Nouveau guide de citoyenneté - Plus de monarchie, moins d’histoire

Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney

Ottawa — Le gouvernement canadien s’est doté d’un nouveau guide de citoyenneté, qui se veut un carnet de conseils pratiques pour les nouveaux arrivants. Mais le document escamote en revanche tout le cours d’histoire qui était offert aux futurs immigrants, tout en consacrant une pleine page à leur apprendre que le Canada fait partie d’une monarchie constitutionnelle.


« Ce nouveau guide est deux fois plus long que sa version précédente, avec beaucoup plus d’informations pratiques », s’est réjoui le ministre de l’Immigration Jason Kenney, lors d’un point de presse pour dévoiler son nouveau guide à Vancouver, mardi, loin des médias nationaux.


La nouvelle mouture, qui aura coûté 400 000 $ à préparer, contient effectivement toute une série de renseignements visant à préparer les nouveaux immigrants en vue de leur arrivée. Des chapitres détaillent ce qu’il faut faire avant d’arriver, les documents importants à se procurer, comment améliorer son français ou son anglais, et des sections du document de 148 pages sont consacrées aux réalités de l’emploi, de l’éducation, du logement, des soins de santé et des finances en sol canadien. On y explique comment se trouver un travail, louer un appartement ou s’acheter une première maison, le système d’éducation, la reconnaissance de compétences ou de diplômes d’études, et la liste des droits et libertés.


Des pans de l’histoire escamotés


Le guide expose en outre ce que sont l’assurance-emploi canadienne, les régimes de retraite, les régimes d’épargne-étude, l’assurance maladie, le système d’impôts, l’assurance automobile et les règles de conduite au pays, entre autres.


Or, si le guide est deux fois plus long, la dizaine de pages qui retraçaient dans l’ancienne brochure l’histoire canadienne ont été escamotées. Le fascicule de 2009 présentait en effet les peuples fondateurs du pays - autochtones, francophones, anglophones - et expliquait l’arrivée des premiers colons européens, l’arrivée de colons français en Nouvelle-France, la guerre que se sont livrée la France et l’Angleterre ainsi que la bataille des plaines d’Abraham, l’Acte constitutionnel qui forme le Haut-Canada et le Bas-Canada, l’abolition de l’esclavage, la guerre de 1812, la Confédération en 1867, la migration vers l’Ouest et la construction du chemin de fer, les deux Guerres mondiales, le droit de vote accordé aux femmes en 1917. Quatre autres pages présentaient « le Canada moderne » - les rôles internationaux du pays, ses arts et sa culture, les découvertes et inventions qui y ont vu le jour. Tout cela n’est plus transmis.


Le nouveau manuel n’évoque les peuples fondateurs que sur quatre paragraphes, mentionnant rapidement que les « Québécois ont conservé une langue, une culture et une identité uniques. En 2006, le Parlement canadien a reconnu que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni. »


Des pratiques culturelles refusées


Si le patrimoine canadien n’a pas survécu à la refonte du guide du ministère de l’Immigration - tout comme les paroles de l’hymne national -, la « monarchie constitutionnelle » et les « liens personnels entre le Canada et la reine Elizabeth II » ont eu droit, de leur côté, à une pleine page, avec portrait officiel de Sa Majesté et photographies de sa visite à Toronto avec son mari en 1951, de même que de celle de son petit-fils William avec son épouse Kate en juillet 2011.


L’opus 2013 du document met en outre l’accent sur certains dossiers de loi et d’ordre desquels le gouvernement conservateur a fait grand cas, comme l’opposition du Canada à la traite de personnes, et souligne de surcroît que la violence familiale et la maltraitance des enfants sont illégales, tout comme les mariages multiples.


Le guide de citoyenneté précise par ailleurs que le Canada refuse des « pratiques culturelles barbares » comme « les crimes d’honneur, la mutilation sexuelle des femmes, les mariages forcés ou d’autres actes de violence fondés sur le sexe » et rappelle la légalité du mariage gai. « Le mariage est une des pierres d’assise d’une société forte et prospère », souligne le texte.

