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    La cote du bilinguisme est en baisse au pays

    Les jeunes sont de moins en moins en contact avec la langue française et peu d’immigrants sont bilingues, selon une analyse de Statistique Canada portant sur la période 1961-2011

    Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million).
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million).
    Consultez l'étude sur «L’évolution du bilinguisme français-anglais au Canada de 1961 à 2011»
    Un demi-siècle après la commission Laurendeau-Dunton, le bilinguisme canadien demeure une affaire essentiellement québécoise - et plutôt fragile. Dans le reste du pays, le taux de bilinguisme est à la baisse, et tout indique que la tendance ira s’aggravant dans les prochaines années, révèle une étude publiée mardi par Statistique Canada.

    L’analyse indique notamment que de moins en moins de jeunes anglophones sont en contact avec le français à travers le pays. Elle montre aussi que les Canadiens nés à l’étranger sont proportionnellement deux fois moins nombreux à être bilingues anglais-français que leurs compatriotes nés au pays.


    « Il est clair que de grands défis se poseront dans les prochaines années pour le maintien du bilinguisme », dit Jean-Pierre Corbeil, responsable des données linguistiques à Statistique Canada et coauteur de l’étude. Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, partage en partie le constat.


    L’étude permet de mesurer l’évolution du bilinguisme au Canada depuis la création de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton) en 1963, qui a jeté les bases de ce qui allait devenir la politique de bilinguisme officiel du gouvernement canadien en 1969.


    Entre 1961 et 2001, la proportion des Canadiens capables de soutenir une conversation en français et en anglais est passée de 12,2 % à 17,7 %. Mais depuis dix ans, on note une légère régression de ce chiffre, établi à 17,5 % selon le recensement 2011 (dont les données linguistiques ont été publiées en octobre dernier). Quelque 5,8 millions de Canadiens se disent aujourd’hui bilingues.


    Sauf que ce chiffre cache de grandes disparités régionales, indique l’étude de Statistique Canada. En dehors du Québec, moins de 10 % de la population canadienne est bilingue (9,7 %).


    Le Québec fournit 57 % de la population bilingue canadienne (3,3 millions de personnes, soit plus de 42 % de la population québécoise), et l’Ontario 23 % (1,4 million). En ajoutant le Nouveau-Brunswick, 86 % des Canadiens bilingues demeurent dans trois provinces qui composent la « ceinture bilingue » du pays - terme qui désigne une zone de fréquents contacts entre francophones et anglophones.


    Jean-Pierre Corbeil souligne qu’entre 2001 et 2011, le Québec a ajouté quelque 420 000 personnes bilingues à son actif. C’est trois fois plus que tout le reste du Canada… « Dans les deux décennies qui ont suivi Laurendeau-Dunton, le taux de croissance de la population bilingue était deux fois plus rapide que celui de la population totale, dit-il. La tendance est maintenant complètement inversée. »

     

    Immigration et jeunes


    Statistique Canada avance deux explications à cette situation. D’une part, la croissance de la population immigrante y contribue pour beaucoup. Les nouveaux arrivants - qui sont le principal facteur de croissance démographique au Canada - affichent un taux de bilinguisme français-anglais inférieur à celui des Canadiens de naissance (13 % contre 19 %).


    Si on excepte les immigrants établis au Québec (qui sont bilingues à plus de 50 %), on remarque que le taux de bilinguisme des nouveaux arrivants est en fait d’à peine 6 % (contre 11 % pour les Canadiens nés au pays et qui habitent hors Québec). « Dans 30 ans, l’immigration sera responsable de 90 % de la croissance de la population », rappelle Jean-Pierre Corbeil.


    Les jeunes sont au coeur de l’autre raison suggérée par Statistique Canada. L’organisme a remarqué que le niveau d’exposition des élèves hors Québec à des programmes de français langue seconde a diminué dans les dernières années. Ils étaient 1,8 million à suivre de tels cours en 1991-1992 : ils sont maintenant 1,4 million, une diminution de 24 % en deux décennies. « C’est une baisse nette », dit l’analyste Corbeil.


    Cette baisse n’est pas compensée par l’augmentation de la popularité des cours d’immersion en français. Ils étaient 267 000 à tenter l’immersion il y a 20 ans ; le dernier recensement indique qu’il y en avait 341 000. Cela explique peut-être pourquoi les jeunes anglophones du ROC (rest of Canada) sont de moins en moins bilingues. En 1996, 15 % des jeunes anglophones âgés de 15 à 19 ans pouvaient soutenir une conversation en français. Cette proportion est aujourd’hui de 11 %.


    On observe aussi que plusieurs anglophones du ROC n’arrivent pas à maintenir leur bilinguisme au fur et à mesure qu’ils avancent en âge. La moitié des jeunes anglophones qui se disaient bilingues en 1996 ne l’étaient plus en 2011 (ils sont maintenant dans la classe des 30-34 ans). Au Québec, c’est plutôt le contraire : les francophones améliorent leur connaissance de l’anglais une fois leurs études terminées, constate Statistique Canada. Globalement, les francophones du pays ont un taux de bilinguisme de 44 %, comparativement à 8 % pour les anglophones.

     

    Fraser inquiet


    Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, estime que cette étude révèle des données préoccupantes. Il trouve « un peu normal que nous ne puissions maintenir le même pourcentage de gens bilingues quand on accueille 250 000 immigrants chaque année ». Mais la baisse marquée du nombre d’étudiants qui apprennent le français dans les écoles canadiennes est « inquiétante », selon M. Fraser.


    « Il y a une certaine croyance voulant que la seule façon d’apprendre le français soit de passer par l’immersion, dit-il en entretien. On voit l’intérêt que les programmes d’immersion continuent d’avoir. Ils attirent les meilleurs enseignants, ils ont plus de ressources. Mais ça fait en sorte que les enseignants de français langue seconde sont un peu les parents pauvres du système éducatif canadien. » Le système pâtit de ces carences, suggère-t-il. Graham Fraser pointe aussi du doigt le fait qu’aucune province à l’ouest de l’Ontario n’oblige l’apprentissage du français à l’école.

     
     
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