Constitution - Trudeau n’entend pas «rouvrir de vieilles batailles»

Justin Trudeau estime qu’en soulevant une controverse au sujet du rapatriement de la Constitution, les souverainistes essaient « de retrouver un niveau de pertinence, de présence, dans l’esprit public ».
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Justin Trudeau estime qu’en soulevant une controverse au sujet du rapatriement de la Constitution, les souverainistes essaient « de retrouver un niveau de pertinence, de présence, dans l’esprit public ».

Ottawa — Justin Trudeau est loin d’être favorablement disposé envers la demande de Pauline Marois qu’Ottawa rende publiques ses archives pour faire la lumière sur de possibles irrégularités entourant le rapatriement de la Constitution.


En entrevue à la Presse canadienne, le favori de la course au leadership du Parti libéral du Canada a confié qu’il n’avait pas l’intention de « sombrer dans de vieilles chicanes ».


« À moins que je commence à entendre beaucoup de gens, partout au Québec, [dire] que c’est leur plus grande préoccupation, moi, je ne vais pas utiliser de mon temps, de mon capital politique, pour rouvrir de vieilles batailles », a-t-il tranché.


Selon lui, les souverainistes sont « en train d’essayer à tout prix de retrouver un niveau de pertinence, de présence, dans l’esprit public ».


« Ils cherchent des excuses pour ramener de vieilles chicanes. Pour moi, ce n’est pas de ça que les gens parlent. »


Dans son livre La bataille de Londres, l’historien Frédéric Bastien avance que le principe de la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l’exécutif a été bafoué lors de cet épisode charnière de l’histoire du pays. La Cour suprême du Canada a laissé savoir qu’elle allait examiner le dossier, alors que le juge en chef de l’époque, Bora Laskin, aurait pu avoir donné des informations privilégiées aux gouvernements canadien et britannique.


Pierre Elliott Trudeau était alors premier ministre du Canada. Aujourd’hui, son fils aîné avoue être « curieux » de voir les conclusions que tirera le plus haut tribunal au pays dans ce dossier, sans toutefois avoir l’intention de « jouer à la petite politique là-dessus ».


Centraliser ou pas?


Pour Justin Trudeau, les compétences des provinces et du fédéral ne semblent pas être coulées dans un moule étanche et immuable.


Sur la question de la gouvernance souverainiste chère à la première ministre péquiste Pauline Marois, l’aspirant chef libéral laisse entendre que cette dernière ne se heurterait pas systématiquement à une porte fermée s’il entrait au 24 Sussex.


« Que n’importe quel premier ministre vienne me voir avec une demande précise sur cet enjeu-ci ou cet enjeu-là, je vais toujours l’écouter, je vais toujours évaluer ce qui est dans le meilleur intérêt du Canada et même de cette province-là », a avancé ce fédéraliste convaincu.


« Je vais regarder les justifications, l’argumentaire, et je vais voir : est-ce que c’est juste un outil pour avancer la cause souverainiste - avec laquelle je ne suis pas d’accord - ou est-ce qu’il y a un enjeu réel ? »


Justin Trudeau a fait de l’éducation postsecondaire l’un des thèmes phares de sa campagne et il ne cache pas qu’il aimerait qu’Ottawa ait davantage son mot à dire dans ce domaine qui relève exclusivement des provinces.


« Mais je ne suis pas pour dire que, oui, le gouvernement fédéral doit travailler plus avec les provinces en matière d’éducation sans dire qu’il y a peut-être d’autres enjeux dans lesquels le gouvernement provincial pourrait avoir plus de pouvoirs, a-t-il illustré. Je ne suis pas dogmatique dans mon approche à ce niveau-là. »


Inévitables attaques


Le député montréalais, élu pour la première fois en 2008, sait qu’il lui reste toute une pente à gravir pour regagner le coeur des Québécois. Il comprend aussi que l’opinion des électeurs de la province est souvent polarisée à son égard. « J’ai commencé ma carrière dans Papineau avec beaucoup de gens qui avaient une perception très négative de moi », s’est-il rappelé.


Mais à force de porte-à-porte et de travail sur le terrain, il a ravi la circonscription de la respectée bloquiste Vivian Barbot, puis s’est fait réélire en 2011 malgré la vague orange.


« Même si je dérange les « usual suspects » de la souveraineté, je sens une ouverture et un engouement positif partout où je vais, que ce soit au Saguenay, que ce soit à Petite-Rivière-Saint-François, que ce soit en Outaouais ou en Gaspésie. »


Quant aux publicités négatives qui ne manqueront pas de s’abattre sur lui, il assure qu’il ripostera, même si pour l’instant le plan de sa contre-attaque n’est pas encore finalisé.