27 commentaires
  • Stéphane Fillion - Inscrit 3 avril 2013 02 h 10

    On dirait que le gouvernement Harper s'est inspiré du code de vie d'Hérouxville.

    • Christian Fleitz - Inscrit 3 avril 2013 14 h 15

      Peut-être. mais certainement de la pratique «whigs» de la politique.

  • Laurent Desbois - Inscrit 3 avril 2013 06 h 42

    Quand je vois ce Boulerice du NDP s'offusquer de la mention de la reine!!!

    Quand je vois ce Boulerice du NDP s'offusquer de la mention de la reine ... Son ex-chef doit tourner dans sa tombe!

    Déclaration de Jack Layton, chef du NPD, à l’occasion de la fête de Victoria (journée nationale des Patriotes au Québec)

    « La fête de Victoria vise à rend hommage à la reine Victoria, première souveraine
    de la confédération du Canada, et à souligner la naissance de l’actuelle reine du Canada, Sa Majesté Elizabeth II. Ce jour nous rappelle la place qu’occupe le Canada au sein du Commonwealth et nos racines européennes. Il nous rappelle également notre histoire ainsi que les triomphes et les tragédies qui ont ponctué l’édification de notre pays. »

    • Bernard Dupuis - Abonné 3 avril 2013 09 h 14

      Toutefois, il ne faut pas oublier que le bon Jack a bien omis de mentionner son hommage à la monarchie lors de la campagne électorale de 2011. Par conséquent, on peut présumer que ce pauvre M. Boulerice et tous les candidats inconnus du NDP-NPD au Québec ne connaissaient pas cette déclaration. D'ailleurs, il en est de même pour la majorité de la population québécoise. Le bon Jack préférait laisser croire qu'il défendrait mieux les intérêts des Québécois que Gilles Duceppe. Comme quoi même les «bons gars» ne disent pas toute la vérité en politique.

      Bernard Dupuis

    • Michaël Lessard - Abonné 3 avril 2013 15 h 58

      Juste une nuance, qui ne concerne PAS ma position, mais une question de compréhension/empathie: pour plusieurs, le Commonwealth n'est pas mauvais en soi et n'est pas monarchique en soi. Jack Layton n'allant quand même pas parler en mal du Commonwealth qui ne fait pas grand chose en soi. Ce n'est pas comme si c'était un discours en faveur de l'OTAN, etc.

      Cela étant dit, j'estime qur la vaste majorité des membres du NPD appuient des propositions de retirer les symboles monarchiques, d'abolir les Lieutentants-Gouverneurs, etc.

      J'étais membre du NPD pendant plusieurs années et j'avoue que le NPD est beaucoup trop gentil envers la Reine, son Jubilee et autres trucs du genre. De voir mes député-es à Québec vouloir participer activement à ces trucs royaux témoignent que notre démocratie québécoise et canadienne n'est pas très évoluée dans ses mentalités. Sincèrement, « monarchie constitutionnelle » ! Le NPD doit exiger une démocratie plus complète et vraiment émancipée de ces vestiges honteux de l'aristocratie. Pensons-y à ce mot: aristocratie. Plusieurs de vos ancêtres et des miens sont morts pour faire tomber les aristocraties.

      Or, les député-es, tant à l'Assemblée nationale du Québec qu'à la Chambre des communes, font des voeux d'allégence à la Reine, alors que ce devrait être uniquement une allégence à la démocratie et aux électeur.trices! Ce n'est pas un simple symbole quand on fait des voeux d'allégence à autre chose qu'à la démocratie et que nous payons des milliards pour ces postes symboliques.

