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Le commis voyageur

8 mai 2013 | Manon Cornellier | Canada
Ottawa — Encore une fois, le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, se retrouve à l’étranger pour défendre d’abord et avant tout les intérêts de l’industrie des sables bitumineux. En tournée en Europe du 6 au 10 mai, il a pour mission de convaincre ses interlocuteurs de l’iniquité du projet de Directive sur la qualité des carburants de l’Union européenne.

À la fin d’avril, il était à New York et à Washington pour y parler emplois et sécurité énergétique. En mars, il était à Chicago et à Houston. Son but : persuader le gouvernement Obama à donner le feu vert à l’oléoduc Keystone XL, nécessaire au transport du bitume albertain vers le golfe du Mexique.


Les efforts de M. Oliver ne surprennent personne. Les conservateurs ont toujours été des alliés indéfectibles de l’industrie pétrolière, et en particulier des sables bitumineux. Leur porte lui est d’ailleurs ouverte. Selon l’Institut Polaris, il y a eu, entre 2008 et 2012, plus de 2700 rencontres entre des lobbyistes du secteur du pétrole et du gaz et des représentants du gouvernement fédéral.


Les intérêts de l’industrie des sables bitumineux et ceux, dans une moindre mesure, de l’ensemble du secteur des ressources ont dicté la politique environnementale des conservateurs depuis leur arrivée au pouvoir. Ils interprètent volontiers toute demande d’action en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) comme une critique voilée contre cette industrie.


Eux préfèrent lui faire la part belle. En fait, toute la politique économique et budgétaire conservatrice dépend largement du succès de cette industrie. Les revenus du gouvernement sont fortement influencés par les fluctuations du prix des matières premières et, en particulier, du bitume.


On comprend mieux, dans ce contexte, l’impatience d’Ottawa à trouver des débouchés. Mais voilà, l’accès aux marchés n’est pas toujours aisé, ce qui exerce une pression à la baisse sur les prix. Les pipelines qui transportent le brut vers les raffineries américaines ne fournissent pas à la tâche, d’où l’importance accordée au projet Keystone XL. Il y a toujours les marchés asiatiques, mais sans accès à la mer, l’Alberta dépend de la bonne volonté de ses voisins.


L’incertitude qui entoure le projet Keystone XL depuis environ deux ans est en grande partie responsable de l’intérêt du gouvernement pour le pipeline Northern Gateway, qui doit transporter le bitume de l’Alberta vers Kitimat, en Colombie-Britannique. C’est aussi ce qui explique pour une bonne part les changements apportés l’an dernier au processus d’évaluation environnementale.


***


Depuis deux ans, le ministre Oliver consacre donc une grande partie de son temps à vendre les sables bitumineux. Ou, devrait-on dire, à défendre cette source d’énergie auprès des Américains et des Européens.


Un gouvernement a le devoir de tout mettre en oeuvre pour protéger ce qu’il estime être les intérêts nationaux de son pays. La question est de savoir si ceux du Canada sont bien servis par une défense des sables bitumineux assortie d’un retrait du Protocole de Kyoto et d’une politique attentiste en matière de réduction des émissions de GES. Le Canada est maintenant considéré comme un cancre en matière d’environnement.


M. Oliver a beau protester, ce contre quoi il se bat n’est pas un refus des exportations canadiennes d’énergie, mais d’une ressource en particulier, dont la mauvaise réputation est renforcée par la politique environnementale de son propre gouvernement.


Cette réalité ne changera pas parce qu’il adoucit les angles, embellit le portrait ou présente les sables bitumineux comme une ressource renouvelable au détour d’un document signé en Israël. Les sables bitumineux ont une lourde empreinte écologique et leur développement tel qu’il se fait actuellement n’est pas durable.


***


La résistance ne se fait pas sentir qu’à l’étranger. Concilier environnement et développement énergétique est au coeur de la campagne électorale en cours en Colombie-Britannique. Et les deux partis susceptibles de gagner n’entendent pas donner carte blanche aux pétrolières.


La première ministre sortante, la libérale Christy Clark, a déclaré cette semaine au Globe and Mail que sa province n’avait pas besoin de l’Alberta pour contribuer au développement économique du pays. Mme Clark, qui mise sur l’exploitation du gaz naturel liquéfié, avait déjà formulé cinq conditions pour accepter le passage vers le Pacifique de l’oléoduc Northern Gateway. Elle estime que ces conditions n’ont toujours pas été remplies.


Son adversaire néodémocrate, Adrian Dix, a lancé un avertissement d’un autre genre lors de sa rencontre avec le Globe. Il ne veut pas que l’examen des projets énergétiques traîne en longueur, mais cela ne doit pas être au prix de la participation du public. L’acceptabilité sociale des projets est essentielle, dit-il.


Les conservateurs fédéraux ne pourront pas indéfiniment ignorer ces signaux. Ils détiennent la majorité des sièges dans cette province et espèrent prendre plusieurs des nouvelles circonscriptions qui seront créées d’ici 2015. Faire passer l’environnement au second plan pourrait finir par se faire à leurs propres dépens.

 
 
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