Il assure toutefois qu’il « ne descendra pas » au niveau des conservateurs, parce qu’à son avis, les électeurs sont fatigués de ce genre de tactiques.


Le nom du nouveau chef libéral sera dévoilé à Ottawa dimanche soir.

45 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 12 avril 2013 00 h 52

    La méthode soviétique...

    Charmante cette réponse de celui qui aspire à diriger le pays...Quelle sens de l'éthique et de l'histoire.

    Refuser de connaître la vérité ressemble étrangement à cette tactique des soviets qui a consisté à éliminer de toutes les photographies prises de Lénine et de Trotsky. la figure de ce dernier parce qu'il fallait que l'histoire serve le régime en place, celui de l'homme en place.

    Il disait récemment en reprenant les propos de son père: Just watch me! Comme il a raison, il va vraiment falloir avoir à l'oeil ce démagogue pour qui l'histoire, la réelle, a moins d'importance que celle qu'il veut nous raconter...

    Justin...raconte moi l'histoire du petit chaperon Bora...

    • Bernard Dupuis - Abonné 12 avril 2013 09 h 56

      Le chauvinisme «canadian» fait que les «Canadians» regardent toujours de haut les autres pays du monde. Pourtant, il arrive souvent que le jupon dépasse et la réputation du Canada à travers le monde en a pris pour son rhume ces derniers temps.

      La ressemblance que vous faites remarquer avec l'Union soviétique est loin d'être impertinente. L'instrumentalisation de l'histoire faite par le «Canadians» est évidente. Ils sont prêts à considérer la «guerre de 1812» comme un acte fondateur du pays alors qu'il s'agissait d'une simple escarmouche entre commerçants. Mais les événements honteux entourant le rapatriement de la constitution sont relégués au rang des oubliettes. Nous voyons là l'aspect tartuffe de ces chers «Canadians».

      Bernard Dupuis,
      Berthierville

  • Daniel Bouchard - Inscrit 12 avril 2013 01 h 55

    Il part sur le bon pieds!

    Il démontre de l'ouverture sans tomber dans le fantastique! Si il met en place un programme répondant à la réalité Canadienne, tout en respectant les réalités régionales, le peuple lui donnera une chance de prouver ce qu'il peut faire. J'aime quand il avance qu'il ne veut pas tomber dans la petite politique, il serait à peu près temps qu'on en sorte!

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 avril 2013 07 h 27

      Mignon

      Et je parie que vous le trouvez mignon.

      Desrosiers
      Val David

    • Manon Theriault - Inscrite 12 avril 2013 08 h 23

      D'ignorer cet état de fait, c'est ça, la petite politique. C'est très grave ce qui nous est dévoilé et Just'in voudrait balayer ça sous le tapis!

      La constitution de 1982 a diminué les pouvoirs politiques des provinces, a renié le droit de véto du Québec.

      Et vous, vous trouvez qu'il a raison! Nier ce problème, c'est de n'avoir aucun respect pour les provinces qui se sont faites imposer le rapatriement (car il n'y a pas que le Québec qui était contre, d'autres provinces l'étaient. Seul le Québec s'est tenu debout et n'a pas signé par contre); nier ce problème, c'est de n'avoir aucun respect pour les citoyens; nier ce problème, c'est d'admettre que la cour suprême peut teinter ses jugements politiquement; nier ce problème, c'est très grave!

    • André Côté - Abonné 12 avril 2013 09 h 27

      Cher monsieur Bouchard, si se préoccuper de la constitution, base juridique de la fondation d'un pays, relève de la "petite politique", je me demande bien ce que vous considérez comme de la "grande politique". Êtes-vous certain de vous être bien exprimé?

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 09 h 57

      Justin Trudeau qui veut passer sous silence un pan de l'histoire qui pourrait être défavorable à l'image de son papa, c'est de la grande politique, ça?
      Justin Trudeau qui veut maintenir le bon peuple dans l'ignorance (comme à la belle époque de Duplessis et de l'Église catholique) afin de mieux le contrôler, c'est de la grande politique, ça?

    • André Lefebvre - Inscrit 12 avril 2013 12 h 40

      Je suis d'accord qu'il semble partir sur le bon pied; c'est à dire: considérer "l'état actuel des choses" avec une ouverture d'esprit envers ceux qui viendraient discuter pour l'améliorer, quitte à changer les décisions passées qui nuisent.

