Réforme de l'assurance-emploi: les syndicats comptent faire reculer le gouvernement

Des milliers de manifestants ont marché à Montréal (notre photo) et dans une dizaine de villes du Québec contre la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des milliers de manifestants ont marché à Montréal (notre photo) et dans une dizaine de villes du Québec contre la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper.

C'est en prenant la rue que les syndicats et les travailleurs comptent faire reculer le gouvernement conservateur sur ses modifications apportées au régime d'assurance-emploi.

Samedi, des manifestations ont eu lieu à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Rimouski et Rouyn-Noranda pour dénoncer les nouvelles contraintes qui forceront les travailleurs à accepter un travail dans un rayon de 100 km, à condition que la rémunération y soit d'au moins 75% du salaire qu'ils touchaient dans leur ancien poste. Des marches de protestation devaient également se dérouler à Ottawa et au Nouveau-Brunswick.

Cette semaine, le gouvernement a ajouté un élément supplémentaire à la frustration des chômeurs, en révélant que des fonctionnaires fédéraux pourraient frapper à leur porte afin de débusquer les fraudeurs.

Une stratégie décriée par Françoise David, députée de Québec solidaire, qui se souvient encore de l'époque où des inspecteurs du gouvernement, surnommés les «Boubous Macoutes», tentaient de dépister des fraudeurs de l'aide sociale. Elle raconte que ces agents allaient vérifier sous les lits d'une assistée sociale, afin de vérifier si des chaussettes d'hommes étaient dissimulées, signe qu'elle vivait en couple et qu'une autre personne partageait leur vie.

Les visites impromptues de 2013, environ 1200 d'ici la fin du mois de mars, ont aussi fait rager le président de la FTQ, Michel Arsenault, qui a même ajouté que certains fonctionnaires s'étaient fait demander d'atteindre un certain quota de fraudeurs.

Le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, croit quant à lui que cette pression populaire fera tôt ou tard reculer le gouvernement. Il s'est aussi permis d'être très ironique à l'égard de Stephen Harper.

«On est venu lui dire que ce qui tombe du ciel, c'est de la neige et que ça n'arrive pas aux 15 ans. Ça s'appelle une saison et le travail saisonnier n'est pas qu'une "jobine". Le Québec lui dit 'ça va faire», a-t-il affirmé.

L'appel à la mobilisation a été lancé par le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction et la FTQ-Construction, mais plusieurs représentants politiques fédéraux et provinciaux ont aussi pris part à l'un ou l'autre des rassemblements.

Et le mouvement pourrait prendre de l'ampleur, promet le ministre québécois des Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, qui réclame le retrait pur et simple de la réforme.

«De toute évidence, nous n'en sommes pas à notre dernière manifestation parce que la grogne est trop grande. On souhaite que le gouvernement entende raison, recule et comprenne que certaines industries suivent les saisons. Les touristes ne viennent pas voir les baleines en février», a indiqué celui qui est aussi député de Lac-Saint-Jean.

Des effets sur les régions

Pour Françoise David, ces réformes auront aussi un effet sur les populations régionales, où certains travailleurs pourraient être tentés de migrer là où la réalité de l'emploi n'est pas saisonnière.

«On va vider des territoires et ne restera que les orignaux. J'aime bien les orignaux, mais j'aime aussi que la Gaspésie et les Maritimes soient des régions occupées aussi par des humains, qui ont là leurs familles, leur histoire et leur culture», a indiqué Mme David.

La députée de Québec solidaire estime aussi que le gouvernement, dans sa lutte contre la fraude, a choisi une bien mauvaise cible.

«Les gouvernements sont bien mal placés alors que l'on voit à la télé des fraudes orchestrées par des hommes d'affaires en collusion avec des partis politiques! Vraiment, je trouve ça honteux», a ajouté Françoise David.

Michel Arsenault, qui estime que les travailleurs saisonniers sont surtout présents dans l'industrie des pêches, de la construction, du bois et du tourisme, y voit aussi une vendetta conservatrice.

«On est en train de punir les populations qui n'ont pas voté pour ce gouvernement-là : le Québec et les provinces atlantiques», a soutenu le président de la FTQ.
9 commentaires
  • claude boucher - Inscrit 23 février 2013 16 h 02

    Dans la bible..

    Dans la bible de Art-Peur, c'est écrit " Prends ton grabat et marche " C'est le message de Art-Peur aux Québecois qui ont refusés de voter pour ces créationnistes.

  • Claude Desjardins - Abonné 23 février 2013 17 h 08

    Le pelletage

    La stratégie des conservateurs est claire. Faire des économies avec la caisse de l'assurance-emploi pour ensuite piger dedans comme le gouvernement précédent. Il ne faut pas se leurrer. La grande partie des économies sera épongé par les provinces via l'aide financière de dernier recours. C’est un moyen détourné pour éponger son déficit avec l'argent des provinces. On appelle ça du pelletage sans vergogne.

  • Benoit Toupin - Abonné 23 février 2013 18 h 42

    Les porte-voix

    Selon le ministre Blaney, les gens ont mal compris la réforme. Il semble qu'il n'y a que cinq personnes qui ont compris au Québec... Bernier, Blaney, Gourde, Lebel et Paradis... Ils ont tous en commun un job de ministre à sauver... Il ont compris qu'ils doivent, sans codition, vendre la salade contaminée des conservateurs? Dommage qu'il faille attendre 30 mois pour leur faire comprendre que Monsieur donne les promotions mais que nous, nous embauchons et congédions...

  • Pierre Bourassa - Inscrit 24 février 2013 07 h 02

    des fonctionnaires fédéraux pourraient frapper à leur porte afin de débusquer les fraudeurs.

    Depuis des années les gouvernements fédéraux successifs ont pigé dans les surplus de la caisse de l'assurance- chômage payés par les travailleurs-euses et s'en sont servis à d'autres fins que l'indemnisation des chômeurs.
    Aujourd'hui on déclenche des visites impromptues chez les chômeurs pour débusquer les ''fraudeurs''.
    Qui sont les vrais voleurs?

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 24 février 2013 07 h 48

    Le chômage: un paradis clandestin à éliminer ?

    Ça fait de plus en plus drôle d'entendre politiciens et fonctionnaires qualifier la population de fraudeurs.
    Si j'accepte par exemple de participer à faire traverser une limousine aux Indes alors, je serai considéré un excellent citoyen méritant une rémunération supérieure avec sécurité de mes revenus en prime.