      Après que le gouvernement ait dit aux personnes immigrantes que nous sommes une monarchie constitutionnelle, et patati patata, il reste ensuite aux citoyen-nes d'informer ces mêmes personnes que les gens n'ont rien à cirer de ces âneries gênantes. Dans un monde idéal, les gens se choqueraient, mais non, les gens ne luttent pas pour leurs droits: la majorité lutte seulement si on leur retire des bénéfices.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 avril 2013 07 h 25

      Tant que personne ne fera la différence entre la monarchie d'où le pouvoir vient d'«en haut» avec la république d'où le pouvoir vient d'«en bas», le débat reste dans le nébuleux et dans la sémantique.

      Mais aussi, tant qu'on ne sais pas ce que l'on veut, où on veut aller et ce qu'on veut faire, le débat est complètement «inutile» !

      J'ai déjà entendu une description d'un peuple «à la nuque raide»; il y en a une autre qui traine quelque part d'un peuple «aux reins cassés» !

  • Laurent Desbois - Inscrit 3 avril 2013 06 h 45

    Ottawa et les anglais ont toujours été en guerre contre la nation Québécoise!

    Dix oppressions au Canada, dont certains sont reconnus comme génocides, en deux siècles d’histoire commune!!!

    Quitte à vous surprendre, Chuck Guitté exprimait la vérité et la perception d’Ottawa, lorsqu’il parlait des commandites, lors de la commission Gomery : « Nous étions en guerre! ».

    Quand René Lévesque prit le pouvoir le 15 novembre 1976, Roméo Leblanc était ministre de Trudeau et il avait dit que face aux séparatistes que le Conseil des ministres du Canada devenait un ''war room''.


    Ottawa et les anglais ont toujours été en guerre contre la nation Québécoise!


    1. En 1970, lors de la crise (sic) d’octobre;
    2. En 1940, la crise de la conscription, Camillien Houde, maire de Montréal, est interné dans un camp de concentration en Ontario ;
    3. En 1917, la crise de la conscription, 1er avril 1918 à Québec où l’armée canadienne a ouvert le feu sur ses propres citoyens et tuée quatre personnes dans la foule et fait plus de 70 blessés ;
    4. En 1900-1920, lors de l’élimination des droits des francophones en Ontario, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, etc.…
    5. Entre 1870 et 1930, l’exil de millions de Québécois aux États-Unis (13 millions en 1980);
    6. En 1885, lors du massacre des Métis et la pendaison de Louis Riel;
    7. En 1837-38, lors des patriotes;
    8. En 1759-1800, lors de l’occupation militaire;
    9. En 1759, suite à la prise de Québec, Wolf à fait éliminer plus de 30% de la population du Québec lors de ces génocides, en plus des violes et des pillages;
    10. En 1755-1763, lors de la déportation des Acadiens.

    • Pierre Brosseau - Abonné 3 avril 2013 10 h 25

      Jean Pelletier, chef de cabinet de Jean Chrétien et probablement chef d'orchestre du scandale des commandites, avait également déclaré peu de temps avant son décès que "quand tu es à la guerre, tu ne demandes pas qui paie les munitions". Ottawa était en guerre avec le Québec et ne s'enfargeait pas dans les fleurs du tapis de l'éthique. Jean Chrétien lui-même avait déjà dit que "quand on se retrouve peinturé dans le coin, on marche sur la peinture", que voulez-vous, c'est pas compliqué à comprendre, ça !

    • Gilles Théberge - Abonné 3 avril 2013 10 h 50

      Pas compliqué à comprendre certes, mais il faut aussi vouloir comprendre.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 avril 2013 07 h 28

      Y a eu les 10 plaies d'Égypte; les 10 paies du Québec maintenant ? Il est où notre Moïse ?

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 3 avril 2013 07 h 02

    Barbarie

    Baillonner les scientifiques est aussi une pratique culturelle barbare.

    Desrosiers
    Val David

  • Pierre-Paul Roy - Abonné 3 avril 2013 07 h 03

    La loi et l'ordre ?

    I aurait pu, pour souligner l'importance de la loi et l'ordre la promulgation en temps de paix des mesures de guerre !!!