      "L'état actuel des choses" est que le Québec n'a pas accepté de signer la constitution et que sa population s'est fait rouler dans la farine lors du référendum de 1995 au moyen de "magouilles" fédérales.

      Si cela n'est pas la base à être considérée pour le futur du Canada, aussi bien réélire Harper et élire Legault pour les laisser "développer" l'économie au pays. Ils finiront bien par passer une loi afin de taxer les comptes d'épargne des Canadiens pour rembourser la dette, comme on a voulu le faire à Chypre. Je sais bien que la situation n'est pas identique, mais qu'à cela ne tienne, elle le deviendra bien.

      André Lefebvre

    • Christian Ouellet - Inscrit 13 avril 2013 14 h 21

      faut tu être fédéraliste pour évité de savoir la vérité ?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 avril 2013 05 h 40

    Nouveau

    Voilà un nouveau point de vue. On connait tous la phrase : Après moi le déluge. Avec le p'tit nouveau c'est : Avant moi le néan ! Édifiant !

    • Louka Paradis - Inscrit 12 avril 2013 10 h 19

      Quel dommage pour le PLC, qui fut un grand parti ! Quelle régression intellectuelle ! Incroyable que le clan des décideurs choississent une image préfabriquée et croient que ce plaquage pourra rehausser leur parti. Un chef cosmétique, c'est comme le botox, le collagène, les fausses dents et les moumoutes : ça ne tient qu'un temps et il suffit d'un coup de vent ou d'une allergie pour que la belle image se lézarde. Pouf ! Et là-dessus, le roi Harper s'assit sur son trône en vérifiant la colle de son toupet et en s'esclaffant...
      Louka Paradis, Gatineau

    • Solange Bolduc - Abonnée 12 avril 2013 11 h 03

      Ce sera intéressant de voir ce qu'en fera Harper quand le Ptit Justin se retrouvera devant lui au Parlement. Harper est un fin renard, ne le sousestimons pas! Même si on n'est pas d'accord avec ses politiques, il ne lâchera pas facilement le morceau. Jeu intéressant mais dangereux pour les deux partis !

      Trudea u est un petit prétentieux de calibre différent (inférieur ?) à Harper, et les idées pour le Canada il ne semble pas en avoir, donc il ne fera que répéter ce qu'on lui demandera de dire ! Il n'a pas la passion de son père, loin de là !

      Justin Trudeau ne comprend même pas l'importance d'ouvrir les livres pour comprendre ce qui s'est passé lors du rapatriement de la Constitution en 1982, trop admiratif de son papa dont l'image doit demeurer intact comme un enfant trop vulnérable pour tenter d'y voir clair ou la vérité! Il ne comprend pas davantage que le Québec, les fédéralistes, den particulier, n'ont pas signé la nouvelle Constitution du pays, et que cela crée un trou béant dans notre démocratie! Il est borné! "Que voulez-vous", comme dirait Chrétien, dont j'entends encore la voix aujourd'hui !

  • Manon Theriault - Inscrite 12 avril 2013 08 h 02

    Des vieilles chicanes

    J'en reviens pas! Dire que les accomodements raisonnables, la dilution de la loi 101, la perte du droit de veto d'un des deux peuples fondateurs, c'est des vieilles chicanes?

    Nombres de jugements sont basés sur la charte des droits qui a été induite par le rapatriement de la constitution.

    C'est manquer d'un total respect envers les citoyens! Pas seulement les citoyens du Québec, mais aussi les citoyens de tout le reste du canada.

    C'est minable.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 12 avril 2013 08 h 55

      C'est sûr que se sont de "vieilles chicanes".
      À cause d'une loi, personne, pendant 25 ans, n'a accès aux vieilles magouilles et ensuite on vient nous dire "Oubliez ça c'est du passé c'est des vieilles histoires". Belle affaire.
      Quelle malhonnêteté. Même les journaux de Gesca mettent le couvercle sur cette affaire grave, donc ils sont d'accord avec la magouille institutionnalisée envers les citoyens.
      Harper/Trudeau, Trudeau/Harper. Aucune différence entre ces deux démocrasseux.
      En effet c'est minable.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 12 avril 2013 08 h 05

    Peu encourageant M. Trudeau

    Ne pas vouloir savoir ce que l'histoire contient est inconcevable.
    Il veut devenir PM avec cette logique douteuse.
    Heureusement qu'il ne sera que le chef d'un parti moribond même si les sondages lui sont favorables.