Le message d’une élection
Le résultat d’élections partielles doit presque toujours être pris avec circonspection. Le taux de participation est généralement très bas et les enjeux locaux y ont plus de poids que pour des élections générales. Mais si l’élection coïncide avec une vague de mécontentement contre un gouvernement ou l’élan de popularité d’un parti, elle sera rapidement interprétée comme une confirmation, ou non, d’une tendance. Ce qui peut renforcer une trame narrative sur le point de s’imposer.
L’élection partielle qui se déroule ce lundi dans Labrador s’annonce de cette eau, et les conservateurs pourraient être les premiers à en souffrir. Pour comprendre les déboires qu’on leur prédit, il faut retourner aux raisons de cette élection déclenchée moins d’un mois après la démission de Peter Penashue.
Si ce dernier se représente, c’est parce qu’il revient aux électeurs, affirme le premier ministre Stephen Harper, de juger de ses actes lors de la campagne de 2011. Son organisation a alors accepté des contributions illégales provenant d’entreprises, mais présentées comme des dons individuels dans son rapport financier. Il a aussi dépensé au-delà de la limite permise.
Le parti l’a aidé à rembourser les sommes en question, mais bien des gens, les libéraux au premier chef, pensent qu’il a triché pour l’emporter avec à peine 79 votes. Élections Canada, de son côté, ne confirme pas si une enquête est en cours, mais son site n’indique pas que le dossier est clos. Par conséquent, M. Penashue pourrait encore faire l’objet d’accusations.
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La défaite annoncée de Peter Penashue est directement attribuable à cette affaire, mais aussi à l’attitude finalement méprisante du parti à l’endroit des électeurs du coin. En nommant à nouveau M. Penashue candidat, le PC s’est retrouvé à dire qu’il ne trouvait pas très grave de berner les électeurs et de possiblement enfreindre la loi pour l’emporter. M. Penashue n’a d’ailleurs cessé de répéter qu’il serait de retour au cabinet, un refrain que le ministre Peter MacKay a repris lors de son passage dans Labrador.
Depuis l’arrivée de Stephen Harper au pouvoir, les conservateurs n’ont jamais perdu un siège au cours d’une élection partielle. Une première ce lundi, dans la seule circonscription qu’ils détenaient à Terre-Neuve-et-Labrador, viendrait seulement étoffer le portrait négatif que certains font de plus en plus souvent du gouvernement Harper, y compris dans la presse considérée plus conservatrice.
Samedi, Andrew Coyne, du National Post, était déchaîné, soutenant que les conservateurs n’avaient qu’eux-mêmes à blâmer pour leurs difficultés actuelles. « Secret, assoiffé de contrôle, manipulateur, grossier, autocratique, vicieux, dénué de principes, peu fiable, paranoïaque… […] Nous avons déjà eu des gouvernements brutaux et malhonnêtes, corrompus même, mais jamais un aussi déterminé à susciter l’hostilité du public. »
Cela explique-t-il ceci ? Les conservateurs perdent lentement du terrain alors que les libéraux remontent, prenant même les devants dans quelques enquêtes récentes. Les appuis de M. Harper oscillent autour de 30 % et le taux d’insatisfaction à l’endroit de son gouvernement se maintient au-dessus de la barre des 50 %.
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Du côté des libéraux, la remontée du parti depuis l’arrivée de Justin Trudeau crée une impression d’élan qui va au-delà de la lune de miel. Une victoire serait inévitablement interprétée comme une confirmation de cette tendance alors que ce ne serait qu’un simple retour à la normale dans cette circonscription traditionnellement libérale.
Depuis l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, le PLC a régné de façon presque ininterrompue sur Labrador. Les libéraux ont été délogés à seulement deux reprises par les conservateurs, en 1968 et 2011. Avec pour candidate l’ancienne chef provinciale Yvonne Jones, le parti a pris les moyens pour reprendre ce siège, Justin Trudeau ou pas.
Les chances du NPD, en revanche, sont pour ainsi dire nulles. Malgré cela, la défaite sera fort probablement interprétée comme un symbole du terrain perdu - et potentiellement à perdre - au profit des libéraux de M. Trudeau.
Un événement qui pourrait permettre à Thomas Mulcair de contrer cette image serait une victoire du NPD lors des élections provinciales en Colombie-Britannique, mardi. Avec une avance de 20 points dans les sondages au début de la campagne, le néodémocrate Adrian Dix était donné gagnant, mais sa combative rivale, la libérale Christy Clark, a gagné du terrain depuis le débat des chefs. Vendredi, un sondage la mettait à égalité avec M. Dix. Une défaite de ce dernier serait un coup dur pour son cousin fédéral. M. Mulcair compte beaucoup sur la performance des premiers ministres provinciaux néodémocrates pour démontrer l’aptitude du NPD à gouverner.







