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    Vague orange - Ruth Ellen Brosseau a la piqûre

    27 avril 2013 |Marco Fortier | Canada
    Ruth Ellen Brosseau a été élue dans la circonscription de Berthier-Maskinongé sans y avoir jamais mis les pieds.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ruth Ellen Brosseau a été élue dans la circonscription de Berthier-Maskinongé sans y avoir jamais mis les pieds.

    Elle est devenue le visage de la vague orange qui a déferlé sur le Québec : élue sans avoir jamais mis les pieds dans la circonscription de Berthier-Maskinongé - elle est même allée en vacances à Las Vegas en pleine campagne électorale -, Ruth Ellen Brosseau a été emportée dans un tourbillon infernal, le 2 mai 2011.


    Deux ans après le choc de son élection-surprise, l’ex-gérante de bar de 29 ans en a fait, du chemin. Sans faire de bruit, la jeune députée a gagné le respect de ses pairs à la Chambre des communes et des électeurs de sa circonscription. Et elle a pris goût au métier de député. « Au début, j’ai trouvé ça rough. J’ai été critiquée partout au pays, mais ça m’a poussée à travailler plus fort pour me faire connaître et connaître le comté. Jack [Layton] me disait : don’t let them tell you it can’t be done », raconte Ruth Ellen Brosseau, rencontrée lors d’un récent passage à Montréal.


    La députée néodémocrate se souvient en souriant du cirque qui a entouré son élection, il y a deux ans. Les journaux de tout le Canada se demandaient en première page qui était cette mystérieuse barmaid élue contre toute attente. Ruth Ellen Brosseau et son fils Logan, qui avait 10 ans à l’époque, étaient restés cachés durant neuf jours à l’abri des journalistes qui faisaient le pied de grue devant la maison de son père, à Gatineau. Lors de sa première visite dans sa circonscription, les équipes de télévision et de la presse écrite poursuivaient sa voiture dans les rues de Louiseville.


    « En politique, il faut avoir un bon sens de l’humour et beaucoup de patience », résume Ruth Ellen Brosseau dans un français où pointe un accent anglais. Élevée à Kingston, en Ontario, par un père francophone et une mère anglophone, elle parlait mal le français en mai 2011 - handicap important pour une députée du Québec rural.


    Deux ans plus tard, la députée paraît à l’aise en français. Elle vit une semaine par mois à Trois-Rivières et passe presque toutes ses fins de semaine dans sa circonscription, qui regroupe 34 municipalités. Elle connaît tous les maires par leur petit nom.


    « Elle fait du bon travail, dit Guy Richard, maire de Louiseville. Elle connaît bien ses dossiers et nous avons une bonne collaboration avec la députée et son personnel. »

     

    Opération pelures de banane


    Comme la majorité des 58 députés québécois de la vague orange de 2011, Ruth Ellen Brosseau a été soigneusement encadrée par le parti. Le but : éviter que ces recrues trébuchent sur les pelures de banane qui guettent tout nouvel élu à la Chambre des communes.


    Si plusieurs prédisaient une débandade des recrues, celle-ci ne s’est pas produite. Même si certains se débrouillent mieux que d’autres, aux Communes ou en comité parlementaire - où certains cèdent rapidement leur droit de parole, faute d’idées à soulever -, la « matière première était pas pire », soulignent des stratèges du parti. Et l’on certifie ne pas avoir eu de mal à contrôler les troupes pour éviter les sorties maladroites ou compromettantes.


    La tempête médiatique autour de Ruth Ellen Brosseau « a servi d’avertissement à plusieurs quant à la façon dont ça peut déraper ». Et pendant que tous les projecteurs étaient tournés vers la députée de Berthier, les autres recrues pouvaient prendre de l’expérience bien tranquillement, sous l’écran radar des médias, indique-t-on au NPD.

     

    À la défense de l’agriculture


    Ruth Ellen Brosseau a ainsi été nommée porte-parole adjointe du parti en agriculture, pour appuyer son collègue Malcolm Allen. Elle a fait ses devoirs : la députée défend avec aplomb les subtilités du système de gestion de l’offre pour les producteurs d’oeufs et de volaille, dont plusieurs sont établis dans sa circonscription.


    C’est tout un revirement dans sa vie. Végétarienne depuis l’âge de cinq ans, elle a déjà milité pour les droits des animaux. Ruth Ellen Brosseau affirme pourtant n’avoir aucun problème à défendre les producteurs de bétail et l’agriculture industrielle. « J’ai fait le choix personnel d’être végétarienne. Je ne l’impose à personne. Je sers des côtes levées et du steak à mon fils, qui adore manger du barbecue », dit-elle.


    Mère de famille monoparentale, elle compte sur l’aide de ses parents, qui habitent en Outaouais, pour s’occuper de son fils après l’école et les fins de semaine. La conciliation travail-famille est difficile pour les députés, encore plus pour une femme qui élève seule son enfant.


    Ruth Ellen Brosseau peut au moins se consoler avec son salaire de près de 160 000 $ et la généreuse pension qu’elle touchera à sa retraite, si elle siège six ans aux Communes. Que fait-on à 29 ans avec une rémunération comme celle-là ? « J’ai remboursé ma dette d’étudiante ! », répond-elle sans hésiter.


    La députée roule en Volkswagen Jetta 2005. Elle a un appartement à Trois-Rivières-Ouest. Elle prévoit d’acheter une maison dans la région au cours de l’été. « Je suis responsable. J’ai un fils de 12 ans. En politique, on ne sait jamais ce qui peut arriver. »


    On ne sait jamais ce qui peut arriver, mais elle compte bien se représenter aux prochaines élections à date fixe, prévues le 19 octobre 2015. Ruth Ellen Brosseau a eu la piqûre. « Les gens me disent : “Tu m’inspires. Tu étais gérante d’un bar et tu réussis comme députée. Si tu le fais, je peux le faire aussi.” »


     

    Avec la collaboration de Marie Vastel













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