce que seront les politiques du parti mais je suis inquiète et mal à l'aise parce que je ne vois pas de modérés associés au processus. Je n'ai pas non plus le sentiment qu'on ira chercher le Québec avec ça», a confié une militante de longue date hier.

Les présidents d'association doivent se réunir à Québec demain pour discuter, entre autres, de ce projet. M. Bachand espère pouvoir y prendre le pouls du parti dans la province.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a été chef du Parti progressiste-conservateur, n'a pas porté de jugement sur l'entente, disant simplement que la fusion ne le surprenait pas. Il a précisé qu'il n'envisageait pas de retour sur la scène fédérale et n'entendait pas appuyer le nouveau parti. «Le Parti libéral du Québec est autonome. On a toujours été très rigoureux dans notre volonté d'affirmer cette autonomie. [...] On n'appuie aucun parti. On suit toujours ce qui se passe sur la scène fédérale dans la mesure où cela a un impact sur le Québec. Mais on a un mandat ici et on est très occupés à remplir notre mandat. Nous ne voulons pas nous impliquer dans la prochaine campagne fédérale», a-t-il dit.

Jean Charest a toutefois noté qu'il serait souhaitable que le chef du Parti conservateur du Canada puisse communiquer autant en anglais qu'en français. Plusieurs noms circulent déjà, dont ceux de MM. Harper et MacKay. Le plus fréquent est celui de Mike Harris, qui est unilingue.

M. MacKay a par ailleurs eu droit aux félicitations du premier ministre néo-brunswickois Bernard Lord et à la réaction enthousiaste de Brian Mulroney. Ces appuis de haut calibre ne suffiront cependant pas à calmer le jeu, en particulier parmi les partisans de David Orchard. Le chef conservateur avait obtenu l'appui de M. Orchard lors du congrès au leadership après avoir conclu une entente promettant de préserver le parti. M. Orchard doit tenir une conférence de presse aujourd'hui à Ottawa.

Les autres partis fédéraux ont accueilli sans grand émoi cet éventuel bouleversement de l'échiquier politique canadien. Les chefs bloquiste Gilles Duceppe et néo-démocrate Jack Layton croient que ce sont les libéraux qui paieront le prix de cette union puisque 29 députés libéraux de l'Ontario ont obtenu moins de voix dans leur comté que toutes celles des conservateurs et alliancistes réunis.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard, de Geneviève Otis-Dionne et de la PC
 
 
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