Nations unies - Ottawa tourne le dos au Conseil de sécurité
Le ministre Baird est catégorique : « La politique étrangère du Canada, fondée sur des principes, n’est pas à vendre en échange d’un siège au Conseil de sécurité », a-t-il lancé mercredi aux Communes, en défendant le bilan conservateur contre les régimes en Syrie et en Iran.
Mais de l’avis de Thomas Mulcair, si le gouvernement de Stephen Harper ne fait pas campagne lors de la prochaine élection d’États observateurs au Conseil de sécurité, c’est parce qu’il sait qu’il n’a « aucune chance ». « Le Canada dont on pouvait jadis être assez fier, sur le plan mondial - qui était là pour le maintien de la paix, le développement international -, n’existe plus à cause des actions de Stephen Harper. C’est pour ça qu’il n’ose plus présenter la candidature », a-t-il reproché.
« Gaffes diplomatiques »
En 2010, le Canada a essuyé un revers en tentant d’être élu membre non permanent au Conseil de sécurité, cédant sa place au Portugal, qui menait loin devant. C’était la première fois depuis 60 ans que le Canada n’obtenait pas le siège brigué, après avoir siégé toutes les décennies. Les détracteurs des conservateurs avaient attribué la défaite à leur politique étrangère, accusée d’être trop tendre à l’endroit d’Israël.
Des critiques que partage Michel Duval, ex-ambassadeur canadien ayant notamment travaillé à la dernière campagne fructueuse du Canada au Conseil de sécurité à la fin des années 1990. « Notre crédibilité politique, avec toute l’accumulation de ces gaffes diplomatiques, mais aussi un changement dans l’approche canadienne des Nations unies, fait qu’on n’est plus vu comme un pays qui peut apporter au Conseil de sécurité quelque chose de plus. […] On n’aurait aucune chance », a commenté au Devoir M. Duval, aujourd’hui à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Qualifiant la décision de M. Baird de « bien avisée » puisqu’Ottawa a selon lui « aggravé la situation plutôt que de corriger le tir » depuis 2010, M. Duval a déploré la politique conservatrice « alignée derrière les positions américaines et israéliennes », qu’ils aient « viré casaque » en environnement, et que M. Baird estime que le rôle de médiateur et de mainteneur de la paix du Canada soit révolu.
En vertu du processus onusien, le Canada pourrait faire campagne à l’automne 2014 pour briguer un nouveau siège en 2015. Une telle campagne « se prépare cinq, six ans à l’avance », a expliqué M. Duval. Ce qu’a évoqué M. Baird cette semaine, en plaidant que « vous ne lancez pas de telles campagnes avec quelques mois de préavis ».
Le chef libéral Justin Trudeau y voit plutôt un nouveau signe du désengagement des conservateurs dans les organisations internationales. « Ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas quant à l’approche de ce gouvernement en affaires internationales. »
Les conservateurs se sont cet hiver retirés de la convention onusienne pour lutter contre la désertification, et M. Harper a à quelques reprises, de manière ostentatoire, préféré d’autres événements à l’Assemblée générale de l’ONU.








