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    Ottawa défend le transfert de déchets nucléaires

    «Nous avons conclu une entente avec les États-Unis pour leur exporter de l’uranium hautement enrichi afin de réduire la menace que pose le terrorisme international (...)», a indiqué le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, dans un courriel transmis au Devoir.
    Photo : La Presse canadienne (photo) Darryl Dyck «Nous avons conclu une entente avec les États-Unis pour leur exporter de l’uranium hautement enrichi afin de réduire la menace que pose le terrorisme international (...)», a indiqué le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, dans un courriel transmis au Devoir.
    Le gouvernement Harper se porte à la défense de l’accord visant à envoyer aux États-Unis des déchets nucléaires canadiens, y compris de l’uranium liquide extrêmement radioactif, malgré les risques liés au transport de ces matières dangereuses par camion.

    « Nous avons conclu une entente avec les États-Unis pour leur exporter de l’uranium hautement enrichi afin de réduire la menace que pose le terrorisme international. Cela [découle de] notre obligation à soutenir les efforts internationaux visant la non-prolifération nucléaire », indique le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, dans un courriel transmis au Devoir par son personnel.

    Près d’un mois après la catastrophe de Lac-Mégantic, une quarantaine de municipalités québécoises, dont Montréal, réclament un débat public sur le transport par camion de ces matières radioactives. Le Devoir a rapporté vendredi que le maire d’Amqui, en Gaspésie, a envoyé à toutes les villes du Québec une ébauche de résolution invitant les maires à « tout mettre en oeuvre » pour empêcher l’envoi de ces substances parmi les plus dangereuses du monde.

     

    « On a fait aveuglément confiance à des entreprises pour le transport ferroviaire. On a vu ce que ça a donné à Lac-Mégantic », a dit au Devoir Gaëtan Ruest, maire d’Amqui.

     

    À l’abri des terroristes

     

    Le gouvernement Harper fait valoir que le Canada et d’autres pays ont signé en 2012 un accord prévoyant le transfert de leurs déchets nucléaires vers les États-Unis. Le but est de regrouper les substances radioactives dans un seul lieu, appelé Savannah River, en Caroline du Sud, pour empêcher les terroristes de mettre la main sur des matières qui leur permettraient de fabriquer une bombe atomique.

     

    En vertu de cet accord, le gouvernement Harper a convenu de livrer aux États-Unis de l’uranium hautement enrichi provenant des laboratoires de Chalk River, en Ontario, à une dizaine de kilomètres de la frontière québécoise. Ces résidus extrêmement radioactifs sont considérés comme de « qualité militaire ». Au moins une livraison par camion de matières radioactives sous forme solide a eu lieu au cours des derniers mois.

     

    Ce qui inquiète les maires du Québec, c’est que l’entente entre Ottawa et Washington prévoit désormais le transfert d’uranium hautement enrichi sous forme liquide. Les conséquences d’un accident seraient dramatiques, parce que la substance radioactive risquerait de se déverser dans l’eau et sur le sol.

     

    « Ce sont les déchets les plus toxiques de la Terre », dit Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, établi à Montréal.

     

    Il estime que la position du Canada ne s’inscrit pas dans le cadre de la non-prolifération. « Ils veulent donner l’impression qu’ils veulent faire quelque chose sur le plan international […],mais ils se débarrassent d’un problème qu’ils auraient dû traiter à Chalk River », estime M. Edwards, qui milite contre cet accord.

     

    Les convois devraient être composés de plusieurs camions, escortés par des gardes armés qui emprunteraient un itinéraire secret, selon lui. Le département de l’Énergie américain a en effet refusé de fournir les itinéraires prévus à son organisation, pour des raisons de sécurité.

     

    Stimuler l’emploi aux États-Unis

     

    Le site de Savannah River a été construit dans les années 1950 afin de permettre aux États-Unis d’y traiter les produits de base nécessaires à la fabrication d’une bombe nucléaire comme le plutonium. Depuis, le complexe est géré par le département de l’Énergie en partenariat avec des entreprises privées.

     

    Selon Tom Clements, militant antinucléaire américain qui fait partie de l’organisation des Amis de la Terre (Friends of the Earth), l’arrivée de déchets canadiens va permettre de stimuler l’emploi, car le budget du site de Savannah River est plutôt serré. Il voit dans l’accord canado-américain un échange de bons procédés. « Ce n’est pas un programme de non-prolifération. Le Canada veut se débarrasser des déchets nucléaires et Savannah River veut faire de l’argent grâce à cet accord afin de continuer à exploiter son usine de traitement sur ce site », dit M. Clements, qui vit en Caroline du Sud.

     

    Il estime que les déchets nucléaires liquides peuvent être traités à Chalk River, où ils seraient solidifiés et conservés. M. Clements déplore aussi le manque de transparence tant du côté américain que canadien. « On a demandé une étude environnementale complète, le département de l’Énergie n’y a pas donné suite », indique M. Clements.

     

    Il faudrait vraisemblablement des dizaines et des dizaines de convois afin de transporter les résidus liquides radioactifs de Chalk River vers les États-Unis. « C’est un envoi inutile de produits très dangereux », estime Tom Clements. Si le site de Savannah River reçoit régulièrement des déchets nucléaires, l’accord est toutefois inédit, car pour la première fois, des déchets sous une forme liquide vont y être transportés par camion, selon lui. Ceci risque de marquer un précédent, craint M. Clements.

     
     
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